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Encordée au Norvégien Eivind Aarset, la caravane «Nordic Vibes» passe à Yverdon

Avec Bugge Wesseltoft et Nils Petter Molvaer, le guitariste fait partie des six concerts d’un jazz venu du froid proposés ce week-end. Interview

Eivind Aarset fait souffler le chaud de ses cordes électriques et le froid de ses effets électroniques.
Eivind Aarset fait souffler le chaud de ses cordes électriques et le froid de ses effets électroniques.
SALVATORE BOSCO/LDD

Il est un peu malséant de comparer un musicien à un plat, mais l’on profitera tout de même de sa nationalité pour rapprocher le guitariste Eivind Aarset du chaud-froid d’une omelette norvégienne, tant les vibrations volcaniques de sa guitare électrique côtoient le glacis sonore de ses effets électroniques. De sa versatilité qui tient parfois de l’alliance des contraires, le Norvégien tire des paysages sonores fascinants. «Je ne me lasse pas des ouvertures que cela permet», assurait hier au téléphone l’une des têtes d’affiche du festival «Nordic Vibes», qui s’installe à Yverdon-les-Bains en cette fin de semaine, avec également ses compatriotes Nils Petter Molvær et Bugge Wesseltoft au programme.

«Cela vient de mon background, précise celui qui avait entamé sa carrière de leader avec l’album Electronique Noire, en 1998. J’ai commencé comme un guitariste normal et j’ai développé l’électronique petit à petit, jusqu’à ce que cela change mon style. Mais cela a pris des années. Je ne suis pas le soliste typique: j’aime me fondre dans le son d’un collectif.» Après sa découverte de Hendrix et ses premières expériences dans un groupe de metal, le musicien a migré dans les parages plus libres du jazz, oscillant entre la recherche de sa propre orbite et ses nombreuses collaborations aux univers de ses pairs, notamment avec Nils Petter Molvær qu’il accompagnait déjà sur son enregistrement séminal de 1997, Khmer. «J’ai autant appris au contact des autres, en tant que sideman, qu’en étant responsable du son d’un projet.»

A la fin de la dernière décennie, le guitariste a même eu la chance de participer à l’enregistrement du dernier disque de l’un de ses héros, le trompettiste et sorcier sonore Jon Hassell. «Il a été l’une de mes principales sources d’inspiration, pas pour les morceaux eux-mêmes, mais pour son esthétique, ses différents mondes, sa capacité de créer avec un jeu épars contrebalancé par des phrases très précises.»

Pour ceux qui douteraient encore de l’amour des contrastes du Norvégien, il faut citer ses contributions à la musique du Tunisien Dhafer Youssef. «Une très belle association, même si c’est très éloigné de ma musique. Avec lui, j’ai toujours l’impression d’un voyage, j’aime créer des paysages sonores en arrière-fond à son chant – même si c’est toujours un défi!» Déjà initié à l’Orient par la musique de Jon Hassell, le Norvégien de 55 ans l’a aussi côtoyé à travers son intérêt pour le jeu du Turc Erkan Ogur.

Du metal aux Mille et une nuits, les tempêtes soniques d’Eivind Aarset, qui arrive à Yverdon avec deux batteurs et un bassiste, s’avèrent aussi érudites qu’éclectiques. Ce blond représentant d’un jazz nordique se méfie d’ailleurs un peu de cette étiquette neigeuse. «C’est surtout la génération précédente, représentée par exemple par Jan Garbarek, qui a effectué le travail d’affirmer une identité musicale différente de celle des Américains.»

Pourtant, au tournant du siècle dernier, les Scandinaves ont fait partie de ceux qui brisaient la glace d’un jazz devenu trop souvent synonyme de tradition, en empruntant notamment au vocabulaire électronique. «Avec Nils Petter, nous touchions soudainement un public totalement différent, avec beaucoup de jeunes dans l’assistance qui n’étaient pas forcément concernés par la question du jazz.» Si le guitariste se montre toujours plus épris par les plages méditatives, des lames plus rock peuvent toujours surgir de ses cordes. «Absolument. Je n’aime pas me forcer dans cette direction, mais si cette énergie survient, je suis.»

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