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L’Eurovision fait ses révolutions

Si son règlement l’interdit, le grand Barnum témoigne de la scène sociale et géopolitique. A suivre dans la 62e édition.

Sous ses voiles kitsch et derrière les divas de tout poil, l’Eurovision sonde aussi des enjeux lourds. Voir dès 1964, un homme surgir sur la scène du Tivoli à Copenhague, brandissant une bannière au message explicite: «Boycott Franco et Salazar». En effet, l’opinion publique danoise apprécie peu la participation de l’Espagne et du Portugal au concours. Ironie du destin, une décennie plus tard, alors qu’ABBA triomphe, le Portugais Paulo de Carvalho finit dernier. Mais sa chanson, E Depois do Adeus deviendra l’hymne de la Révolution des œillets.

Slogans

La «zizique» de l’Eurovision, même de variété, sait véhiculer des slogans. Voir 2009, quand la Géorgie est éliminée pour paroles injurieuses à l’égard du président russe Vladimir Poutine. Il y a trois ans, la guerre entre la Russie et l’Ukraine provoque des huées. La plupart du temps, les organisateurs atténuent ces protestations, usant de plans fixes pudiques sur le tableau des points ou passant même des écrans publicitaires aux moments stratégiques, allant jusqu’à installer un logiciel d’atténuation sonore contre les sifflets dans la salle. Et pour cause.

Le règlement de cette manifestation, lancée en 1956 avec une philosophie fédératrice, spécifie que tout message politique y est interdit. Néanmoins, de nombreux pays, à commencer par l’ex-bloc soviétique, se servent de cette formidable tribune pour régler leurs comptes au vu du monde. La vitrine pailletée de l’Eurovision, malgré sa réputation de ringardise assumée, ouvre des abymes sur la géopolitique du monde.

La provoc sous la guimauve

A la veille de la 62e édition, Claire Laborey en donne l’écho sur Arte dans Eurovisions. Sous les mollesses de la guimauve pointe la provoc dans un miroir dont les cassures vives reflètent l’Europe. Même constat dans La saga Eurovision. Jean-Marc Richard, commentateur depuis les années 90, et son homologue Nicolas Tanner, remontent six décennies à haute densité émotionnelle. Les archives inédites ou iconiques matérialisent ce lien paradoxal entre 200 millions de téléspectateurs. Elles s’arrêtent aussi sur de constantes passes d’armes nationalistes.

Les enjeux financiers d’un spectacle au budget avoisinant les 40 millions de francs devraient pousser au formatage. Au contraire, si les candidats semblent souvent lyophilisés dans une image «eurovisionnaire», ils se révèlent parfois élus selon des critères beaucoup plus offensifs. Voir le cas Flame is Burning c ette année. L’Ukraine ayant gagné en 2016, selon la tradition, elle devient pays hôte. Or, Moscou a choisi comme représentante Ioulia Samoïlova, une chanteuse handicapée interdite de séjour à Kiev. Alors que les réseaux sociaux ricanent sur le fait que d’habitude, la Russie prête peu d’attention aux infirmes, celle-ci se conforte dans un boycott indigné. «Zero point» cette année, donc.

Subversion culte

L’Eurovision, par sa mode du travestissement, prend régulièrement la température de l’évolution des mœurs. Sa reine barbue Conchita Wurst ne sera couronnée qu’en 2014, engendrant une «Conchitamania» mondiale. Lors de la précédente édition, fringuée en mariée, Krista Siegfrids et sa choriste s’embrassent déjà sur scène. Pour l’anecdote, en 2003, les deux filles du groupe russe t.A.T.u., portant pourtant leur homosexualité en bandoulière lors des préliminaires, n’avaient pas osé un baiser. Au-delà, en 2007, Ver­ka Serduchka fait la bombe à divers titres. Dans une langue prétendument imaginaire, la drag-queen ukrainienne entonne Lasha Tumbai. Sous l’accordéon et la techno boum-boum se discerne le refrain Russia Goodbye! Sous les pavés bling-bling, la plage de subversion est devenue culte.

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