L’Éclair provoque un coup de foudre disco

MusiqueLe sextet genevois fait danser son «Sauropoda», 3e album hypnotique.

L’Éclair, six musiciens genevois en quête de grooves extatiques, sur la scène du Rez de l’Usine jeudi 13 juin.

L’Éclair, six musiciens genevois en quête de grooves extatiques, sur la scène du Rez de l’Usine jeudi 13 juin. Image: ENRICO GASTALDELLO

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Une nouvelle vague musicale est apparue au bout du lac. La dernière génération des musiciens de rock, celle des Cosmic Field, Cats Never Sleep et autres Magic & Naked qu’on croyait entièrement acquise au revivalisme psychédélique, a viré de bord pour accoster un registre totalement différent, où le disco a valeur de boussole. Il en va ainsi de L’Éclair, virtuose dans le mélange des synthés cosmiques de Vangelis avec l’afrobeat de Tony Allen, dans l’alliance du latin rock de Santana avec le krautrock de Can. Particularité du groupe, sa musique se passe de paroles. L’Éclair est purement instrumental.

Né en 2015, ce duo devenu par la suite sextet prétend jouer de «l’exogroove post-internet». Et ça n’a rien d’abscons. En effet, L’Éclair entend d’une part façonner une musique dégagée du formatage numérique, ainsi que le décrit son cofondateur, le guitariste Stefan Lilov: «En dépit du nombre inouï de musiques audibles sur la Toile, seule une toute petite partie accapare l’essentiel des canaux de diffusion. Plutôt que de nous y conformer, nous voulons ouvrir les oreilles à d’autres sons moins courants.» Voilà pour le post-internet.

Groove antédiluvien

D’autre part, le sextet genevois ne refuse aucune influence musicale. «Comme tant de musiciens de notre génération, à peine sortis de l’adolescence dans les années 2010, on a tous voulu faire du néopsychédélisme à la manière des Américains. Et on l’a tous subi. Avant d’en avoir ras le bol, puis de se rendre compte que le psychédélisme n’était pas tant affaire de sons que de démarche. Et d’imaginaire. Le psychédélisme peut se trouver aussi bien dans la musique allemande que dans les percussions africaines.» Voilà pour l’exogroove, le groove «étranger».

Vu et entendu à l’Usine jeudi 13 juin, à l’occasion du concert de lancement de «Sauropoda», troisième album de L’Éclair. Ce soir-là, une foule de jeunes adultes se laissait bercer par une musique onctueuse certes, enveloppante, hypnotique même, mais traversée de tension électrique. Une basse encastrée dans les graves, un «kick» lourd sur la batterie, la guitare perçante mangée de pédale wah-wah: «L’Éclair sonne comme un sauropode», assure Stefan Lilov. Le dinosaure est herbivore, faut-il le préciser. «Et ça n’a rien d’innocent, avoue le guitariste. Nous sommes plus proches des rastas que des gens à bière.»

Un pied chez HBO

Qualité majeure de L’Éclair, le groupe met un soin jaloux dans l’élaboration de riffs efficaces. Ainsi de «Still Steeve», idem pour «Endless Dave», des compositions évoquant, avec cette saveur presque irréelle du passé retrouvé, les génériques des années 60 et 70. Pareille qualité n’a pas manqué d’attirer l’attention des producteurs. Série de HBO, «Wyatt Cenac’s Problem Areas» utilise une chanson des Genevois. «Travailler dans l’illustration sonore, la synchronisation comme disent les anglophones, on voulait cela dès le départ, raconte Stefan Lilov. Pour l’heure, toutefois, ça ne nous rapporte rien, mais nous permet de faire connaître notre vision de la musique.» Hébergé à Genève par le label Bongo Joe, «Sauropoda» a été coédité avec une enseigne de Brooklyn, Beyond Beyond is Beyond. Signe d’une ambition certaine pour développer une carrière outre-Atlantique.

Il y a un an, «Polymood» revisitait à sa manière très «hi-fi» le easy listening, polissant en studio un faux-semblant de funk pour supermarché, tel ce «Disco Dino» profilé pour les pistes de danse. Une année seulement s’est déroulée, durant laquelle il n’a eu de cesse de tourner, à Paris, Amsterdam, Berlin, au Danemark, en Italie. Fort de cette solide expérience de la scène, L’Éclair nous revient avec un troisième album plus proche du concert. «Sauropoda» possède une carrure plus soul, plus psychédélique également. «Sauropoda», qui joue non sans malice du parallèle avec le quadrupède géant du jurassique, entend bien laisser des traces dans le paysage sonore du XXIe siècle.

«Sauropoda» L’Éclair (Bongo Joe; Beyond Beyond is Beyond). Prochain concert: jeudi 4 juillet, Montreux Jazz Festival, Liszto Club

Créé: 17.06.2019, 20h12

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