«On faisait danser les filles, et les mecs aimaient ça!»

Montreux Jazz FestivalCarlos Santana retrouve Montreux, ce soir pour un concert sold out. Le roi de la guitare latino nous reçoit en exclusivité pour évoquer les femmes, les fleurs et le LSD.

Image: CHANTAL DERVEY

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Dans la suite présidentielle, tout le monde est gentil autour de Carlos Santana, et lui-même se montre charmant. Mais pro: il abandonnera au milieu d'une phrase son speech sur la spiritualité, constatant que le temps imparti est écoulé. Photo, sourire, poignée de main, merci et au revoir. Dans quelques heures, le roi de la guitare électrique latino retrouve la scène du Montreux Jazz, qu'il découvrir pour la première fois en 1970. Il y est venu 12 fois, sous son nom propre ou avec des projets spéciaux. Le festival suisse et le moustachu californien ont entremêlés l'édification de leur légende. Avec, pour Carlos, l'aide d'un talent rare et d'une foi qui, dans les lumières de la Riviera, scintille à son cou.

– C'est bien Jésus, sur cette médaille?
– Absolument. Je l'ai reçue de ma mère quand j'avais 5 ans. Je voulais l'offrir à Jimi Hendrix la dernière fois que je l'ai vu à Berkeley. Je savais qu'il allait mal et qu'il était mal entouré. On m'invite donc à passer un peu de temps avec lui à son hôtel. Je frappe à la porte. Quand Jimi ouvre, le voilà avec au moins 12 médailles comme la mienne autour du cou! Je me suis dit, ok, la mienne, je vais peut-être la garder.

– Vous n'aviez plus joué à Montreux depuis 2011. Qu'évoque pour vous ce lieu?
– Une forme d'excellence et d'intégrité, ainsi qu'une élégance dans la façon de recevoir les artistes. Un concert à Montreux implique un public international, ce qui rend le moment très intéressant, loin des festivals froids et calibrés.

– L'équilibre entre le pragmatisme et la passion, c'était la marque d'une autre époque?
– Les rêveurs ont forgé les plus belles choses. Claude Nobs était un rêveur. J'en suis un aussi. Mais je respecte le fait qu'il existe des gens pour accrocher les rêveurs au sol: les comptables, les avocats, les managers, on en a besoin mais ils ne doivent pas décider de tout.

– Lors d'une interview dans le chalet de Claude Nobs, en juin 2012, six mois avant sa mort, il avait déballé devant nous une guitare que vous lui aviez faite parvenir le matin-même. Il était ennuyé, car il ne savait pas l'accorder…
(Rire) Je me souviens de cette guitare. J'en envoie souvent en cadeau. Il est important de rendre hommage aux gens tant qu'ils sont là. Je suis heureux que Montreux possède une avenue Claude Nobs, mais je préférerais le voir marcher le long de cette rue. Buddy Guy a dit: «couvre moi de fleurs aujourd'hui, car je peux encore les sentir.»

– Vous êtes à la fois l'un des premiers et derniers « guitar heroes », cette figure musicale inévitable dans les années 1970 et, depuis, tombée en désuétude auprès de la génération 2.0. Comment l'expliquez-vous?
– Merci de me donner ce titre. La jeune génération est curieuse de tout, mais elle veut une gratification instantanée. Travailler sa guitare, c'est ingrat, solitaire, long. Il est plus facile de briller avec des technologies numériques. De nos jours, un logiciel peut faire chanter un plombier – j'adore les plombiers, mais chanter n'est pas seulement un programme de karaoké, c'est une expérience personnelle, collective, spirituelle.

– Jouer est-il toujours un même plaisir?
– Ecoutez, j'ai 67 ans, j'ai été découvert en 1967 et je suis encore pertinent ! Je passe à la radio, les gens viennent à mes concerts, comment pourrais-je ne pas en profiter?

– En 1967, votre succès fut instantané. Saviez-vous, à l'époque, que cela allait marcher?
(Gourmand) Yeah! Nous avions ouvert pour tout le monde - The Who, Sly Stone, Janis Joplin, Creedence Clearwater Revival - et nous voyions bien comment le public réagissait. On se disait: «ce n'est peut-être pas par hasard, peut-être apportons-nous quelque-chose de valable?».

– Et de neuf?
– Aussi. La plupart des groupes, de Led Zep' à Cream, jouait du blues à haut volume. Nous, on apportait les rythmes de l'Afrique. La première chose que j'ai remarqué depuis la scène, ce sont les filles. Elles devenaient vraiment, vraiment crazy ! (Il remue sur sa chaise et pousse un petit cri) «Ouh, baby, j'ai cette chose et tu en as besoin! » Nos percussions apportaient de la sensualité mais jamais de façon sale ou vulgaire. On faisait danser les filles, et les mecs aimaient ça!

– Vous demandez-vous parfois quel tour aurait pris votre carrière si vous aviez lamentablement raté votre concert de Woodstock, qui vous a rendu légendaire?
– Je n'accroche pas tout à Woodtsock. De toute façon, j'étais tellement sous LSD que n'aurais pas pu avoir la moindre stratégie. J'étais au-delà de toute réflexion. Je me souviens juste avoir prié, pendant le concert, de façon très profonde alors que le groupe jouait. «Dieu aide moi à rester dans le ton et dans le rythme, et je te promets de ne plus jamais toucher au LSD!»

– Promesse tenue?
– Pas tout de suite.

Créé: 14.07.2015, 16h55

Galerie photo

Carlos Santana

Carlos Santana Le guitariste d'origine mexicaine foule les scènes vaudoises depuis plusieurs décennies déjà. Avec un succès jamais démenti.

2011

«Corazón Espinado» à Montreux

2004

«Stormy Monday» avec Buddy Guy

1996

Au Montreux Jazz Festival

1993

Avec John McLaughlin à Montreux

1988

«Goodness And Mercy» à Montreux

1971

«Jingo» au Casino de Montreux

1969

«Soul Sacrifice» à Woodstock

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