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Homme/machine : le sursaut humain

L’ensemble baBel retrace nos aliénations techniques à Dorigny.

L’ensemble baBel et 4 écrivains performeurs en répétition à Dorigny.
L’ensemble baBel et 4 écrivains performeurs en répétition à Dorigny.
Fabrice Ducrest / UNIL

«Nous avons passé commande à quatre écrivains, comme nous l’aurions fait avec des compositeurs, mais en sachant qu’on pouvait compter aussi sur leur présence scénique comme performeurs.» Laurent Estoppey, saxophoniste de l’ensemble baBel, pose ainsi les bases de «Blabla Data Machine», un spectacle musical insolite en création de jeudi à dimanche à la Grange de Dorigny. Tête chercheuse d’une musique expérimentale connectée au passée, baBel, ici en format de quatuor avec Anne Gillot, clarinettes et flûtes, Noëlle Reymond, contrebasse, et Luc Müller, batterie, explore à nouveau des géographies et des archéologies sonores inédites.

Pour sa prochaine intervention, l’ensemble a donc invité Gaël Bandelier, Flynn Maria Bergmann, Nicolas Carrel et Alain Freudiger, des écrivains qui ont en commun la spécificité d’engager leurs textes dans des performances scéniques. «Dès la première réunion, il n’y avait pas encore de thème défini, mais l’envie forte de création collective, poursuit le musicien. Le rapport entre l’homme et la machine est né de nos échanges. Nous n’y apportons pas de réponses, mais nos multiples questionnements.»

À l'ère numérique

À partir de quatre créations littéraires et quatre créations musicales solos, un fil rouge s’est infiltré: la relecture acoustique en commun de «The Man Machine» du groupe allemand Kraftwerk, l’album emblématique de la musique électronique des années 70, que Laurent Estoppey avait en tête depuis longtemps. «Il y a une forme de dérision à vouloir reproduire cette musique avec nos instruments et quelques pédales d’effets et autres synthétiseurs, dans une forme d’hybride mi-homme, mi-machine, en réaction au tout numérique.» Car pour le saxophoniste, le fossé est béant par rapport à l’optimisme d’il y a 40 ans: «En 1978, tout était possible. En 2020, on a l’impression que plus rien ne l’est.» Et pourtant, l’interprète réalise que les interrogations des écrivains d’aujourd’hui apparaissaient déjà en filigrane chez Kraftwerk.

Nicolas Carrel, l’un des auteurs, a été captivé par cette aventure à huit, «où le mélange entre musique et texte est si intime que les textes se font musique et la musique se fait narration». L’amateur de dadaïsme apprécie particulièrement le côté rétro-futuriste du résultat: «D’un côté, il y a ce monde dystopique qui fait penser à «Blade Runner», à «Brazil», mais aussi le désir de machine, notre fascination persistante. Dans le spectacle, même si on utilise abondamment l’électronique, on ne sort jamais un fichier d’un ordinateur. Chaque son est produit et ça transpire l’humanité.» Une émancipation est en vue.

Lausanne, Grange de Dorigny

Je 9 (19h), ve 10 (20h), sa 11 (18h), di 12 (17h) Rens.: 021 692 21 24www.grangededorigny.ch

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