Dix bonnes raisons d’aller écouter Johnny. Ou pas

PaléoJohnny or not Johnny? Ce soir, l’invincible rocker se frotte à nouveau au Paléo, 19 ans après son premier passage. Revue de détail pour choisir entre l’idole et un plateau télé.

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5 raisons d'y aller

1. Parce qu’il est toujours là A 72 ans, Johnny est revenu de tout. Il a affronté toutes les modes, du jeune rocker à banane au guerrier façon Mad Max en passant par le hippie à foulard, le crooner de variété et le biker à nuque longue. S’il a traversé quelques déserts, il est toujours remonté sur le podium des plus gros vendeurs francophones. Il a affronté des mariages tumultueux, des addictions destructrices, des amitiés déçues et des fourberies professionnelles. Il a bravé toutes les imitations et les moqueries. En 2009, alors que l’Etat français évoquait déjà ses funérailles nationales, il s’est réveillé d’un coma de trois jours. Johnny, c’est Jésus.

2. Parce qu’il s’offre un festival A trop vouloir surjouer la démesure de Johnny, Hallyday s’est parfois paumé dans des surproductions boursouflées qui le voyaient débarquer sur scène à moto, en hélico ou à la seule force de ses biscotos, fendant la foule du Parc des Princes. Un festival implique une production dépouillée des gadgets d’une tournée solo, l’artiste étant contraint de se plier à la structure de la grande scène. La promesse d’un spectacle moins centré sur les effets que sur la performance et plus proche du public – lequel, hétérogène dans son âge et ses goûts, doit être conquis avec une énergie démultipliée. Johnny nature, donc.

3. Parce qu’il est redevenu musicien Les années 2000 ont mal commencé pour Johnny. L’idole rock’n’roll devient icône pour marque de lunettes, il défraie la chronique pour ses affaires familiales (les boîtes de nuit de son beau-père font l’objet d’une enquête), commerciales (il quitte avec fracas Universal, son label historique) et fiscales (il demande la nationalité belge, puis déménage en Suisse). Soigné d’un cancer, échappant à une infection postopératoire, il retrouve les studios en 2011. Depuis, Johnny a quitté les pages people et fait parler de lui pour de meilleures raisons, par exemple son dernier disque, Rester vivant, écoulé à 500'000 unités.

4. Parce qu’il a beaucoup à se faire pardonner à Nyon Dix-neuf ans jour pour jour sans Johnny! La plaine de l’Asse se souvient encore de ce concert du 23 juillet 1996, quand elle reçut la première visite du rocker d’alors 52 ans, qui se cherchait un style et ne trouvait rien d’autre qu’un costard en zèbre et une tignasse de Dalida peroxydée. Pour couronner le tout, Hallyday saluait Nyon d’un définitif «Bonsoir Genève!» qui fait encore rire dans les bistrots. Revenu à un look de rocker bien cuirassé, ayant sans doute potassé sa géographie, Johnny ne peut qu’offrir une prestation de qualité supérieure.

5. Parce qu’il ne va pas encore faire ça 107 ans Johnny a plus d’une fois annoncé que sa tournée était la dernière… avant la suivante. Le marathon «Route 66», en 2009, avait été vendu comme l’ultime razzia, après plus de 180 tournées. Johnny a mal digéré son annulation pour cause de maladie: depuis, il enchaîne les concerts et ne parle plus de retraite. N’empêche. A 72 ans et avec quelques excès dans le rétroviseur, l’athlète pourrait réduire la cadence ou privilégier des formats plus intimistes. A l’exemple d’un autre Johnny, Cash celui-ci, d’aucuns rêvent voir Hallyday finir en crooner de blues acoustique, auréolé de la sagesse des vieux fauves.


5 raisons de ne pas y aller

1. Parce que bon, ça va, on connaît Qui n’a pas encore vu Johnny? Plus d’un demi-siècle d’activité, des milliers de concerts et de couvertures de magazines, des centaines d’apparitions télé. Certes, on ne devient pas monument impunément. Mais une seule visite du Panthéon ne suffit-elle pas dans une vie d’homme? Allumer le feu, Que je t’aime, Noir c’est noir… On connaît par cœur. Il jouait déjà Les portes du pénitencier à la prison de Bochuz en 1974! En plus, on va le revoir à l’Arena, les 2 et 3 novembre prochain, pour le volet suisse de sa tournée «Rester vivant». Avec un tel titre, Johnny n’a pas fini de chanter.

2. Parce qu’il a longtemps levé le coude Promis juré, Johnny est sobre. Il était temps. Lors de son hospitalisation en 2009, les médecins s’alarment d’une consommation excessive d’alcool et lui imposent un sevrage compliqué. Les téléspectateurs n’avaient pas eu besoin de diplôme pour parvenir au même diagnostic, lors d’interviews de Johnny beurré restées célèbres. En 1998 déjà, il révélait au Monde «avoir pris de la cocaïne en tombant du lit». L’inoxydable ne craint pas les nouvelles expériences, puisqu’il partageait des champignons hallucinogènes avec -M- en… 2010! «Après ça, j’aurais pu baiser un tronc d’arbre!» Les tilleuls du Paléo sont prévenus.

