La folie est une cage séduisante pour «Lucia di Lammermoor»

CritiqueL’opéra de Donizetti vu par Stefano Poda traduit l’impasse d’une société machiste sur les femmes. Lenneke Ruiten s’en évade.

Lucia (Lenneke Ruiten) «s'élève» dans la folie meurtrière durant sa nuit de noces

Lucia (Lenneke Ruiten) «s'élève» dans la folie meurtrière durant sa nuit de noces Image: Alan Humerose

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Noir c’est noir. L’univers symboliste convoqué par Stefano Poda dans ses mises en scène n’est jamais très léger. Un Ariodante et un Faust présentés l’an dernier à l’Opéra de Lausanne démontraient déjà son penchant obscur. Depuis vendredi, l’Italien enferme Lucia di Lammermoor, de Donizetti, dans une prison ténébreuse. L’Ecosse du XVIe siècle n’est qu’un lointain souvenir dans ces échafaudages balayés de l’éclat des néons. L’espace scénique de Poda est désespérément vide, mais habité d’hommes menaçants aux longs imperméables noirs, qui font craindre que l’on troque un cliché (pseudoréalisme) pour un autre (actualisation forcée).

Toute la première partie flirte avec ce néoconformisme, tout en posant des jalons visuels très prégnants grâce à des éclairages spectaculaires et une distribution vocale convaincante. Au centre du palais sans issue, Lucia se voit confier son premier air, Regnava nel silencio, dans une cage étroite enveloppée de toiles d’araignée, donnant l’impression que le personnage suffoque. Et c’est vrai que Lenneke Ruiten a semblé corsetée, malgré son chant si agile.

Heureusement, la soprano hollandaise déchire ce voile d’injustice dans la conclusion libératoire et sanglante du drame, avec une aisance hallucinante pour une prise de rôle.

Après avoir tué son mari durant la nuit de noces, Lucia «s’élève» dans la folie grâce à une cage démesurée et offre enfin un espace à sa rébellion contre son frère, son clan, son rang. Elle s’unit alors au cadavre du mari comme si c’était celui de l’amant trahi. L’accompagnement de cette scène par l’harmonica de verre posé sur les aigus apaisés de Lenneke Ruiten dessine en sons le même effet translucide que le cube en apesanteur. Bienfaiteur de Donizetti, Jesús López Cobos à la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne réussit lui aussi à donner du souffle et du volume à chaque note, avec cet élan inexorable menant à l’atrocité et à l’échappatoire céleste.

Créé: 01.10.2017, 18h50

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