Elton John, dieu du stade montreusien

Montreux Jazz FestivalLa star anglaise a fait plus que remplir sa mission. Elle a ajouté un moment d'exception à l'histoire du Montreux Jazz Festival.

Le chanteur britannique a conquis le public de Montreux.

Le chanteur britannique a conquis le public de Montreux. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quand Elton John salue le stade de la Saussaz par un «Hello Montreux», il a déjà chanté deux titres, dont celui d’ouverture, «Bennie and the Jets», non seulement mythique, mais aussi sur l’album de 1973 qui donne son nom à sa tournée d’adieux, «Goodbye Yellow Brick Road». Il ne se trompe pas. L’installation sportive se trouve en effet sur la commune de Montreux et fait partie, exceptionnellement, du festival du même nom.

Quincy Jones est déjà installé sur le promontoire au-dessus de la régie et quelque 15 000 spectateurs sont suspendus aux lèvres du chanteur de 72 ans – comme ses doigts un peu boudinés à son piano. Ne pas oublier les voisins directs, installés dans le jardin de leur immeuble qui donne presque sur la scène du Sir anglais. L’anobli (en 1998) se montre d’une politesse exquise pour ses hôtes. «Ce festival, je l’ai regardé à la télévision, en DVD, jamais je ne pensais y jouer un jour. Je suis très honoré.»

Sa venue a occasionné des difficultés inédites au Montreux Jazz Festival, mais, au moment d’entrer dans le concert du chanteur de 72 ans, il fallait décidément se montrer très récalcitrant pour bouder son plaisir – et l’on ne parle pas ici de l’efficacité dans la gestion des foules et des déplacements. Du côté des transports musicaux, le concert est lancé sur des rampes très boogie – sa grande spécialité, qui fait d’ailleurs regretter qu’il n’ait été choisi comme remplaçant du chanteur d’AC/DC en lieu et place d’Axl Rose. La star anglaise enchaîne avec un «I Guess That’s Why They Call It The Blues» plus sentimental, mais qui insiste sur l’aspect visuel des trois écrans de la scène. En l’occurrence des projections d’images de Martin Parr, photographe anglais connu pour ses vues ironiques de la société britannique. Ces artifices visuels, constamment ajustés au timing du live dans des déclinaisons variées, ne servaient jamais à masquer des faiblesses.

La carte de la franchise

Elton John ne se prête pas à une tournée des reliques. Il reprend ses plus grands titres avec une intensité qui leur fait honneur, même plus de quarante ans après leur création avec son parolier Bernie Taupin. Rien n’a été agencé pour cacher quoi que ce soit. Les caméras plongent sur son clavier, lui tirent le portrait sans aménité. Tout à son bilan, Elton ne veut rien dissimuler, cet immense professionnel joue la carte de la franchise, du «show» au sens le plus littéral, de la réinterprétation de ce qu’il a été au prisme de ce qu’il est et de ce qu’il ne sera jamais plus, même si sa tournée d’adieux ne s’arrête qu’en 2021.

«Vous avez toujours répondu présent aux concerts et rien ne me donne une plus grande émotion que de jouer pour un autre être humain»

Plus tard, quand les moutons du chemin des Cornaches, juste sous le stade, mâchaient leur herbe déjà quasi nocturne après avoir entendu des échos de «Tiny Dancer», d’un «Rocket Man» exhaussé par les brises orangées du crépuscule, il n’en fait pas mystère: «Je tiens à vous remercier. Vous avez acheté les disques, les CD, les DVD, le merchandising, mais, plus que tout, vous avez toujours répondu présent aux concerts et rien ne me donne une plus grande émotion que de jouer pour un autre être humain.» Ces déclarations peuvent revêtir un aspect prosaïque, même lorsqu’il dédiait «Don’t Let the Sun Go Down on Me» à Quincy Jones, mais elles intervenaient dans la foulée d’un concert totalement investi, assumant toutes les folies et les grandeurs d’une carrière phénoménale, même celles de ses dérives.

Quitte à les corriger, puisque le performeur à lunettes (3-4 paires lors du concert) récusait sa période d’extravagant stupéfiant. «Ceux qui ont vu le film «Rocket Man» le savent, mais j’ai changé en 1990. J’étais honteux de ma conduite, je suis devenu sobre et cela a changé ma vie de manière incroyable.» Et de se lancer dans une diatribe sur le sida et ses médicaments trop chers, la stigmatisation de l’homosexualité, le racisme, la pauvreté, ceux qui se réclament proches de Dieu, mais en sont aussi loin que possible – rappelant que sa fondation luttant contre le sida avait récolté 450 millions de dollars et bénéficié à 100 millions de personnes. Dans ce «monde divisé» qu’il déplorait, il poursuivait, implorant l’amour, en donnant de sa voix, un peu nasillarde mais toujours aussi puissante, sur son titre «Believe».

Avec sa bande de musiciens, dont certains, comme le batteur à gants blancs Nigel Olsson ou le fantasque percussionniste Ray Cooper, le suivent depuis ses débuts, Elton John a donné, avant d’abandonner les scènes du monde pour se consacrer entièrement à la parentalité, un concert impeccable, totalement engagé, mais aussi traversé d’ironie bienveillante, clôturé par les clins d’œil formidables de «The Bitch is Back» ou de «I’m Still Standing» (le montrant caricaturé par «South Park» ou dans ses atours les plus excentriques). Elton John ne renie rien, il en remontre aux petits joueurs qui croient savoir ce qu’est la provocation.

Créé: 30.06.2019, 16h41

«Hors de question que quelqu’un loupe la première note!»

«Vous allez au concert?» demandaient les fans avant de monter dans l’une des quarante navettes mises à disposition pour l’événement. Et malgré les quelque 15 000 personnes attendues, le dispositif routier a très bien fonctionné. «Tous les spectateurs ont pu rejoindre le concert à temps et ça, c’était le défi numéro un: il était hors de question que quelqu’un loupe la première note d’Elton John!» se félicite Mathieu Jaton, patron du festival, heureux de constater que le public a partagé sa satisfaction quant à l’organisation sur les réseaux sociaux. «Tout était très bien indiqué et facile d’accès», témoignaient Julien et Amandine Fragnière, venus de France voisine pour voir leur idole. «C’est la 28e fois que je vois Elton», rigole Sacha Wicki, venu d’Yverdon. «Il va nous faire le show», se réjouissaient Marius et Richard Porteboeuf, un père et son fils lausannois qui avaient hâte d’assister au concert dans un endroit aussi magnifique. Alyssa Garcia

Articles en relation

40 navettes pour rallier Elton John

Montreux Jazz 15’500 spectateurs viennent applaudir la star samedi, au stade de la Saussaz. Selon le festival, le scénario est bien rôdé Plus...

Elton John, l’homme fusée qui doit décrocher la lune

Cinéma «Rocketman» flamboie autant qu’il réduit l’histoire pop aux standards du storytelling hollywoodien. Plus...

Trois choses à savoir sur «Rocketman»

Cinéma Vidéo - Ce biopic sur la vie d’Elton John s’arrête lorsque celui-ci devient une star planétaire. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.