Les drôles d’oiseaux de Feu! Chatterton s’envolent

MusiqueAvant les Docks, La Chaux-du-Milieu et Paléo, Sébastien, le Suisse du quintet, raconte les coulisses de la tournée.

Autour d’Arthur, de gauche à droite, Clément, Raphaël, Antoine et Sébastien,le Suisse du quintet: le quintet trentenaire de Feu! Chatterton sort son deuxième album, «L’oiseleur», et part
en tournée.

Autour d’Arthur, de gauche à droite, Clément, Raphaël, Antoine et Sébastien,le Suisse du quintet: le quintet trentenaire de Feu! Chatterton sort son deuxième album, «L’oiseleur», et part en tournée. Image: LDD

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Déjà sur la route, les drôles d’oiseaux de Feu! Chatterton confirment au deuxième album une excentricité racée. «L’oiseleur» lance des cris venus de cages thoraciques d’artistes décharnés, charpentés par des éclairs rock. Leur sainte Trinité – Apollinaire, Eluard, Aragon – leur a soufflé des vers. «Et Blaise Cendrars, bien sûr», sourit Sébastien Wolf, d’origine jurassienne. Gainsbourg et Bashung peuvent rêver tranquilles, la descendance assure. Si la grandiloquence pouvait pointer sur «Ici le jour (a tout enseveli)», l’horizon s’éclaircit. «Nous donnons moins dans l’artiste maudit mais restons des poètes de la mélancolie lumineuse», note le guitariste, 27 ans. Neveu d’une conseillère communale de La Chaux-de-Fonds, doctorant en physique, il raconte comment Feu! Chatterton conquiert le monde en tournant avec intensité jusqu’aux raouts de l’été, notamment Paléo. «Date beaucoup plus spéciale pour moi, La Chaux-du-Milieu, dans ma famille, le Jura de mon enfance.»

Plus de 250 concerts déjà. En quoi ont-ils influé sur «L’oiseleur»? Nous y parlons beaucoup du sentiment de perte, mort d’un être cher, rupture amoureuse, l’absence. En tournée, il y a souvent après la scène cette sensation d’avoir le soleil dans le dos, quand vous quittez un endroit en fin de journée, les os réchauffés, les tripes vidées d’avoir aimé tellement. C’est un deuil sans noirceur. Peut-être que nous vieillissons.

N’exagérons pas. D’ailleurs, quelle forme prendrait cette sérénité? Le doute a pu surgir quand nous étions en création, seuls face à nous-mêmes, avec des belles mélodies, jolis bouts de textes. Soudain, la réalité, les attentats terroristes notamment, est venue détruire cette illusion. Que faisions-nous à écrire face à un miroir? Après les événements au Bataclan (Ndlr: Feu! Chatterton y joue du 9 au 10 avril), nous avons compris que réunir des gens par l’émotion pouvait être ce dernier geste artistique, ce délire des émotions premières où l’art se partage.

Êtes-vous heurtés de parfois passer pour des dandys détachés du monde? Très surpris, nous ne sommes tellement pas ça! De nos jours, le dandy véhicule une image si réductrice que son sens originel s’est perdu. Au XIXe siècle, il ne se limite pas à un cliché du paraître, à un type qui ne se soucierait que de costards sophistiqués. Les Barbey d’Aurevilly et consorts symbolisaient l’irrévérence équivoque, une remise en question des convenances. Cette préciosité ne nous caractérise pas.

Mais sur «L’oiseleur», n’avez-vous pas soigné le look plus que jadis? À nos débuts, Victor apparaissait en costume trois pièces, ténébreux. Nous aimons arriver apprêtés sur scène. Les masques nous importent, comme une scénographie qui protège et propose une identité. Oscar Wilde parle ainsi de l’habit qui, à ses yeux, contient une sincérité absolue, puisque son propriétaire y insuffle sa vérité.

La condition de dandy n’implique-t-elle pas la tentation du cynisme? Et nous n’aimons pas être frontal dans l’analyse politique du monde, c’est vrai. Ça ne permet pas d’avancer. Nous préférons glisser des idées dans les chansons. Comme «Zone libre», inspirée d’Aragon. La vitesse du monde, l’escalade à l’optimisation sont des travers que nous persistons à dénoncer. De là, à l’auditeur de décanter et de forger son opinion.

Ça ressemble à quoi la vie à cinq? Après la tournée, tous ces concerts tendus vers l’autre, à donner nos émotions sans retenue, nous étions anxieux de restaurer une forme d’intimité, de retrouver notre jardin, délimité mais à l’air. Même si nous ne nous sommes jamais réfugiés dans une tour d’ivoire. Au contraire d’artistes qui évoluent en solo, nous avons la chance de pouvoir garder une liberté de mouvement très grande.

À faire la route les uns sur les autres, il n’y a jamais de bagarres? Au contraire, on se bagarre tout le temps, comme dans une famille, nous sommes quasi-frères. Ça s’engueule sévère parfois. Sans pourtant que cela ne devienne jamais grave. Cette manière de discuter permet l’apaisement d’une manière plus efficace que des circonvolutions polies. Nous pouvons compter sur une telle confiance entre nous.

À quel oiseau vous identifiez-vous? Au colibri, il me fascine car il ne peut s’arrêter de voler sous peine de mourir. Ça représente assez bien l’espèce de marée dans laquelle j’ai été attrapé.

L’ego souffre-t-il de la notoriété plus forte d’Arthur, quasi-leader? Parce qu’Arthur chante et qu’il s’exprime volontiers, ça peut donner cette impression. Nous avons toujours été fans de groupes. Et par expérience, nous savons que le chanteur prend une position essentielle dans l’histoire, voyez Mick Jagger et les Stones, Jim Morrison et les Doors. Et nous avons tant aimé ces chanteurs. Mais sur le fond, nous nous fions dans la pratique au dialogue démocrate.

Comment créez-vous une chanson? Tout commence par la mélodie, puis Arthur amène des bouts de textes qui se calent sur les motifs. Après, ça s’emballe sur scène. Nous étions les premiers étonnés de découvrir un stock de thèmes communs. Nous avions vécu des expériences ensemble, magiques, destructrices aussi, et sans se consulter, c’était là.

Expériences destructrices? Une tournée tient éloigné pendant deux ans. Les liens sentimentaux se dénouent. J’aime penser à cette citation de «Souvenirs», «Ton absence m’appartient».

Créé: 31.03.2018, 20h30

En dates

2011 Au Lycée Louis-le-Grand, puis à l’Université de Paris-Sorbonne, Clément Doumic, Sébastien Wolf, Antoine Wilson, Raphaël de Pressigny, l’âme musicienne, se lient à Arthur Teboul qui écrit poèmes et chansons; fondent Feu! Chatterton, le nom salue Thomas Chatterton, poète qui s’est suicidé à 17 ans en 1770.

2012 Premier single, «La mort dans la pinède»; premières scènes, Bourges, etc.; prix et bourses d’encouragement.

2015 Signature chez Barclay; après deux EP, premier album «Ici le jour (a tout enseveli)»; vendu à 70'000 exemplaires, il engendre une tournée de plus de 250 dates.

2016 Citation aux Victoires de la musique, révélation groupe scène.

2018 Sortie de «L’oiseleur»; tournée qui passe notamment en Suisse, aux Docks à Lausanne (3 avril, complet), Corbak Festival, La Chaux-du-Milieu (18 mai), Paléo (21 juillet, complet).

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