3. Parce que les fans de Johnny seront tous là Attention! Un fan de Johnny est un vrai fan, qui ne se confond en rien avec un fan d’Eddy Mitchell ou, pire, de Dick Rivers. Il porte son idole en tatouage, collectionne les T-shirts de ses tournées, s’envole pour Las Vegas ou Los Angeles quand Johnny s’y produit. Les plus motivés ou photogéniques se lancent dans l’imitation du patron. Des concours partagent les meilleurs Johnny, et certains en font leur métier. C’est peu dire, dès lors, qu’on ne critique pas le dieu franco-belge du rock’n’roll sans risquer les foudres musculeuses des émules les plus susceptibles. La plaine de l’Asse prendra-t-elle des allures de grand-messe composée d’ouailles au coude-à-coude, beuglant «allumeeer le feeeuuu»? Festival gentil, Paléo saura rendre cette communion bienveillante, promis juré.

4. Parce qu’il n’habite même plus en Suisse Gstaad n’en demandait pas tant, mais la station bernoise s’est retrouvée au cœur d’une polémique d’Etat lorsque le rocker français national s’y installa avec armes et bagages, en décembre 2006. Il échappait ainsi au fisc français mais souleva un tollé général, devenant symbole des planqués de l’impôt pour les uns, des victimes de l’Etat vautour pour les autres. Le président Sarkozy lui-même dut justifier le départ d’un de ses soutiens de campagne électorale. Michel Sardou, dans les colonnes de «24 heures», se fâchait définitivement avec son ancien pote en moquant son exil pour un bled «où l’on s’emmerde grave». En 2013, Johnny s’est établi à Los Angeles, où l’on s’emmerde moins.

5. Parce qu’à minuit on est au lit Preuve d’une certaine vitalité, Johnny joue tard: 23h45. Aura-t-on encore la force de le suivre alors que Paléo aura déversé ce jour-là parmi les meilleurs groupes de sa 40e édition? On pense aux excellentissimes Duck Duck Grey Duck, frères d’armes tout en soul venus de la voisine Genève (17h). Ou à Ben Harper, le chéri du festival (et de ces dames), qui n’a jamais échoué dans ses tentatives d’hypnotiser la Grande Scène au frotter de sa guitare (21h). Et, avant lui, aux décharges de blues de Gary Clark Jr., fils spirituel de John Lee Hooker (18h45). Bref, la concurrence est rude, les bars nombreux et les filles jolies.

Créé: 23.07.2015, 07h25

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«Je suis impressionné par sa forme»

En tournée, Johnny parle peu, ou pas du tout. C’est donc son nouveau producteur, Pierre-Alexandre Vertadier, qui décroche le téléphone pour évoquer le concert de ce soir, ainsi que les deux dates que l’idole donnera les 2 et 3 novembre prochain à l’Arena. Deux rounds différents: le concert du Paléo, lié à la structure propre du festival, ne sera pas le clone des soirées genevoises. «Ce soir, Johnny jouera un concert plus brut, moins scénarisé et moins développé visuellement que ce qui est prévu sur sa tournée. Il aime l’ambiance des festivals, avec un public plus varié: il se réjouit de partager l’affiche avec Ben Harper et de se produire devant des spectateurs qui ne l’ont peut-être jamais vu. Le répertoire changera également un peu, avec un noyau de tubes inévitables. Cela reste une grosse production, avec seize personnes sur scène et une infrastructure particulière.»

Chute des bénéfices discographiques oblige, Johnny a rejoint comme beaucoup de vétérans la ronde des festivals d’été. «Nous avons neuf open airs derrière nous mais je suis impressionné par sa forme», assure le boss de Decibels Productions, également manager d’Etienne Daho. «Je fais tourner pas mal d’artistes de 30 ans qui n’ont pas son niveau physique.» Les deux univers musicaux demeurent sous la même direction de l’ex-FFF Yarol Poupaud, aux manettes du groupe depuis 2011. «Johnny se montre très ouvert aux propositions. Quand je suis devenu son producteur, j’avais un peu d’appréhension: avec un tel parcours – on parle de 180 tournées! – bien des musiciens seraient blasés. Or, c’est tout le contraire. Johnny reste très impliqué dans sa tournée, très exigeant tout en
se révélant quelqu’un de très simple.»

En 1996, le premier Paléo de Johnny Hallyday avait laissé le souvenir d’un chanteur englué dans les clichés de «Route 66», chiens-loups et Harley de luxe – un parangon de variété rock joliment ringard. Presque vingt ans plus tard, plus grand monde ne se gausse d’un musicien à la crédibilité revitalisée. Pierre-Alexandre Vertadier abonde. «Aujourd’hui, on se rend compte mieux qu’avant que Johnny est un morceau d’histoire, celui qui a popularisé le rock en France, dès 1960. Il y a peut-être eu un long malentendu à son sujet, en le classant comme seul artiste de variété et icône locale. Johnny est aux sources du rock.»

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