Gérard Manset a parachevé un petit galion

DisquePour son 21e album, le chanteur discret fait dialoguer ses chansons avec les textes d’un écrivain de la fin du XIXe. Rencontre avec le sphinx de la scène française.

Gérard Manset travaille seul et ne s’est jamais produit en concert. «Je veux être aussi authentique que possible», dit-il.

Gérard Manset travaille seul et ne s’est jamais produit en concert. «Je veux être aussi authentique que possible», dit-il. Image: Warner Music

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On rencontre Gérard Manset dans un bistrot parisien où l’artiste le plus culte de la scène française a ses habitudes. Depuis des décennies, de véritables légendes se racontent sur l’impénétrable sphinx auteur d’ Animal on est mal , bande-son des émeutes de Mai 68. Le Manset assis en face de nous se montre aussi courtois que disponible. Et bavard dès la première seconde d’entretien.

A 70 ans, l’homme a peut-être moins le goût du mystère qu’autrefois. «Avec cet album, je renoue avec une inspiration juvénile. J’ai pris conscience que j’avais toujours droit à la fantaisie, à la différence. C’est important dans un monde où la poésie n’a plus droit de cité. Oui, cette poésie gratuite des choses belles!» lance cet auteur-compositeur-interprète qui signe, avec Opération Aphrodite , son 21e album en quasi cinquante ans de carrière.

«La connexion avec Pierre Louÿs a été forte. Aussi, j’ai trouvé amusant de mettre bout à bout mes chansons et des extraits de l’œuvre. Je n’ai pas cherché à illustrer ni à narrer quelque chose de similaire!» Aphrodite, le roman de Pierre Louÿs, est paru à la fin du XIXe siècle. Cet ami de Gide et grand admirateur de Mallarmé est un de ces écrivains aussi raffinés que méconnus du lecteur ordinaire, et dont on imagine que les adeptes s’échangent les éditions rares sous le manteau.

«Je suis très XIXe siècle!»

Pierre Louÿs est évidemment mort plutôt jeune (54 ans), dans le plus grand dénuement. «C’est effrayant que quelqu’un ait eu ce destin, raconte Gérard Manset. C’est l’égal d’un Balzac, d’un Chateaubriand, d’un Maupassant. Je suis très XIXe siècle en littérature. Moi, je cherche à être émerveillé. C’est pourquoi il me faut des femmes, des rêves éveillés. Et des portraits de femmes qui font pleurer.» Aphrodite et ses déclinaisons…

Mais Gérard Manset a avant tout enregistré un disque de Manset. Un de ces ovnis, comparable à nul autre. Ou alors à La mort d’Orion, cet album concept de 1971 où le Parisien s’est mesuré aux Beatles et à Pink Floyd. «J’ai tout de suite fait la liaison avec Orion, sourit-il à la remarque. Concept et anticoncept, les deux veulent dire la même chose.»

L’anticoncept Opération Aphrodite est ainsi un recueil de chansons oniriques, qui trouvent le mot juste et perdent l’auditeur dans d’étranges circonvolutions quand elles ne vous caressent avec du verre pilé. Car le style Manset, cela a toujours été l’épique et l’intimité tout à la fois. «Je travaille seul et de manière autonome. Je suis un cas à part. Personne ne reprend la main de Magritte pour peindre un Magritte. Je veux être aussi authentique que possible», avance Gérard Manset. L’auteur d’Il voyage en solitaire a toujours fonctionné de cette manière, recluse et hors des modes.

Manque d’ambition

«La radio ne passe que du mi-dur et du mi-mou. Aujourd’hui, il y a de la musique partout, mais il n’y a aucune ambition. Il n’y a que des play-lists.» Aucune forfanterie pourtant chez Manset, qui se voit davantage en artisan besogneux.

«Je me retiens prisonnier de mes propres ambitions. Car je sais maintenant que je suis le seul à pouvoir parachever ces petits galions que sont mes disques. Il n’y a strictement aucun ego dans ce que je dis», explique cet artiste qui ne s’est jamais produit en concert. Notamment de peur que la qualité sonore soit trop mauvaise. Encore un blocage de perfectionniste. «Je suis toujours inquiet de tous mes choix. Enregistrer est une gestation particulière. Cette inquiétude est une souffrance exaltée!»

Créé: 04.05.2016, 12h08

«Opération Aphrodite»
Gérard Manset
Warner

Disque rétrofuturiste

Gérard Manset est sans doute cet «architecte des ligatures» qu’il cite dans le morceau manifeste «Comme un arbre ses fruits». Dans cette chanson de huit minutes, il règle son compte à cette époque si triviale de cette voix froide, métallique et tremblée, sur des réverbérations de guitare qui n’appartiennent qu’à lui. Gérard Manset propose, avec «Opération Aphrodite», un album «anticoncept», dit-il, aux forts éclats poétiques, mais plus disparates que cohérents. Dix-huit plages, dont la moitié est portée par les récitations des textes de Pierre Louÿs par la comédienne Chloé Stefani (pour la plupart). La pochette et le livret renvoient, eux, à l’enfance de Gérard Manset, puisque illustrés par le dessinateur rétrofuturiste de science-fiction René Brantonne, très actif dans les années cinquante. La dizaine de chansons d’«Opération Aphrodite» constitue une fresque onirique qui dit surtout les hantises de Manset. Ce monde en déliquescence sous ses yeux.

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