La House of Jazz, bientôt le lieu du festival le plus cool

Montreux JazzPremière édition pour le Petit Palais, où s’impose un Montreux Jazz Club en pleine montée musicale.

Image: Daniel Balmat / Lionel Flusin

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Nouvel emplacement, nouvelle taille, nouvelle formule et donc nouveaux enjeux. Vous n’avez peut-être pas encore passé le seuil de la House of Jazz du Festival de Montreux, mais on ne saurait trop vous conseiller d’oser un saut dans le Petit Palais, en face du Palace, où se niche désormais le Montreux Jazz Club.

«L’envie était de créer un tout, une atmosphère, commente la programmatrice en chef Michaela Maiterth. Il y a la salle, mais il y a aussi une magnifique terrasse où boire un verre et admirer le lac, des jam-sessions, les workshops et les Talent Awards. Nous invitons aussi à se balader dans la maison, il y a toujours quelque chose à y découvrir, l’expo Bowie dans les corridors et la House of Vinyl dans les jardins.»

En concentrant toutes ces activités au même endroit, le lieu permet une belle palette d’expériences dans ce dispositif qui devrait encore évoluer après une première phase de test cette semaine écoulée. Des améliorations ont déjà été apportées à l’acoustique et aux lumières.

«On affine au fur et à mesure pour gagner en chaleur et en convivialité, assure le directeur, Mathieu Jaton. Les choses se mettent en place, certaines jams ont déjà filé jusqu’à 3 h du matin. On s’attend à une montée en puissance.» La foule qui se pressait jeudi au concert de Seu Jorge au Jazz Club démontrait que le lieu pouvait créer l’événement.

Le principal est acquis: le Montreux Jazz peut désormais compter sur un temple largement dévolu à la musique improvisée. «L’univers est celui du jazz, mais sans obsession de puriste, revendique Michaela Maiterth. Nous cherchons les mélanges heureux, avec plusieurs influences: pop, orientales, plus pointues ou expérimentales.» Mathieu Jaton renchérit: «Nous voulons ramener le jazz à la coolitude, avec notamment l’émergence d’une nouvelle scène personnifiée au mieux par le groupe R + R = Now (ndlr: di 8 juillet). Nous nous donnons aussi la mission d’une démocratisation à destination d’un public plus local et des jeunes.»

En tout cas, la salle de concert payante n’a plus rien à voir avec celle du Centre de Congrès, ouverte en 2013, aussi aimable qu’un hangar à avions nains. «Elle était conçue dans l’idée des travaux à venir, se défend Mathieu Jaton. Maintenant qu’ils sont prévus pour 2021, la House of Jazz pourrait préfigurer le futur déplacement du centre de gravité du Festival.»


Seu Jorge

On a frôlé la bousculade, jeudi au Jazz Club, avant le concert du Brésilien, chanteur impromptu à la guitare en bois et aux titres de Bowie du film «The Life Aquatic with Steve Zissou», de Wes Anderson. Les anecdotes sur le tournage où il fait irruption en pièce rapportée sont marrantes, mais c’est dans son art de la reprise que le Carioca atteint des sommets. Dans les graves de sa voix à la brasilianité intense, les chansons du Thin White Duke se présentent en transgenres de l’émotion. Le titre «Changes» fait évidemment partie du lot, même si Seu Jorge affiche une prédilection pour la période Ziggy. De ce croisement improbable entre le chaud et le froid, le lent et le rapide, découlait le plus bel hommage à Bowie que l’on puisse imaginer.


John Cale & Band

Vendredi, John Cale se posait en anomalie. Avec l’ancien du Velvet Underground, quand la note est bleue, c’est qu’elle a les lèvres cyanosées pour un baiser toxique. Devant ses écrans vidéo malades de cauchemar anorexique, le vétéran de 76 ans s’avère aussi jazz qu’un escadron de la mort triturant des sirènes d’alarme. Sa voix apocalyptique encore puissante s’élève sur des rythmiques fracassées et des titres tels que «Hatred» ou «Wasteland» à l’intransigeante noirceur. Concession au passé glorieux, le «Venus in Furs» du Velvet fait vibrer le violon d’un sado-masochisme pas très swing. Étrange ouverture pour un Jazz Club ouvert à la révolution sonique millésimée.


Matthew Herbert Brexit Big Band

Le Jazz Club lâchait définitivement les amarres, samedi, avec ces Anglais qui remettent à l’honneur la formation historique du big band. La croisière s’amusait au gré de cuivres explosifs, d’une chanteuse expressive… et d’un Matthew Herbert (photo) en électronicien manipulant les sonorités en direct. Quand ses musiciens déchirent des exemplaires du quotidien de droite «Daily Mail», il enregistre et injecte les sons dans le swing. Un big band à l’humour très politique. «Nous sommes pour un deuxième référendum, mais cette fois il faudrait poser la question à nos amis européens pour savoir s’ils veulent encore de nous!»


Brad Mehldau Trio

La star mondiale du piano donnait lundi un concert de première classe dans l’écrin somme toute intime du jazz club. Épaulé par ses fidèles Larry Grenadier à la basse et Jeff Ballard à la batterie, Brad Mehldau déployait un jeu dont le dynamisme se développe toujours avec virtuosité entre une certaine idée du blues et des élans plus classiques – d’un swing habité à ses récents penchants pour Bach. Ostinatos entêtants sur «Ode», variations acrobatiques sur la mélodie de «And I Love Her» des Beatles, échanges rythmiques entre sa main gauche et la batterie sur «Green M&M’s» ou ballade au temps suspendu: l’Américain ne choisit pas entre plaisir et exigence. (24 heures)

Créé: 06.07.2018, 19h27

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