La lente éclosion d’un multitalentueux

PortraitJean-Christophe de Vries, directeur du festival Lavaux Classic.

Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Je montais déjà des spectacles à 3 ans, avec pour seul public mes parents, mes frères et mes sœurs. Quand j’ai vu Merlin, de Disney, avec la fameuse scène des assiettes qui volent, j’ai voulu en casser aussi dans mon prochain spectacle. Mes parents en ont aussitôt acheté aux puces. Ils encourageaient toute démarche personnelle et artistique, même les plus folles!» Jean-Christophe de Vries a transformé cette envie de mise en scène et de représentation en art de l’organisation en 2004, fondant le Festival Cully Classique (rebaptisé Lavaux Classic cette année) alors qu’il n’avait que 21 ans.

Le Lausannois pourrait passer pour un garçon très pressé et sûr de lui. Pas certain. Pianiste à ses heures, musicologue averti, jamais pédant, partageur d’enthousiasme et concepteur de fêtes en tous genres, ce grand échalas tient en réalité de la vigne, pour sa croissance proliférante et ses fruits grisants. Mais, comme elle, il a grandi en passant par des détours tortueux. Logopédistes, psychologues, orthophonistes, psychomotriciens: durant sa scolarité, le petit Jean-Christophe a consulté chaque semaine des spécialistes. «Je cumulais les problèmes, j’ai appris à écrire cinq ans après les autres, j’étais décalé, bref, je n’entrais pas dans le système. J’ai passé les premières années dans des écoles spécialisées en compagnie de cas bien plus lourds que moi. Cette période noire, entre 5 et 15 ans, je l’enterrerais si je pouvais.» Elle correspond à la séparation orageuse de ses parents, que le cadet d’une fratrie de quatre subit de plein fouet.

«Avec le festival, je pratique cinquante métiers différents»

Elle est heureusement aussi marquée par la découverte du piano, dès 4 ans, et du monde de la musique classique, qui le passionne aussitôt. Le piano comme thérapie et bouée de sauvetage, mais aussi facteur d’isolement, car il le met en butte aux railleries de ses camarades. «Je me demandais pourquoi les jeunes ne vibraient pas à cette musique alors que c’était mon oxygène.»

A cette période, la modeste famille de Vries est hébergée dans la somptueuse maison des grands-parents maternels, qui, eux, mènent un train de vie hors du commun. La figure marquante de cette enfance est Louis Nicod, fameux chirurgien lausannois, qui avait repris l’Hôpital orthopédique fondé par son père, Placide. Jean-Christophe de Vries le décrit comme un «bourgeois installé, cultivé, grand collectionneur d’art et curieux d’avant-garde. Nous avons reçu cet éveil à la culture classique, romantique et contemporaine plutôt par capillarité mais sans en profiter pleinement. On ne regardait pas vraiment les tableaux de maîtres aux murs; l’écrivain Nicolas Bouvier fréquentait nos grands-parents et c’était pour nous naturel!»

Jean-Christophe raccroche le système scolaire en 5e année, en rase-mottes. «J’avais commencé un stage d’électronicien quand ma maman m’a inscrit de force au Collège de Saint-Maurice, par où mes frères aînés étaient déjà passés.» Le déclic se fait au bout d’une semaine à peine, le «handicapé» devenant soudain digne d’intérêt. «D’un seul coup, tout le monde venait me chercher, me parlait de musique, reconnaissait mes particularités. Pendant trois ans, je me suis complètement éclaté.» Le Vaudois peut s’échapper chaque semaine pour suivre ses cours de piano au Conservatoire de Lausanne. Grâce à quoi, il dispose d’une clé pour rentrer au collège le soir après l’heure de fermeture! «Saint-Maurice a changé ma vie. C’est un révélateur, un exhausteur pour les gens – si on tient le coup.»

«J’apprends en faisant.»

Magie, piano, photo, danse, théâtre, poterie: les intérêts de Jean-Christophe auront été très variés et toujours pratiqués à fond. Y compris la colocation, dont il fait un art! «J’apprends en faisant.»

Bac en poche, il part vivre ses passions à Berlin. Il y rencontre le violoncelliste Marcus Hagemann, avec qui il fondera Cully Classique. Mais il se cherche encore. Chaque fois qu’il confiait à son grand-père Louis son désir de devenir pianiste, sculpteur ou metteur en scène, ce dernier lui rétorquait qu’il ferait cela à côté d’un vrai métier (sous-entendu médecin ou avocat). «Un jour, j’ai réalisé qu’avec le festival, je pratiquais cinquante métiers différents. J’ai dit à mon grand-père que je serai la somme de tout ce que je veux faire et dont on ne peut pas vivre. Il a réfléchi et m’a répondu: ça tient la route.» Cet aïeul, disparu il y a dix ans, l’inspire et il en parle avec émotion. D’ailleurs, Jean-Christophe de Vries aime partager ses sources d’inspiration: «Par exemple Lavaux: il est en écho avec ce que je suis.»

Créé: 22.06.2016, 09h49

Le festival

Lavaux Classic, Cully, Epesses et Vevey
Du vendredi 24 juin au dimanche 3 juillet.
Rens.: 021 312 15 35.

www.lavauxclassic.ch

Carte d'identité

Né le 6 mai 1982 à Lausanne.

Six dates importantes

1906 Naissance de Dimitri Chostakovitch, dont l’œuvre est une révélation.

1997 Entre à l’internat de l’Abbaye de Saint-Maurice.

2003 Dévore le théâtre allemand et pratique la danse contemporaine à Berlin.

2005 Rencontre Juliette Granier, son amie et compagnon de route

2007 Invité à mettre en scène la cantate «Rayok antiformaliste» de Chostakovitch au Grand Théâtre de Genève.

3503 1500e édition de Lavaux Classic.

Articles en relation

Le Cully Classique s’émancipe en devenant le Lavaux Classic

Festival Pour sa 13e édition, la manifestation renforce son ancrage régional, avec le soutien fort du Canton. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.