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Le cri de désir d’Anna Calvi

La chanteuse anglaise sort «Hunter», album qui chasse un plaisir sanguin affranchi des limites de genres

Anna Calvi lâche les chiens du plaisir dans son nouvel album, «Hunter».
Anna Calvi lâche les chiens du plaisir dans son nouvel album, «Hunter».
Maisie Cousins

Dès son premier album, l’éponyme «Anna Calvi» en 2011, l’Anglaise gagnait ses galons de rockeuse à sang bleu nuit, une espèce plutôt rare au XXIe siècle. Sur le velours profond de cet enregistrement, elle exposait l’argenterie effilée d’un rock destiné aux vampires émotionnels – déjà le titre «Desire» –, en romantique éprise par les fantômes du passé qui citait plus volontiers Chuck Berry et Edith Piaf que les Strokes.

«Finalement, j’ai trouvé cette force intérieure. Et j’en suis très heureuse parce que chez moi, autrement, tout est petit, tout est faible», assurait-elle autour de minuit dans un restaurant lausannois. D’une voix en effet minuscule contrastant avec les résonances de furie que déployait sa gorge en concert. Après un «One Breath» qui maraudait en 2013 sur des domaines encore plus sauvages, la pythie de 37 ans repart en chasse avec l’album «Hunter» sorti vendredi, sorte de croisement émancipateur entre les deux premiers.

Cette fois, c’est depuis un taxi qui erre dans les rues de Londres que cette Diane contemporaine, auteure l’an dernier de la musique de l’opéra de Bob Wilson «The Sandman», lâche quelques commentaires sur un enregistrement réconciliant désir, animalité et élans lyriques somptueux avec la classe d’un fauve en rut. «La voix et la guitare me permettent d’exprimer la liberté. C’est une chasse qui ne s’exerce pas aux dépens de quelqu’un mais vise la découverte du plaisir.» Il suffit d’écouter «Wish», mêlant chuchotements fiévreux et solo de guitare déchaîné, pour prendre la mesure de la charge sexuelle de ce nouvel album. «Oh oui, il s’agit bien de s’explorer soi-même!»

Sexe et romantisme

Le romantisme, le sexe… Anna Calvi assume. Mais n’allez pas lui dire que la prédatrice évoluerait encore dans les bois noirs de la désespérance! «Il s’agit de plaisir, d’amour, d’espoir, peut-être d’utopie. Oui, il est romantique, mais il n’a rien de sombre.» Produit en compagnie de Nick Launay, responsable des derniers Nick Cave, «Hunter» traque le loup-garou en soi, sur ces territoires qui, si on ne les a pas arpentés, ne permettent pas de s’assouvir complètement.

«Don’t beat the girl out of my boy» assène son single irrésistible: ne répudie pas la fille qui est dans le garçon. Et l’inverse est probablement aussi cher à son cœur. Tour à tour proie et chasseresse, la chanteuse et guitariste revendique le droit de ne pas se conformer à ces assignations identitaires éprouvées dès la crèche. Et précise que son manifeste indomptable a été composé avant #MeToo.

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