Effervescence sonore pour l’OSR avec «Le Seigneur des anneaux»

Ciné-concertL’œuvre culte et monumentale du réalisateur Peter Jackson resurgit au Victoria Hall. Un défi musical et technologique.

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L’Orchestre de la Suisse romande fait passer cela pour un hors-d’œuvre ou, si on préfère, pour une mise en bouche avant la longue saison musicale qui va l’occuper. Mais qu’on se le dise, ce que capteront les yeux et les pavillons auditifs des heureux présents au Victoria Hall relèvera plutôt du plat de résistance garni avec opulence. C’est que le programme de la première sortie de l’OSR en version 2015-2016 prévoit une immersion au cœur du monumental Seigneur des anneaux. Une plongée dans le premier volet du triptyque, pour l’heure, servie dans un format ciné-concert et illustrée en live avec les musiques originales conçues par Howard Shore.

On le devine sans peine, le rendez-vous, réitéré samedi, fait un clin d’œil à un public d’un genre nouveau, aussi vaste que peu familier des concerts de saison, vouant plutôt un culte solide à ce chef-d’œuvre du septième art et, plus généralement, à l’esthétique de l’heroic fantasy. Cette opération de séduction massive n’est probablement pas anodine, alors même que la pyramide des âges au sein de passionnés de musique classique ne laisse pas entrevoir de rajeunissement significatif du public. Et le pari lancé par l’OSR a fait mouche: les deux représentations affichent complet depuis un certain temps déjà. Il faudra sans doute être alerte pour pouvoir assister aux projections des deux volets restants, proposés en ouverture des deux saisons suivantes.

Un écran imposant

Habitué des ciné-concerts, l’orchestre élargit son horizon musical en même temps qu’il fait face à une batterie de défis jusque-là inédits. Une illustration? Elle se déploie entre les murs du Victoria Hall à l’heure des dernières répétitions. Sur une scène qui jamais n’aura paru aussi étriquée, 200 musiciens et chanteurs semblent presque devoir se battre pour conserver une place adéquate, au milieu d’instruments ordinaires et d’autres franchement exotiques. Côte à côte, Le Motet de Genève et la Maîtrise du Conservatoire bordent les pupitres des musiciens, tandis que le chef Ludwig Wicki doit monter le volume de sa voix pour faire passer ses indications.

Dominant ce peuple d’interprètes prêts à jouer et à chanter, un écran géant, format 16/9, déployé sur toute la largeur de la salle et conçu pour une projection en HD. Cet objet est un défi à lui tout seul. «Nous sortons clairement de ce que nous connaissons, s’exclame Guillaume Bachelier, régisseur général au sein de l’OSR. Il a fallu transformer le Victoria Hall en cinéma, alors que la salle, avec sa structure organisée par strates, n’est pas conçue pour ce genre de propositions. Nous avons donc retiré 300 places à la jauge habituelle pour permettre à tous d’assister dans les meilleures conditions à la projection. En résumé, nous avons adopté le plus grand écran pouvant être vu par le plus grand nombre.» Une équation compliquée, qu’il a fallu résoudre pour répondre aux exigences techniques imposées par les studios de Columbia, là où l’aventure cinématographique du Seigneur des anneaux a pris forme.

Ailleurs, entre les dorures de ces lieux vénérables, d’autres appareillages laissent entendre l’envergure du projet: des enceintes sonores discrètes, mais puissantes, des éclairages de toutes sortes, des écrans posés dans les coins reculés… Bref, le Victoria Hall paraît d’un coup défait de ses rides et de ses airs désuets. Et il le sera sans doute durant les trois heures que dure la projection. Le temps que l’univers envoûtant, mystérieux et spectaculaire conçu par J.R.R. Tolkien se déploie sous nos latitudes dans une renaissance musicale prometteuse. «Le Seigneur des anneaux» en ciné-concert avec l’OSR (et alii…), Ludwig Wicky (dir.), au Victoria Hall, ve 25 et sa 26 à 19 h 30. Complet. Rens. www.osr.ch

Créé: 24.09.2015, 21h04

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Une partition en forme de mosaïque

C’est un passionné de musique de film, depuis toujours. Au point d’avoir donné vie en 1999 à une formation – le 21st Century Orchestra – dont toutes les activités sont précisément consacrées aux partitions du Septième art. Autant dire que le chef d’orchestre lucernois Ludwig Wicki est aujourd’hui un des spécialistes des ciné-concerts en circulation. Une expertise encore renforcée par l’adoubement prononcé, voilà quelques années, par les studios de Columbia (producteurs de la trilogie de Peter Jackson) et par le compositeur Howard Shore, auteur de la B.O. Ceux-ci lui ont confié en exclusivité le soin de porter partout dans le monde cette œuvre imposante.

Un seul et unique concert donné dans sa ville natale, avec des extraits du film, aura suffi pour convaincre les ayants droit d’embarquer le musicien dans une aventure plus substantielle. Depuis 2008, le chef n’a donc plus cessé de diriger les musiques du Seigneur… Il a parcouru plusieurs fois la planète, donné plus de 150 représentations en compagnie de formations aussi prestigieuses que les philharmonique de Londres et Chicago. Et il a empoigné autant de fois une partition riche et prolixe, qui laisse très peu d’interstices au silence durant les trois volets.

Comment juger cette véritable œuvre dans l’œuvre, ses volutes et ses envolées au lyrisme bien épais? «Je dirais qu’on est face à un carrefour d’influences disparates, à une mosaïque aux couleurs très variées, explique Ludwig Wicki. On y reconnaît les traits d’un certain répertoire du Moyen Age, mais on y entend aussi des sonorités qui rappellent certaines œuvres d’Alban Berg.»

Mille cinq cents ans d’écart: une éternité musicale sépare ces deux références… Etrange cosmogonie que celle qu’a imaginée Howard Shore! Les instruments rares côtoient ceux des orchestres traditionnels. Comment donner de la cohérence à ces plaques musicales mouvantes? «J’ai toujours demandé aux orchestres avec lesquels j’ai travaillé de s’approprier pleinement le langage du compositeur, qui est particulier, voire désarçonnant. C’est un travail indispensable qu’il faut accomplir en amont des répétitions, sans quoi on ne peut comprendre et servir au mieux les partitions. Ensuite, il faut maîtriser les enchaînements entre les scènes du film, trouver les bonnes intonations dans les passages calmes, qui sont vraiment redoutables.»

Tromboniste de formation, passionné de musique de la Renaissance - il en dirige les œuvres à la Hofkirche de Lucerne, où il est Kappelmeister – Ludwig Wicki dit avoir réalisé un rêve en se frottant au triptyque. Il lui en reste pourtant un autre dans le tiroir: écrire à son tour une B.O. «Mais je sais que les opportunités en Suisse sont rares.» R.Z.

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