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Le Cully Jazz, c’était aujourd’hui

Si elle n’avait été contrainte d’annuler, la manifestation aurait ouvert ce vendredi avec le concert de Cheick Tidiane Seck. Interview maintenue

Cheick Tidiane Seck aurait dû jouer ce soir au Cully Jazz. «Dites-leur toutes mes prières.»
Cheick Tidiane Seck aurait dû jouer ce soir au Cully Jazz. «Dites-leur toutes mes prières.»
NIKOLA CINDRIC

L’envie de faire un pied de nez au virus. L’envie, surtout, de marquer le coup par rapport à un rendez-vous incontournable pour beaucoup de Vaudois. En effet, si la pandémie n’avait pas arrêté net le cours de la vie culturelle du canton, le Cully Jazz Festival aurait aujourd’hui même débouché ses premières bouteilles et ses premiers concerts. Parmi eux, celui de Cheick Tidiane Seck, programmé ce vendredi 27 mars au Chapiteau.

On avait contacté le clavier il y a trois semaine, alors qu’il passait encore l’hiver au Mali, au chaud près de ses racines. L’occasion d’évoquer ce panafricanisme qui lui tient à coeur depuis si longtemps, «mais qu’il ne faut pas confondre avec l’afro-centrisme d’une Afrique coupée du reste du monde». On avait aussi retracé les grandes étapes de sa vie de musicien. Sa passion de jeunesse pour Louis Armstrong et Charlie Parker. Son apprentissage du solfège à l’église catholique (alors qu’il est musulman!). Ses études de peintre aux beaux-arts - «ma vie n’a pas été une ligne droite!». Sa participation au Super Rail Band de Bamako aux côtés de Salif Keita ou Mory Kante. Ses rencontres marquantes avec les grands du jazz, de Joe Zawinul - «un mentor» - au vétéran Hank Jones avec lequel il enregistrait au mitan des années 1990 l’album «Sarala», jalon des croisements entre traditions maliennes et jazz américain.

«Timbuktu » sous le totem de Randy Weston

Généreux, volubile, Cheick Tidiane Seck se montrait intarissable et l’on se réjouissait de détailler ses anecdotes et, évidemment, d’assister à son concert à Cully, une date qui faisait partie d’une tournée organisée dans la foulée de son dernier album - lui si rare au disque, toujours au service de projets live ou d’enseignement - un «Timbuktu» en hommage à une autre figure totémique du piano, un Randy Weston toujours en quête de son héritage africain. Mais la pandémie en décidait autrement…

Fallait-il jeter cet entretien aux oubliettes sous le prétexte de priorités plus urgentes? Pas forcément, le Malien de 67 ans faisant partie de ces personnalités réconfortantes en période tourmentée. Mais mieux valait le recontacter pour lui permettre de s’exprimer sur les derniers développements de l’actualité, histoire de ne pas le faire passer pour indifférent. Grâce à un mail vieux de 12 ans, de l’époque où le musicien était venu donner deux concerts dans le bar Le Griot de Renens, on retrouvait jeudi son numéro de téléphone français.

En confinement à Paris

C’est un Cheick Tidiane Seck éprouvé par une nuit blanche dûe à une insomnie et par dix jours de confinement que l’on finit par atteindre dans son appartement parisien. Fatigué mais en santé, le musicien a un premier «cri de guerre»: «Les médecins africains parlent de traiter le coronavirus avec de la chloroquine depuis un moment, mais, et c’est une de mes blessures, on ne considère jamais comme plausible ce qui peut sortir de nos bouches!» Même si de nombreux pays d’Afrique sont en train d’adopter ce médicament antipaludéen, la question n’est pas close, d’autant plus que le champ d’expertise du Malien demeure incontestablement la musique. «En tout cas, restons en confinement. En camouflage, en fait: cela permet de mieux voir venir l’ennemi!»

Le covid-19 l’a pourtant déjà touché durement: le décès, mardi, du saxophoniste camerounais Manu Dibango, dont l’un des ultimes enregistrements se retrouve sur deux titres du dernier album du Malien, «Timbuktu» et «African Cookbook». «Je suis abattu. Pour moi, faire le deuil de Manu va au-delà de la musique. C’était plus qu’un ami, c’était ma famille. Musicalement, je l’ai rencontré avec le morceau «Biso» dans les années 60, titre que l’on a interprété avec le Super Rail Band dans les années 70. Il était le premier à avoir diffusé la modernité africaine dans le monde. Et ce grand monsieur répondait toujours présent. Chaque fois que je l’appelais pour SOS Sahel, il nous a toujours honoré de sa présence, sans jamais rien demander pour ses frais. Et nos rencontres à Abidjan!»

Les premières dates de sa tournée annulées, celui qui nous parlait des pouvoirs thérapeutiques de la musique veut croire à l’après, avec une pensée spéciale pour le Cully Jazz. «Dites-leur toutes mes prières pour le Festival, pour tous ceux qui y travaillent. Nous allons continuer à travailler pour nous donner une chance de remettre le couvert, en 2021, qui sait?»

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