Catherine Ringer: «Je dois communiquer une énergie vitale»

InterviewL'éternelle chanteuse des Rita Mitsouko revient à Lausanne au sein de Plaza Francia, groupe fomenté par deux échappés de Gotan Project.

Plaza Francia, nouveau groupe de Catherine Ringer avec le Suisse Christoph Müller (à g.) et l'Argentin Eduardo Makaroff.

Plaza Francia, nouveau groupe de Catherine Ringer avec le Suisse Christoph Müller (à g.) et l'Argentin Eduardo Makaroff. Image: Renaud Corlouer/LDD

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L’Argentine lui tendait les bras depuis des années, elle a finalement convolé avec Plaza Francia, échappée belle de deux membres de Gotan Project qui cherchaient une chanteuse pour leur nuevo tango. Avec Catherine Ringer, ils ont trouvé une diva. «C’est ce qu’on cherchait, une interprète hors pair», commente Christoph Müller, le Suisse de la troupe. Parole – en français – à celle qui chante désormais en espagnol.

– Au temps des Rita Mitsouko, votre voix recelait déjà de l’exotisme. Avec Plaza Francia, vous vous dévoilez?
J’ai eu plein d’influences dans ma vie. Je suis déjà une enfant d’une planète rapetissée et, gamine, j’entendais de tout. Mon père écoutait ce qu’on appelait à l’époque les ondes courtes et j’étais charmée par beaucoup de musiques: la Chine, Israël, l’Egypte, le Brésil. C’est peut-être ce qui m’a donné ce côté «caméléon».

– Avec Marcia Baïla, vous vous teintiez déjà d’Argentine?
Ma façon de chanter était imprégnée par l’accent de Marcia (ndlr: Marcia Moretto (1949-1981), chorégraphe argentine avec qui la chanteuse a travaillé), qui parlait ainsi. J’ai voulu lui rendre hommage en prenant son accent argentin et, finalement, il y a eu des gens qui pensaient que j’avais été influencée par Dalida, qui était plutôt égyptienne!

– A quel point maîtrisez-vous l’espagnol?
En tant qu’interprète, on est capable de faire des choses que l’on ne maîtrise pas complètement. Depuis l’opéra, il y a des chanteurs qui s’expriment dans des langues qu’ils ne connaissent pas. Je me souviens, gamine, d’un chanteur comme Mike Brant, qui a eu beaucoup de succès alors que, Israélien, il ne parlait pas français. Une fois que l’on a étudié le texte, que l’on sait ce qu’on dit, que l’on connaît chaque mot, on sait «parler» la chanson. Et je connais un peu l’espagnol, même si je ne le parle pas couramment.

– Sur scène, il y a de la diva argentine…
Merci. Je suis bonne en accent, c’est un don que j’ai, même sans parler la langue. Je peux aussi facilement imiter un chat ou un chien, j’arrive bien à cerner le son.

– Au fond, l’Argentine vous attendait?
Exactement, j’avais 17 ans la première fois que j’ai vu Marcia Moretto danser. J’ai aussi travaillé avec Armando Llamas, qui écrivait des spectacles, des comédies musicales. Et le premier spectacle que j’ai vu au Palace était Luxe, d’Alfredo Arias. Comme par hasard, j’ai eu beaucoup de relations avec des Argentins, qui étaient nombreux à Paris à l’époque.

– Avec Plaza Francia, quel personnage interprétez-vous?
Je n’ai pas l’impression d’incarner un personnage, mais de me concentrer sur chaque chanson, toutes très différentes: tristes, gaies, parlant de choses que je connais, ou pas. Comme le sentiment de l’exil, que je ne connais pas. Mais aussi des tonalités gaies, comme cette femme très amoureuse et ravie de l’être parce qu’elle pensait ne plus jamais l’être. Il y a un travail d’acteur pour entrer dans la chanson, comme le font tous les interprètes. Johnny Hallyday, par exemple. Je prends cet exemple parce qu’il est connu et que c’est un bon chanteur. Dans le classique, j’aime beaucoup Maria Callas, que l’on appelait soprano dramatique parce qu’elle exprimait la passion.

– Vos prestations sont toujours très intenses. Il y va de la transe?
Cela trahit ma passion de ce que je fais. J’ai le sentiment que je dois absolument communiquer une énergie vitale. Je suis née dans les années 50, et des artistes comme James Brown m’ont donné l’impression qu’il faut beaucoup donner.

– On vous retrouvera bientôt sur une orbite «mitsoukienne»?
Je suis sur un nouvel album sous mon nom et que j’ai mis sur «pause». Je vais le reprendre, sans chercher à faire mieux ou moins bien que le mythe des Rita. Je ne me dis pas que je dois être à la hauteur. Et je vais rechanter sur scène des morceaux des Rita, parce que c’est aussi mon rôle de continuer à les faire vivre. J’en ai d’ailleurs très envie. Après une année et demie de parenthèse, cela me titille drôlement de chanter Andy, C’est comme ça et Cie…

Créé: 26.11.2014, 17h01

La moitié des Rita Mitsouko a trouvé la sortie

Le destin de Catherine Ringer après la mort de Fred Chichin

A la mort de Fred Chichin, en 2007, s’était posé la question de l’avenir de Catherine Ringer, sa moitié à la scène comme à la ville. Artistiquement soudé, le couple s’était imposé comme l’un des meilleurs groupes français, dès ses trois premiers albums, éclatants: Rita Mitsouko, The No Comprendo et Marc et Robert. Même si le duo avait amorcé un fléchissement créatif dès les années 1990, la gloire de ses tubes – au premier rang desquels Marcia Baïla – était intacte et le poids du mythe allait être lourd à porter en solitaire. Sans remonter jusqu’à sa (courte) carrière d’actrice X, Catherine Ringer avait néanmoins ses propres antécédents (danse, théâtre, cinéma) et elle avait déjà montré qu’elle pouvait s’émanciper de son étroit partenariat, avec l’accordéoniste Richard Galliano notamment, en 1997, pour chanter Ferré, Piaf, Trenet. Après un premier album solo Ring n’Roll sorti en 2011, elle s’envole avec Plaza Francia et les compères de Gotan Project (sortie cette semaine de la nouvelle version de leur album avec ajouts live et remixes). Sa liberté bien en main, elle peut donc même se permettre de donner le change à Bernard Lavilliers sur Idées Noires, prenant la place de Nicoletta.

Infos

Pully, Octogone
jeudi 4 décembre (20 h 30)
Rens.: 021 721 36 20
www.theatre-octogone.ch

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