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Le jazz d’Émile Parisien écoute le monde 2.0

Vendredi, le Chapiteau ne fait aucune concession au passéisme. Interview d’un souffleur pétillant.

Dans l’album «Double Screening», le quartet d'Émile Parisien (2e depuis la g.) s’amuse en musique de la forêt d’écrans du monde connecté.
Dans l’album «Double Screening», le quartet d'Émile Parisien (2e depuis la g.) s’amuse en musique de la forêt d’écrans du monde connecté.
SYLVAIN GRIPOIX

Avec son quartet soudé comme un groupe de rock, Émile Parisien se profile comme l’un des souffleurs les plus tranchants de la nouvelle génération, même si les anciens l’aiment bien. Le pianiste Joachim Kühn a fait un bout de route avec la formation (l’album «Sfumato»), Michel Portal n’hésite pas à «croiser le fer» comme aime à le dire son cadet. Et même le trompettiste Wynton Marsalis a rejoint son ancien pupille sur scène à Marciac. Le complice de l’accordéoniste Vincent Peirani est déjà passé par Cully. Il y arrive cette fois juste après la sortie de l’album «Double Screening», enregistrement qui prend acte, avec humour via les morceaux «Hashtag», «Spam» ou «Deux Point Zéro», de la surenchère des écrans, parasites compris.

Entre classique et jazz, votre cœur a-t-il balancé? Je n’ai jamais hésité, mais j’ai toujours cherché à alimenter mon discours avec de nouvelles références, à étoffer mes connaissances. Le contemporain, le baroque, m’ont beaucoup appris, mais aussi le rock, l’electro, les musiques du monde, la pop… Le classique implique de la rigueur dans le travail.

La maîtrise de vos moyens, votre virtuosité viennent de là? C’est sympa de le dire, mais je n’ai jamais eu cette quête – et il y a des virtuoses plus avancés que moi. Il y a eu des années, essentielles, où j’ai travaillé mon instrument comme un fou à raison de 6-8 heures par jour, mais le plus important est d’avoir assez d’éléments à sa disposition pour pouvoir exprimer instantanément ce que je cherche à exprimer.

Comment s’est imposé le choix du saxophone soprano? Pour sa souplesse? Tout le monde ne dit pas ça et il est parfois plus difficile d’atteindre la justesse avec le soprano. J’avais commencé par l’alto comme tout le monde, mais j’ai eu le coup de foudre pour le soprano. La hauteur de sa tessiture me plaisait, je ne l’ai plus quitté. Parfois, le groupe me pousse à prendre le ténor parce que cela ouvre d’autres sons, d’autres univers. Mais j’y vais doucement, je me sens moins à l’aise.

En concert, vous êtes très gestuel. Dansant? J’en ai conscience et je sais que cela en agace certains – moi compris. C’est très spontané, le corps devient un vecteur des intentions musicales. J’ai essayé de me contenir, mais j’ai besoin de ça!

Votre musique transporte des discours pensés, construits. Vous conceptualisez? Je suis preneur. La vie est longue et il y a plein de choses à raconter. Il faut se botter le cul, se renouveler, attiser sa curiosité, autrement on se répète, on s’endort et on s’ennuie. D’un autre côté, je ne me considère pas comme un intello de la musique. J’ai un rapport fort à l’humain, à la terre, à la transe. Même ce qui est compliqué n’est pas forcément intello, on peut le faire passer à l’énergie et l’audience le reçoit comme une bourrasque d’émotion.

La musique doit-elle savoir se montrer désagréable ou disons plutôt éprouvante? Ce dernier terme me convient mieux. Sur «Double Screening», on porte un regard amusé sur un phénomène de société. Les écrans sont ouverts partout et il suffit de tourner la tête pour passer d’un monde à l’autre, du match de basket aux infos. On est submergés, on subit. Nous avons cherché à retranscrire cela musicalement en s’amusant avec le procédé du zapping. Cela se traduisait par jouer deux choses différentes et voir ensuite comment nous pouvions travailler à faire cohabiter ces deux mondes, les rejoindre… Nous jouons un jazz de notre temps!

Le jazz n’est-il pas en train de redevenir en phase avec l’époque? Je partage cet avis, même si on trouve dans tous les styles des musiciens qui essaient de les réactualiser. Mais le moment est positif pour le jazz, c’est cool.

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