Le Cully Jazz annonce déjà le printemps

FestivalLa manifestation lève le voile sur sa 37e édition. Une cuvée solidement éclectique, mais prudente quand il s’agit de garnir le Chapiteau

Le quartet du souffleur Emile Parisien (à l’avant) figure au menu de l’une des rares soirées résolument jazz du Chapiteau.

Le quartet du souffleur Emile Parisien (à l’avant) figure au menu de l’une des rares soirées résolument jazz du Chapiteau. Image: SYLVAIN GRIPOIX

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Promesse de tiédeur printanière et de petits coups de blanc qui désaltèrent, le Cully Jazz Festival fait aussi figure de quadrature du cercle. Car la manifestation ne s’arrête pas à un charmant exercice de convivialité dans le coquet village de Lavaux: il s’agit encore de programmer quelque 150 concerts, chiffre astronomique déjà atteint l’an dernier, mais que la 37e édition (du vendredi 5 au samedi 13 avril prochain) égale. La formule désormais historique du rendez-vous a fait ses preuves.

Du moins quand «Jean Rosset brille», pour reprendre l’expression de Jean Villard-Gilles citée par le vigneron Guillaume Potterat, codirecteur chargé des infrastructures et de la logistique qui évoque ainsi le soleil avec gourmandise. C’était le cas en 2017, ce qui explique, du moins en partie, les 70 000 festivaliers attirés sur le site. «L’an dernier a encore battu un record, mais il ne faut pas le dire trop fort pour ne pas faire chenit dans le village», poursuit le directeur en faisant référence à des plaintes de riverains suite à une édition superlative.

Mais il y a aussi les 15 000 festivaliers (chiffre de l’année passée) qui paient un billet et font avant tout le déplacement pour profiter de la musique. C’est à eux que s’adresse le menu artistique, puisé dans une nébuleuse jazz élargie, étendant ses ramifications jusqu’aux musiques du monde (d’Oumou Sangaré à Yemen Blues en passant par le Trio Abozekrys), en passant par les expressions urbaines du groove (Antibalas) et du hip-hop (Black Milk).

Le Cully Jazz ne se présente en aucun cas en manifestation pour puristes et c’est encore le cas cette année. L’éclectisme domine et, si des noms plus ou moins populaires parsèment les soirées (Thomas Dutronc, Erik Truffaz, Rhoda Scott, Stacey Kent…), le temps des gloires mythiques de la note bleue est révolu, pour cause de décès ou de mise à la retraite – même si le bassiste Stanley Clarke fait de la résistance!

Cette année, le festival peut par contre se targuer d’une Sarah McCoy, vagabonde du blues encore méconnue, mais dont le premier album chez Blue Note, «Blood Siren» qui sort la semaine prochaine, s’annonce comme l’une des sensations de 2019. Des artistes principalement orientés jazz demeurent évidemment, mais, à l’instar du duo Baptiste Trotignon-Michel Portal, ils n’occupent que rarement le Chapiteau, malgré le démenti d’une très belle soirée, vendredi 12 avril, proposant le triplé du souffleur Émile Parisien et son quartet, du pianiste Yaron Herman et du chanteur Andreas Schaerer.

L’aventure n’a pas abandonné Cully mais elle se joue peut-être un peu plus qu’avant dans les périphéries touffues de la manifestation.

Créé: 16.01.2019, 18h52

«Besoin d’artistes qui remplissent»

Interview

Directeur artistique du Cully Jazz, Jean-Yves Cavin précise les contraintes liées à la programmation, notamment celle du Chapiteau, plus grand lieu du festival avec ses 1000 places assises (1500 debout).

N’y a-t-il pas une certaine frilosité à programmer du jazz au Chapiteau?
Cela dépend où l’on met l’accent. On y trouve passablement de jeunes artistes – à la soirée cubaine avec Yilian Cañizares par exemple – mais moins de gloires anciennes, à part Rhoda Scott et Stanley Clarke, qui ne sont d’ailleurs pas hyperconnus et ne feront probablement pas des complets.

Trop de prudence, pas assez de risques?
J’entends parfois ces critiques de la part de festivals français qui sont subventionnés à hauteur de 70-80%. Nous ne le sommes qu’à 10-15%, nous avons besoin d’artistes qui remplissent. Je ne peux pas me permettre de faire plus d’un demi-Chapiteau par édition. Le succès de l’an dernier nous a rapporté 20 000 fr. de bénéfices sur un budget de 2,4 millions! Une soirée au Chapiteau correspond à 50 000-70 000 fr. de recettes…

La volonté de miser sur la confiance du public et de le surprendre ne s’est-elle pas un peu érodée dans ce lieu?
Peut-être un peu… Mais nous avons établi à l’interne un programme de progression des jeunes musiciens pour les suivre au fil des éditions. On les fait commencer dans un caveau du Off par exemple pour ensuite les placer en première partie au Chapiteau, ce que l’on essaie de privilégier pour faire découvrir certains artistes suisses. Cette année du quintet de Shems Bendali joue avant Stacey Kent et Elisa Day avant Thomas Dutronc. Au fil du temps, on peut les reprendre pour un projet spécial au Temple ou au Next Step, avant d’espérer leur donner une exposition maximale au Chapiteau évidemment.
B.S.

Le Festival 2019

Cully Jazz Festival
Du ve 5 au sa 13 avril.
Rens.: 021 799 99 00
www.cullyjazz.ch

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