Une fois que la fête est finie

DisqueAncienne meneuse de Solange la Frange, Julie Hugo expose ses fêlures sous le nom de Your Fault, beau et fragile reflet d’âme.

«Je me colle au micro, les yeux fermés par réflexe, et parfois je chiale, c’est assez pathétique.»

«Je me colle au micro, les yeux fermés par réflexe, et parfois je chiale, c’est assez pathétique.» Image: DR

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Dans le jardin automnal de Julie Hugo, les feuilles mortes se ramassent à la pelle mécanique. Les souvenirs et les regrets? Aussi. Couleur rouge sang, rouge passion: amour et mort, rien de chiqué. La chanteuse qui faisait le show dans Solange la Frange souffle désormais le froid avec Your Fault, étrange équipée à la fois solitaire et collective qui publie son acte de naissance au titre éloquent: «Beauregard en novembre». Ou comment flotter au-dessus des brumes, dans une ambiance musicale à la mélancolie voluptueuse, en une léthargie cotonneuse guidée, çà et là, par quelques rais de soleil bas.

Pour qui se souvient de Solange la Frange, trio d’electroclash bling-bling aux deux tiers masculins qu’incarnait Julie Hugo au micro, le grand écart stylistique impressionne. La fameuse allégorie de la médaille, avec sa face étincelante à la lumière, l’autre vibrante d’un éclat enténébré. «Ceux qui me connaissent me reconnaîtront, autant sans limites dans la teufe que je suis timide et fragile», résume la musicienne fribourgeoise, longtemps résidente veveysanne quand il s’agissait de mettre le souk en Suisse et en Europe avec son équipée foutraque de Solange et sa frange. «On a fait environ 350 concerts entre 2004 et 2011. Puis ça s’est calmé, j’ai eu un enfant et je me suis dit qu’on avait fait le tour du truc. Je traînais depuis tout ce temps des chansons que j’écrivais pour moi, au rythme d’un escargot, à chaque fois que j’étais au bout de ma vie sentimentale et dans des moments de déprime extrême. Ça s’empilait sur des téléphones portables, des bouts de fichiers par-ci, par-là. S’il m’arrivait un truc, j’ai voulu laisser quelque chose de beau à ma fille, Marcia.»

N’imaginez pas que Julie Hugo raconte cela dans un souffle de diva désespérée. Celle que l’on surnomme la Patronne, championne des foires en clubs peu ou prou interlopes, décrit son versant fragile avec ce qu’il faut de dérision, incapable de cacher sa nature rigolarde comme de tricher sur ses sentiments profonds. «Je suis une fille et en plus complètement fleur bleue, se marre-t-elle. Le moindre truc devient grave, passionné. Ce n’était pas la fête quand j’ai écrit ces chansons, et ce n’est pas simple de les chanter live. Je me colle au micro, les yeux fermés par réflexe alors que je déteste ça, et parfois je chiale, c’est assez pathétique.» (Rires)

Ses moments de cafard ne sont pas contagieux. «Beauregard en novembre» égrenne huit morceaux au tempo de procession, offerts aux cordes et aux percussions que survolent la voix haute et chaude de Julie Hugo. Un disque de sérénité et d’espoir plutôt que d’abattement mortifère, dans l’univers de Dead Can Dance, de Cat Power et de PJ Harvey, autant d’influences que la chanteuse embrasse sans complexe. Car si elle chante... c’est de leur faute. «Le nom du projet est un remerciement à tous ceux qui m’ont donné envie de faire de la musique depuis que j’ai 15 ans.»

Elle a composé le disque seule, bricolant sur des synthés MIDI l’ossature de chaque chanson, mais s’est entourée d’amies pour les faire exister en studio et sur scène, dans un format variable qui mobilise violoncelle, guitare, piano et batterie mais se conçoit aussi en simple duo épuré. Nul effet de mode dans cet équipage féminin (excepté le batteur), pas de militantisme non plus, juste la simple et logique osmose entre plusieurs musiciennes au long compagnonnage au sein de la scène romande et nationale, comme Laure Bertis (Kassette) qui tient la guitare et Tania Bochud (ex-Sandor) au clavier. «Il me fallait des gens de confiance, c’est déjà assez dur de me foutre à poil sur scène.» Pour ceux qui en sont restés à Solange la Frange, il faut désormais y voir là une pure métaphore.

Créé: 07.12.2019, 19h52

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«Beauregard en novembre»

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