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John Nelson sonne la mobilisation générale

Le chef américain, spécialiste de Berlioz, prépare la «Missa Solemnis» de Beethoven avec le chœur Laudate Deum et l’orchestre Nexus. Son assistant Guillaume Berney dirigera à Lausanne. Rencontre.

John Nelson (à g.) et Guillaume Berney, qui dirigera la «Missa solemnis» de Beethoven dimanche à la cathédrale de Lausanne.
John Nelson (à g.) et Guillaume Berney, qui dirigera la «Missa solemnis» de Beethoven dimanche à la cathédrale de Lausanne.
ODILE MEYLAN

«C’est une occasion unique de pouvoir travailler avec John Nelson sur un projet pareil!» Guillaume Berney connaît bien le chef d’orchestre américain pour avoir déjà été son assistant à plusieurs reprises, notamment sur deux programmes du chœur Laudate Deum de Lausanne autour de Bach («Messe en si», «Passion selon saint Jean»). Mais aujourd’hui, l’enjeu est encore plus ambitieux. La monumentale «Missa solemnis» de Beethoven est interprétée à Notre-Dame de Paris, à la cathédrale de Lausanne (di 2) et au Victoria Hall de Genève (lu 3). Les forces en présence sont impressionnantes: quatre solistes de niveau international; le chœur Laudate Deum renforcé par la Maîtrise de Notre-Dame et le chœur du COGE de Paris; l’ORJP, l’orchestre de jeunes musiciens romands fondé par Guillaume Berney, qui se change en Nexus (lire encadré).

À 77 ans, John Nelson n’est pas près de poser la baguette. Le barbu bienveillant connaît même en ce moment une sorte d’état de grâce, où toutes les passions musicales vécues au cours de son existence trouvent leur consécration. Né en 1941 au Costa Rica dans une famille de missionnaires protestants, il a été d’abord chef de chœur et la musique sacrée est au centre de son travail.

La «Missa solemnis» de Beethoven reste pour lui l’un des plus grands défis. «C’est une œuvre gigantesque, presque impossible pour le chœur, reconnaît-il. Et surtout, elle finit en énigme, ce qui ne la rendra jamais aussi populaire que d’autres. Je crois que Beethoven était honnête et exprimait ici ses doutes légitimes. J’ai pour mission d’amener chacun à se donner une interprétation commune, une idée unique.» Cette vision personnelle, John Nelson en a noté tous les détails dans sa partition (tempos, accents, nuances, respirations), retranscrits sur le matériel distribué aux musiciens. «Ces indications sont des guides précieux, assure Guillaume Berney, qui s’y conformera lorsqu’il dirigera le concert de Lausanne. Elles donnent un élan plein d’énergie, évitant les lourdeurs et les lenteurs.»

John Nelson n’est jamais aussi à l’aise qu’en mobilisant de grands effectifs. Son premier haut fait en la matière remonte à ses 30 ans. Un ami l’encourage à faire quelque chose de grand et l’oriente vers «Les Troyens», l’opéra géant de Berlioz. «Je ne savais pas qui était Berlioz. Quand j’ai découvert la partition, j’ai été époustouflé! Nous avons réuni un orchestre free-lance, des choristes du New Jersey et donné au Carnegie Hall de New York la première exécution complète des États-Unis.»

Ce coup fumant lui ouvre les portes du Metropolitan Opera, où Rafael Kubelík le prend comme assistant en 1974 pour la version scénique de l’ouvrage. Il en dirigera deux représentations et sera aussitôt engagé pour la production de 1976 au Grand Théâtre de Genève! Mais il lui a fallu attendre plus de quarante ans pour réaliser son rêve: l’enregistrement l’année dernière pour Erato (quatre CD Warner) avec 300 musiciens, dont l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg et 18 solistes fantastiques (en majorité francophones), «un des plus beaux moments de ma vie!» Il y en aura d’autres: 2019 marque les 150 ans de la mort de Berlioz et John Nelson en sera le héraut. Lausanne, cathédrale. Di 2 (18h)

Genève, Victoria Hall. Lu 3 (20h30)

Rens.: 078 761 62 90 et www.monbillet.ch

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