Grigory Sokolov, un maître de l’éloquence

PianoLe pianiste russe a été à la hauteur de la vénération que lui porte le public, en livrant vendredi un concert d’une profondeur rare.

Grigory Sokolov.

Grigory Sokolov. Image: KLAUS RUDOLPH

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On se dit, en quittant Grigory Sokolov, que rien ne semble pouvoir infléchir la dévotion que portent les mélomanes à cette figure obscure et impénétrable, qui a connu tardivement la gloire et qui mène sa carrière en marge des canons en vigueur aujourd’hui. Réfractaire à toute exposition médiatique, refusant de se confronter à l’expérience des studios d’enregistrement, le Russe a décidé de confier tout ce qu’il a à dire sur les scènes du monde, où le public l’attend toujours tel un prophète.

Vendredi soir, dans un Victoria Hall comble, l’homme a justifié ce culte en livrant, dans un récital empreint d’une grâce et d’une profondeur rares. Loin des choix interprétatifs iconoclastes et des touchers durs qu’on lui a connus ailleurs, le pianiste a paru apaisé. D’entrée, avec les tierces en doubles croches qui ouvrent la «Sonate N° 3» de Beethoven, on a retrouvé l’élégance et la précision du doigté, qui est ciselé dans chaque note et qui ne se dilue jamais dans d’inutiles effets de pédale. Cette qualité sonore est aussi portée par un sens du phrasé et un goût de l’éloquence – renversante dans l’«Adagio», abordé avec des tempi lents et sur un ton méditatif.

Plus loin, dans ces miniatures exquises que sont les «Onze bagatelles, op. 119» du même compositeur, Sokolov a avancé en coloriste: il a façonné autant de récits courts avec intensité et inspiration. Et il a aussi déployé un arc expressif d’une singulière richesse dans les «Quatre impromptus op.142 D. 935» de Schubert. Une généreuse poignée de bis plus tard – dont un «Prélude N° 6, Livre I» de Debussy, bluffant de mystère, et une espiègle «Mélodie hongroise D. 817» de Schubert – le pianiste a quitté la salle. Impénétrable et adulé.

Créé: 16.12.2018, 19h27

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