Erik Truffaz souffle sur la lune rouge

JazzErik Truffaz est l’invité de Live in Vevey mercredi 16 octobre et sort en parallèle un nouvel album, «Lune rouge». Rencontre.

Erik Truffaz, trompettiste franco-suisse, poursuit avec son quartet dans cette veine qui lui sied si bien, à la croisée du jazz acoustique et des grooves électroniques.

Erik Truffaz, trompettiste franco-suisse, poursuit avec son quartet dans cette veine qui lui sied si bien, à la croisée du jazz acoustique et des grooves électroniques. Image: Yuji Watanabe

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Des éclats de notes bourgeonnent sur les cymbales. Transformé par une série d’effets électroniques, le son vibre, oscille, gonfle et s’efface. Suit un break beat rapide, baguettes au clair – presque un solo de jazz traditionnel. Mais la basse qui s’amène remet tout au pas. Ce sera du groove. Lorsque, enfin, d’un timbre feulant, légèrement brisé, la trompette appose sa signature. À présent, c’est une ballade, accompagnée d’un piano.

On se dit parfois qu’Erik Truffaz tourne depuis trop longtemps autour d’un même pot. Possible. D’ailleurs, c’est sans doute pour cette raison que le souffleur franco-suisse a pareillement affiné son art. En creusant, creusant dans les parages de l’acid jazz, en serpentant parmi les monuments érigés notamment par Miles Davis, Erik Truffaz trouve encore matière à émouvoir.

De rap et d’élégance paré

Sur disque paraît cet automne un nouvel album en clair-obscur, d’une sérénité séduisante, réalisé avec son quartet. Où l’on retrouve les indispensables Marcello Giuliani à la basse et Benoît Corboz aux claviers. Un petit nouveau participe à la réunion, Arthur Hnatek, formidable batteur genevois expert en bidouillages synthétiques. «Lune Rouge», ça s’appelle. Celui dont on a décrit, ci-dessus en guise d’introduction, un titre absolument captivant, «Alhena», suivi d’un «Nostalgia» sans faux-semblants ni faux plis. Il y a même une chanson d’allure pop, le caressant «She’s The Moon», avec la voix d’Andrina Bollinger, musicienne suisse alémanique. Parution prévue le 11 octobre.

«Avec l’âge, le son de la trompette change, et en bien. Ça va de pair avec l’évolution de la voix. Tout est de plus en plus rond. De plus en plus aisé, également lorsqu’il s’agit de jouer en acoustique.» Raison de plus pour trouver le bon microphone: «Sur scène, j’essaie de trouver un son au plus près de la réalité. Comme en studio. D’ailleurs, si mon premier disque chez Blue Note ne contenait aucun effet, le dernier lui aussi n’en a presque pas.»

Inspirations électroniques

Erik Truffaz cultive la trompette nature. Ce qui n’empêche le musicien d’apprécier les apprêts d’un voltage adéquat. «Je suis un enfant des années 70. J’ai commencé à électrifier ma trompette à l’âge de 14 ans.» Et la musique électronique? N’est-ce pas la base de son esthétique? «Avec Marc Erbetta, en effet, on a écouté beaucoup de drum and bass, dont on repiquait les rythmes tels quels. L’électronique ayant évolué, le dubstep, avec son tempo plus enlevé, s’est introduit dans le quartet. Enfin, Arthur Hnatek amène des idées plus récentes encore. S’il y a un maître d’ouvrage sur «Lune rouge», c’est lui. Nous avons trente ans d’écart. Trouver du sang neuf est très important.»

Suivre l’air du temps, Erik Truffaz fait cela fort bien. «Comme Ellington, comme Parker à leur époque.» Le propre du jazz, c’est cela: absorber, digérer. «Sinon la machine s’arrête. Et ça s’entend.»

Créé: 08.10.2019, 11h36

Vevey, théâtre Oriental

Me 16 oct. (20h30)
www.liveinvevey.ch

Live in Vevey

Depuis 18 ans, Live in Vevey épingle la note bleue un peu partout entre Montreux et Cully.

À l’Oriental, l’association fondée par Malcolm Braff et Christian Halbritter met l’accent sur les résidences et les cartes blanches, telle que celle offerte du 16 au 19 octobre à Andrina Bollinger.

Le théâtre veveysan accueille ensuite, du 6 au 9 novembre, la résidence d’Arthur Hnatek, qui tient les baguettes sur le nouveau disque d’Erik Truffaz, après avoir joué derrière Tigran Hamasyan ou Shai Maestro (concerts à 20h30).

Le 21 décembre, le 4tet JØØN (Patrice Moret, Matthieu Michel, Sara Oswald et Stefan Aeby) se retrouve pour une «soirée Lëon».

L’année débutera avec Nicolas Masson et son quartet (résidence à l’Oriental du 29 janvier au 1er février) puis avec la batterie de Christophe Calpini accompagné d’un quatuor à cordes (26 au 29 février).



«Lune rouge»
Erik Truffaz
Warner
(Sortie le ve 11 oct.)

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