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La cruauté du XVIe siècle anglais est sublimée par le romantisme italien

Lausanne affiche enfin «Anna Bolena» de Donizetti, dans un déploiement fastueux de décors, de costumes et de voix démesurées. Impressions de la générale de vendredi.

Anna Bolena (Shelley Jackson) dans la prison de la Tour de Londres.
Anna Bolena (Shelley Jackson) dans la prison de la Tour de Londres.
Alan Humerose

Le règne d’Henri VIII reste comme un climax de l’histoire d’Angleterre. Le despote obèse et ses six épouses ont de tout temps attisé l’imagination. En 1830, près de trois cents ans après les faits, Gaetano Donizetti présentait à Milan son opéra «Anna Bolena», revenant sur l’année 1536: non content d’avoir provoqué un schisme avec Rome – véritable Brexit avant l’heure – pour pouvoir divorcer et se remarier avec Anne Boleyn, Henri VIII l’accuse d’adultère avec son ancien amant Percy et la fait décapiter. Le jour de sa mort, il officialise son union avec Jeanne Seymour. L’ouvrage de Donizetti, enfin programmé par l’Opéra de Lausanne (et découvert lors de sa générale, vendredi), offre un double voyage dans le temps.

Scéniquement, la production révérencieuse de Stefano Mazzonis di Pralafera se pare de tous les atours de la cour londonienne. Grâce aux somptueux costumes de Fernand Ruiz, on assiste à un défilé de mode du XVIe, avec brocarts, bijoux, pourpoints, coiffes et broderies cramoisies, comme si les tableaux d’Holbein s’animaient. Les décors de Gary McCann renforcent le soin porté à cette solennité étouffante par de sombres boiseries ouvragées, une scène de chasse automnale et la sinistre Tour de Londres. Le metteur en scène ajoute aux émois d’Anna son attachement pour sa fille, la future Elisabeth I, dans un rôle muet mais symboliquement frappant.

Roberto Rizzi Brignoli transmet à l’OCL dans la fosse et au chœur éclatant toute la souplesse nerveuse de la partition originale. Sans aria emblématique, mais riche d’ensembles captivants, cette musique est douée d’un continuum mélodique et d’une constante tension dramatique. Aux extravagances vestimentaires correspondent les invraisemblables fioritures vocales que Donizetti impose aux solistes. La distribution rend assez bien justice à ce bel canto chatoyant qui préfigure déjà Verdi. La voix puissante de Shelley Jackson gagne en élasticité et en séduction en cours de route pour donner au destin d’Anna une dignité bouleversante, face au timbre plus tranchant de Ketevan Kemoklize en Giovanna. Edgardo Rocha (Percy) est d’une extrême persuasion quand il se sacrifie, mezza-voce, alors que la basse Mika Kares (Enrico) redouble de noirceur et de perfidie.

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Lausanne, Opéra

Jusqu’au me 13 février. Rens: 021 315 40 20www.opera-lausanne.ch

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