Jane Birkin au Victoria Hall, grande bobo en majesté

CritiqueVendredi pour Antigel, la muse de Gainsbourg rejouait de sa toute petite voix la légende du XXe siècle amoureux.

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Victoria Hall, vieille croûte dorée, sépulcre soit-disant classique. Vendredi soir, le tango va en symphonie. De sa toute petite voix, Jane B. entame son tour de Gainsbourg. On ne l'entend guère ici, en haut dans les galeries supérieures. Mais la foule au grand complet, public sans âge, l'applaudit à tout rompre. On se lève, on tend le cou pour apercevoir la diva. Baskets et chemise blanche, tignasse en bataille, une main dans la poche de son veston, Jane Birkin se tient devant l'orchestre, qu'elle observe d'un œil tendre.

Birkin, diva? Lost Long, Baby Alone in Babylone, Dépression au dessus du jardin... A la longue, les mots et les notes de feu Serge se perdent dans un concert de louanges. Et la chanteuse, la muse, l'idolâtre de l'absent sublime, sous les lumières de la salle, dépasse le jeu des postures. Tant il est vrai, aujourd'hui comme hier, que la galante, la dame a su et sait encore cultiver cette distance amoureuse avec le patrimoine de l'homme à tête de choux. Avec le public également, féminin-masculin mêlé, adorateurs soucieux de reconnaître cette grâce, même infime.

Bourgeoise repue de bohème

Ne dites pas qu'elle a une voix de rien du tout! Jane Birkin est ainsi, depuis toujours. D'ailleurs, l'orchestre, le Gainsbourg Symphonique, sait parfaitement comment rendre la chose délicieuse. Ce sont les allants romantiques du tutti, entrecoupés de pauses délicates, manière élégante, précieuse, mélancolique de laisser venir le chant. «Oh, Johnny Jane, un autre camion à benne...» Aigu élégiaque, qu'on n'en voudrait point d'autre. Point d'aussi léger, dépressif et grave que le timbre de plume de Jane B, petit oiseau blême recueilli du bout de la phalange, par un orchestre consciencieux esthète, déroulant sans fausses notes, sans faux airs, un tapis royal sous sa voix. Laquelle s'avère d'une justesse parfaite.

Elle fait la révérence, à l'anglaise et sans façon. L'air de dire: «coucou, bisous». Bourgeoise repue de bohème, nonchalante mais sans dédain. Est-ce pour cela qu'elle est touchante? Solo de violoncelle. J'ai croisé des dames, j'ai croisé ma mère: 74 ans, à peine plus que Jane Birkin. Rien à voir, pas la même vie. Pourtant, il y a une communauté d'appartenance, un écho entre la grande bobo et les gens du quotidien. Une émotion partagée, qui suit une idée: Birkin vaut pour sa personnalité à la fois si forte dans sa féminité, et si loin des effets spectaculaires. Jane B., piètre chanteuse, immense interprète, est le réceptacle des éternels adieux. On connaît la suite, c'est le Requiem. «Pauvre con!» Qu'on n'a guère entendu, car la batterie couvrait le chant... (24 heures)

Créé: 10.02.2018, 19h25

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