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Les filles d’Ibeyi tribalisent le R’n’B

Les deux sœurs franco-cubaines sortent un nouvel album, «Ash», plus travaillé et éclectique. Interview

Ibeyi ou l’alliance de 22 ans des jumelles Diaz (Naomi à g. et Lisa-Kaindé à dr.) propulse la musique afro-latine dans une nouvelle ère.
Ibeyi ou l’alliance de 22 ans des jumelles Diaz (Naomi à g. et Lisa-Kaindé à dr.) propulse la musique afro-latine dans une nouvelle ère.
DAVID UZOCHUKWU

Leur gémellité fait plus que se voir. Elle s’entend. Même au téléphone où, en une vingtaine de minutes d’entretien, elles rythment souvent leurs réflexions par une exclamation identique et parfaitement synchrone. Les (fausses) jumelles Lisa-Kaindé et Naomi Diaz, 22 ans, se distinguent pourtant par leur timbre de voix. Si la première évolue dans un registre cristallin, il émane de la seconde une raucité un peu fumée. «Notre compréhension est tout à fait réelle, notre entente instinctive aussi. En même temps, nous sommes très différentes. Cela permet à nos deux mondes de bien se mélanger», expliquent-elles (presque) à l’unisson au moment où sort Ash, deuxième album de leur duo Ibeyi.

Filles du percussionniste cubain Miguel «Anga» Diaz et Maya Dagnino, chanteuse franco-vénézuelienne, ces deux nymphettes sont sorties du sein d’une latinité afro où tourbillonnent chants traditionnels yoruba et musique d’Irakere, groupe de Chucho Valdes dans lequel leur père à évolué, ainsi que dans le Buena Vista Social Club. «Nous revenons sans cesse à Cuba – et même plus que jamais, maintenant que nous y jouons devant un public très fier de nous. Nous y avons une maison, des amis d'enfance, de la famille. Tout comme notre mère, nous sommes tombées amoureuses des chants yoruba, qui font partie de notre éducation, de notre ADN.»

Mais, dès leur premier album éponyme («Ibeyi» signifie d’ailleurs jumelles en yoruba) sorti en 2015, les deux jeunes femmes ont remis ces traditions sur des orbites plus contemporaines, mariant avec autant de passion les rythmes du cajon – le fameux instrument de percussion afro-péruvien – que les effets électroniques. Dès 2016, Beyoncé les invite à la rejoindre à La Nouvelle-Orléans pour participer au film qui accompagne la sortie de son album Lemonade. Pour les deux jeunes filles, c’est l’adoubement d’une reine. «On adore, nous avons grandi avec elle, en plus de papa, de maman et de toutes nos autres influences.»

La cendre et la couleur

Si elles acceptent la coloration R&B de Ash, les sœurs Diaz ne veulent pourtant pas entendre parler d’une emprise prédominante qui étoufferait leurs autres intérêts. «L’album est plus puissant, plus fort, plus hip-hop, mais nous n’avions pas de musique type dans les oreilles. C’est encore une fois un mélange de toutes les musiques que nous aimons. Alors oui, on aime le R&B contemporain, mais on aime toujours autant James Blake, Bon Iver, Fink et plein d’autres.» Par contre, Ash affirmerait avec plus de détermination une volonté exploratoire tous azimuts. «On voulait rester 100% nous-mêmes tout en cherchant l’inspiration dans des livres, des films. Plus produit que le premier, il porte l’excitation de l’expérimentation. En faire un différent, c’était aussi honorer le premier.»

Parmi les nouveautés, il y a aussi des collaborations avec des artistes qu’elles ont appelés pour l’occasion. «Ce n’était pas un besoin, mais une envie. Des musiciens que l’on écoute, que l’on admire. En faisant Deathless, par exemple, nous avons pensé à Kamasi Washington et il a répondu présent avec ses lignes de saxophone.» Par antinomie, le titre – «sans mort» – fait écho à certaines images funèbres qui avaient présidé à l’élaboration de leur premier album, dont la mort de leur sœur. «Mais Deathless, cela ne vise pas Ibeyi, mais tout le monde! Nous avons voulu cette chanson comme un hymne pour tous, à chanter quand on se sent misérable et dépassé. Il suffit de l’écouter et, pendant trois minutes, on se rappelle que nous sommes immortels, larges et puissants. On ne fait pas que se le rappeler: pendant trois minutes, on y croit! On se réjouit de la reprendre en chœur avec notre public.»

De leur ascension rapide jusqu’à l’Olympe d’une pop exigeante et innovante, les deux musiciennes ne veulent voir que leur concentration passionnée et, à l’échelle de leur âge, ce succès n’a rien de précipité. «Nous avons commencé la musique à 7 ans. Cela fait 4-5 ans que l’on travaille sur notre duo tout de même! Il y a des villes où notre tournée de deux ans est passée plusieurs fois.» En terre vaudoise, le duo a en effet écumé les festivals, du JazzOnze + au Cully Jazz, en passant par Montreux. «La scène nous a montré où on voulait aller: faire danser, chanter, suer plus fort les gens. La bonne direction, non?» Le rendez-vous est pris pour la prochaine tournée des sisters.

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