Jean-Louis Murat a le cul en forme de coeur

ChansonDans la foulée de l'album «Babel», le chanteur donne rendez-vous galant au Crochetan de Monthey. Propos d’un «dégénéré du sentiment».

«Je suis sur un fond de sentiment amoureux éperdu.» Dans les dernières chansons de Jean-Louis Murat, l’amour rôde dans son Auvergne natale.

«Je suis sur un fond de sentiment amoureux éperdu.» Dans les dernières chansons de Jean-Louis Murat, l’amour rôde dans son Auvergne natale.

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La dernière fois qu’on avait croisé la route de Jean-Louis Murat, il avait beaucoup été question d’humour. Alors que le chanteur de 63 ans vient de sortir le superbe double album Babel et passe dans deux semaines par Monthey, il suffisait de changer quelques lettres pour lui parler d’amour. La thématique lui est plus volontiers associée, mais cela n’empêche pas l’animal auvergnat de la récuser dans un premier temps, feignant l’indignation au téléphone. «Je ne chante pas l’amour, je chante le sexe, moi! Vous confondez.»

Il faut donc insister, lui rappeler qu’il n’y a pas d’incompatibilité, que cette inclination – plus perceptible que jamais dans Babel – l’attire comme le miel les mouches. «Je préférerais dire que j’y suis comme un poisson dans l’eau… J’aime l’amour, c’est très français, j’ai été élevé comme ça, et chaque fois que je fais un saut périlleux, je retombe toujours sur le mot amour, le plus utilisé par Racine dans ses tragédies.»

Le masque du Murat sardonique tombe facilement, exposant aux regards le loup d’un romantique exaltant les «nuits lilas» et qui en rajoute sans se faire prier. «Je suis un dégénéré du sentiment, je me gave d’amour.»Celui qui confesse réaliser des versions «pornographiques» de ses chansons à destination du cercle de ses amis se pose avant tout en amoureux de la langue, de ses jeux et de ses pouvoirs envoûtants.

Désirs et envies inassouvis

«Toujours des mots d’amour/N’oublie donc les mots dit le malin», souligne-t-il dans Blues du cygne, titre de son dernier enregistrement. «La langue est un élément instable pour moi, et j’aime la rendre inflammable, susciter des désirs ou des envies inassouvies comme un chaman ou un sorcier surréaliste qui balancerait une phrase avec un effet multiplicateur de sensations un peu enfouies. La langue, c’est un peu ça aussi.»

Entre poésie rurale et fin’amor, Jean-Louis Murat ne revendique rien d’autre que le gué sublime de la chanson, plus troubadour toutefois que bateleur. «Je ne voudrais pas faire le Bobby Lapointe de l’Eros, même si ça m’aurait plu. Je suis très friand de son Avanie et Framboise. Il y a là du subliminal extrêmement intéressant pour les garçons.»

Si le ménestrel exècre les banalités nombrilistes – «il y a une chanson française qui en reste à de simples constats de Post-it de la vie quotidienne comme «ce matin, je suis allé faire pipi» –, il ne cherche pas non plus à arracher les plumes de la littérature. «Le texte de chanson est un genre en soi, je ne pense pas qu’il faille le frotter à la littérature, ça ne tient pas. Je n’aime pas trop la chanson à tendance littéraire, à part peut-être Dylan, qui a trouvé un intermédiaire en lien avec la tradition américaine. En France, on a déjà assez avec Johnny Hallyday, le dernier qui exprime son moi profond en chantant.»

Le lasso de l’Auvergnat

Côté musique, l’Auvergnat se déguise parfois en cow-boy US, mais il ne faut pas compter sur lui pour les textes confessionnels, même si des échardes autobiographiques peuvent s’y ficher. «Je ne livre rien ou, si je le fais, c’est un truc de travers. Je ne suis pas fiable, il y a de fausses infos. La mise en avant de sa petite personnalité, j’ai toujours craint ça comme le feu. Chaque fois que je fais un disque, c’est un croc-en-jambe à ce que je suis.»

Pour Babel, il a pourtant sorti son plus beau lasso afin de capturer l’esprit de sa région, les alentours du puy de Dôme visités par ses chansons que cette empreinte ne diminue en rien, au contraire. «L’idée de départ était de faire de la géolocalisation. Aujourd’hui, tout est dispersé et mondialisé. On ne sait plus d’où viennent les choses. Dans un rayon de 35 km autour de chez moi, je me suis amusé à localiser l’inspiration.»

Une pensée locale pas tout à fait du même ordre que celle de José Bové. «Faire péter des McDo à Millau l’a quand même amené à Bruxelles! L’extrême localisation ne réduit rien. Il suffit de lire Faulkner et Rabelais. Ou Ramuz chez vous: on bascule dans le canton de Vaud et cela devient le monde entier.»

Prolifique, Murat n’est pas partageur et ne s’imagine pas écrire pour d’autres. «Ça me dégoûterait comme donner mes enfants à l’assistance publique ou prêter ma maîtresse à un groom. Je connais les secrets de mes chansons, comme ceux de quelqu’un qu’on a aimé. Mes chansons sont comme de la viande que l’on doit mâcher longtemps.» A vous de mâcher dans la prairie de ses secrets…

Créé: 19.02.2015, 10h04

Un double album en errance sublime

«A la sortie de chaque album, je pense que c’est ce que j’ai fait de mieux.» Avec Babel, double album sorti en octobre, il n’est pas interdit de penser comme son auteur, tant cette collection de vingt titres errant en Auvergne conjugue écriture déliée, voix ajustée et musicalité renouvelée.

Enregistré avec The Delano Orchestra, groupe de Clermont-Ferrand, ce nouveau disque – pas loin du 25e, mais cela fait déjà longtemps que l’on ne compte plus – a gagné des arrangements inédits (trompette, flûte…) au gré de cette collaboration. «Une sorte d’alchimie, ça s’est bien trouvé, comme dirait ma mère, même si je ne suis pas un couturier frustré de ne pas savoir ce qu’est l’habillage», commente un Jean-Louis Murat qui a pourtant déjà abandonné ce compagnonnage en live. «J’ai un ego qui ne peut pas supporter ça.» Le poète se marre et ses pérégrinations fascinent.

Babel
Jean-Louis Murat & The Delano Orchestra
2CD PIAS

En concert

Monthey, Crochetan
Vendredi 6 mars (20 h)
Rens.: 024 475 79 09
www.crochetan.ch

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