Sur les îles de Fiji, il fait dark et gay

MusiqueAprès 15 ans d’activité plus ou moins souterraine, le duo bernois sort «Bizarre», un album qui durcit le ton sur une orbite electroclash. Rencontre.

Simon Schüttel et Simone de Lorenzi, paire à la ville comme à la scène, livre l’un de ses meilleurs albums avec «Bizarre».

Simon Schüttel et Simone de Lorenzi, paire à la ville comme à la scène, livre l’un de ses meilleurs albums avec «Bizarre». Image: YOSHIKO KUSANO

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«Heureusement que je t’ai récupéré à l’entrée, tu aurais pu te tromper de studio: les deux autres de l’immeuble sont des bordels…» Bienvenue dans le repaire bernois du duo Fiji, laboratoire du couple formé par Simon Schüttel et Simone de Lorenzi, tapi dans un bâtiment anonyme du quartier de Monbijou.

La chanteuse originaire de Locarno joue les hôtesses d’accueil dans un local ramassé, confortable, où la console de mixage côtoie du matériel électronique vintage, mais qui trouve la place d’accueillir un petit piano à queue. «Simon est prof de musique à 90%, c’est un jazzman formidable.»

Double vie électronique

La paire, qui vient de sortir l’album «Bizarre», semble cultiver un goût de l’éclectisme qui confine à la double vie. Simone, elle, travaille comme traductrice au Département fédéral de justice et police… Voilà pour le jour. La nuit, la chanteuse se transforme plus volontiers en diva gothique pour cercles interlopes, en fille illégitime d’Iggy Pop mutée à grands jets de techno minimale.

Après des débuts plutôt poppy – l’album «Rosy» en 2002 – la trajectoire de Fiji a filé dans la nébuleuse electro-pop. Leur album «Le Loup» de 2007, entièrement chanté en français, a même connu son quart d’heure de gloire en Suisse romande. Un succès concrétisé par une soirée avec Santigold et Madness au Montreux Jazz en 2008 et des premières parties de Goldfrapp, D.A.F, Ebony Bones, Vive la Fête.

Depuis l’album «Spell On Me» de 2012, le duo a pourtant décidé de durcir le ton, en rejoignant l’orbite electroclash de DJ Hell, Miss Kittin, Peaches, Moloko et consorts, avec un soin maniaque pour le mascara synthétique. «Il a fallu abandonner ce label electro-pop un peu fourre-tout. Il ne correspondait plus tellement à notre orientation qui met l’accent sur la performance, le trash, l’ironie.»

Les mondes parallèles

Depuis des années, le couple écume plutôt les mondes parallèles de la musique dans un esprit plus proche du clubbing que du concert «où tout le monde est assis et se gratte le menton en se demandant si la prestation est intéressante». «Avec nos morceaux un peu technos, notre univers dark, on évolue dans les lieux indépendants, le public qui aime danser, faire la fête. J’aime jouer avec le public, lui donner de la fougue. Sans vouloir faire ma star, je me souviens d’un récent concert de Charlotte Gainsbourg, très léché, où l’énergie allait plutôt dans le sens inverse: du public vers elle.»

Quand ce n’est pas la sœur de Simone, pasteur et lesbienne, qui lui saute au cou sur scène, c’est la drag-queen bernoise Clausette La Trine (sic) qui se trémousse en live à ses côtés. «Elle est toujours prête à venir nous rejoindre mais il faut compter 4 heures pour son maquillage!» Sous son intitulé océanique et ensoleillé, Fiji fait ainsi se télescoper les milieux LGBT et gothiques, en animal nocturne qui aime parader avec plumes et latex, à Berne mais très souvent à Zurich aussi. «Idéalement, il faudrait aussi laisser tomber notre nom. On a pensé à se rebaptiser Simon & Simone, mais changer de carte de visite ne va pas de soi.»

Créatures nyctalopes

Leur nouvel album, «Bizarre», collection insomniaque de 14 morceaux où se bousculent les influences des Daft, de Moroder, de Lana Del Rey et de quelques autres créatures nyctalopes, intervient 7 ans après le dernier en date, «Fun Factory». «Nous sommes extrêmement lents! C’est le prix des décisions qui se prennent à deux. On ne se met pas la pression. Nous produisons d’abord cette musique pour nous-mêmes. Un morceau comme «Dark Night», nous l’avons commencé en 2013 déjà. Chaque titre est ensuite sans cesse remanié en fonction des live.»

Les nouvelles perles noires de «Bizarre», miroitant parfois d’un humour trouble et kitsch – les «Sexy» ou «Petite Putain» auf französich ou la reprise de Patty Bravo, «La Bambola», in italiano – donnent la pleine mesure vocale d’une Simone de Lorenzi à la fois ludique et mélodramatique.

«Ce côté femme forte, c’est la scène qui me l’a fait découvrir. Dans ma jeunesse, j’étais plutôt introvertie, avec un complexe lié à mon œil de verre – les enfants sont si méchants. Les minorités gay et lesbienne m’ont aussi bien aidé. Il y a un moment où il faut du fun. Basta avec les complexes! On devrait avoir chaque jour quelque chose à fêter, une occasion d’ouvrir une bouteille de champagne.» Vivement que les Bernois reviennent envahir le Pays de Vaud.

Créé: 23.02.2019, 15h03

Le disque



«Bizarre»

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