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Le Festival Bach fête 20 ans d’excellence

Par son exigence dans le détail et sur la durée, la manifestation arrive à pousser les artistes à se dépasser. Démonstration avec Leonardo García Alarcón.

Leonardo García Alarcón dirige vendredi à la Cathédrale de Lausanne la Messe en side Bach avec le Chœur de chambre de Namur et la Capella Mediterranea.
Leonardo García Alarcón dirige vendredi à la Cathédrale de Lausanne la Messe en side Bach avec le Chœur de chambre de Namur et la Capella Mediterranea.
Bertrand Pichene

Fondé en 1997, le Festival Bach de Lausanne n’a programmé que trois fois la Messe en si du Cantor de Leipzig, en 2000, en 2013 et demain vendredi 3 novembre, en ouverture de l’édition des 20 ans, avec le Chœur de chambre de Namur et la Capella Mediterranea de Leonardo García Alarcón. Ce chef-d’œuvre de la maturité du compositeur exige des moyens imposants qu’il est difficile de réunir. Le chef argentin de Genève y met toute son énergie.

L’histoire est tellement belle qu’on ne résiste pas au plaisir de la raconter. C’est celle de la vie de Leonardo García Alarcón et de son amour pour Jean-Sébastien Bach. Né dans une famille modeste de La Plata, à une cinquantaine de kilomètres de Buenos Aires, l’Argentin découvre Bach grâce à une cassette offerte par sa grand-mère. «J’avais 8 ans et j’ai eu un coup de foudre immédiat pour cette musique qui m’a paru totalement évidente. J’ai dit à mon père, qui chantait beaucoup et écoutait surtout de la musique folklorique, du tango et du Mozart, que c’était ma musique préférée et que je voulais devenir musicien.»

«Je me souviens avoir joué toutes les voix avec un piano que j’avais désaccordé au tempérament baroque pour suivre le disque»

A l’adolescence, l’apprenti pianiste et claveciniste se plonge avec délectation dans les partitions de La Passion selon saint Matthieu et de la Messe en si qu’il a pu obtenir à la bibliothèque de sa ville natale. «C’est le compositeur Alberto Ginastera qui avait légué sa collection de l’œuvre complète dans l’ancienne édition originale. Je me souviens avoir joué toutes les voix avec un piano que j’avais désaccordé au tempérament baroque pour suivre le disque de la version de Frans Brüggen.»

Le musicien peut parler pendant des heures de la Messe en si dont Bach n’entendit jamais d’exécution intégrale, des influences croisées qui s’entremêlent dans cette «pièce d’art total, son testament artistique», du mélange des styles, du grégorien à l’opéra vénitien jusqu’aux harmonies les plus audacieuses.

«Michel Corboz et Christiane Jaccottet ont joué un rôle capital dans ma vie, surtout dans les moments les plus difficiles»

Le premier concert que l’Argentin dirige, à 17 ans, est bien entendu consacré à des cantates de Bach. Mais il doit attendre ses 18 ans pour entendre la Messe en si en concert, donnée par Michel Corboz et l’Ensemble vocal de Lausanne au Teatro Colón de Buenos Aires. Nouveau choc! C’est aussi dans la capitale argentine qu’il croise le claveciniste brésilien Nicolau de Figueiredo, lequel lui conseille de rejoindre à Genève sa professeure, Christiane Jaccottet. «Michel Corboz et Christiane Jaccottet ont joué un rôle capital dans ma vie, surtout dans les moments les plus difficiles, quand j’ai quitté mon pays pour m’installer ici.»

Paradoxalement, ce n’est pas avec Bach que Leonardo García Alarcón a construit son début de carrière, mais davantage autour du répertoire baroque italien, ibérique et la polyphonie franco-flamande. «En Europe, j’ai laissé mon amour pour Bach comme une relation entre lui et moi. Je devais attendre le bon moment pour le défendre.» Evidemment, il ne refusera pas l’invitation de Michel Corboz qui le prend pour le continuo de la Passion selon saint Matthieu en 2000 lors du retour de l’EVL à Buenos Aires: «J’avais 24 ans et je traduisais pour l’orchestre toutes les indications de Corboz!»

Prêt à jouer la «Messe en si»

Aujourd’hui, le chef naturalisé Suisse est enfin prêt à jouer en public la Messe en si. Le moment est symbolique, comme tout ce qui touche à Bach, grand amateur de numérologie: «J’ai 41 ans. C’est un nombre très important, car c’est la somme des valeurs des lettres de JSBACH dans l’alphabet allemand. Le faire à Lausanne a quelque chose d’existentiel pour moi, en remerciement à la ville de Corboz et Jaccottet. J’ai suivi avec gratitude toutes les éditions du Festival Bach, qui a l’âge de mon arrivée en Suisse. Ceux qui se sont dédiés à la mémoire du plus grand compositeur du monde méritent le plus grand respect.»

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