Lily Allen, toute une vie de pop star

MusiqueDepuis 2005, l'Anglaise incarne la rencontre entre musique et Internet. Son 4e album ne dit pas le contraire

En version 2018, Lily Allen affiche sa méfiance face aux réseaux sociaux.

En version 2018, Lily Allen affiche sa méfiance face aux réseaux sociaux.

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S'il fallait donner un visage pop au IIIe millénaire en cours, ce pourrait être celui de Lily Allen. Exagéré? des vedettes générationnelles nées avec le nouveau siècle interconnecté, elle n'est pas la plus vendeuse, ni la plus charismatique. Elle n'est désormais même pas la plus connue - la faute à des hiatus si longs entre ses albums (seulement quatre en douze ans) que la chanteuse les maquilla parfois en préretraite de son métier de pop star. Mais quand l'Anglaise revient aux affaires, et que l'on prend la peine de remonter le fil de sa biographie, c'est un condensé de quinze années de transmutations pop qui saute aux yeux. Ou comment les modulations technologiques de la musique internetisée rencontrent la fable immémoriale de la gloire et de ses excès. Il était une fois donc...

MySpace

En 2005, Lily Allen a 20 ans et elle incarne la jeunesse occidentale: hédoniste, déniaisée, pragmatique, métisse dans ses goûts musicaux qu'Internet commence à rendre partout accessible. C'est le règne fugace de MySpace, déjà mordu aux mollets par un autre machin nommé Facebook. Revenue d'Ibiza où elle a passé son été entre son père acteur (Keith Allen), des clubs house et un deal d'ecstasy, Lily dépose quatre chansons sur MySpace, et la machine s'emballe. Columbia Records écoule plusieurs millions d'exemplaires de son premier disque, «Alright, Still», shaker de ska, de rock et de r & b très tendance tandis qu'Amy Winehouse secoue sa soul. Lily Allen est alors citée comme «l'artiste MySpace» par excellence, extirpée de la plèbe par son seul talent - et l'aide de quelques promoteurs du label Columbia et, surtout, du producteur Mark Ronson.

Twitter

Avant Trump, Lily Allen assoit sa notoriété sur un usage maniaque des réseaux sociaux, pour vanner ses rivales, déverser ses humeurs et montrer à tout va que la gloire lui sied et ne change pas sa nature de commère décomplexée. Le deuxième album, à nouveau un succès en 2009, lui donne raison. Signe des temps, son ska fun fait place à une electropop à la Katy Perry. La fatigue guette et Lily cogne les paparazzis qu'elle trouvait sympas quelques mois plus tôt. Sur la Toile, les tabloïds anglais ne sont pas plus bienveillants que sur le papier.

YouTube

Les ventes de CD chutent aussi vite que le visionnage de vidéos devient la norme. Le 21 décembre 2012, «Gangnam Style» est la première chanson à dépasser le milliard de vues sur YouTube. Ex-boulotte rigolote devenue longue tige, mal dans son corps au point de changer de nom durant une année (Lily Rose Cooper, qui s'en souvient?), la chanteuse tente la compétition au registre du sexy mais trébuche face à la concurrence des Rihanna, Kesha, Lady Gaga et autres Taylor Swift. Elle renie désormais le disque de cette époque de mal-être, ce «Sheezus» ultrasynthétique qui devait lui ouvrir les cieux américains mais qui, publié cinq ans après son prédécesseur, prouva surtout que le monde pouvait tourner sans Lily pour le chanter.

No réseau (et un peu #metoo)

En 2018, on se méfie des réseaux sociaux. Lily Allen, en tout cas. L'ex-accro promet avoir fait de l'ordre à tous les étages, trouvant plus de plaisir dans la «vraie vie» et ses deux enfants que dans les excès virtuels ou non. «No Shame» se veut un disque de confession et de renouveau, où la chanteuse devenue avisée s'affiche en victime ayant appris de ses erreurs. Lily a même accusé l'oppression patriarcale de l'avoir poussée à en rajouter dans sa période de gamine trash pour se moquer d'elle, et vendre des disques et du papier. L'effet autotune et l'opportunisme victimaire étant l'un et l'autre à la mode, il n'est pas étonnant d'en retrouver une double dose chez la Lily de 2018.

(24 heures)

Créé: 09.06.2018, 20h02

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Critique

Alors que les vies de chacun s’étalent dans leurs plus petits recoins sur les réseaux sociaux, Lily Allen fut l’une des premières chanteuses à adapter cette impudeur systématique à sa musique, la rendant proche de son public. Disque de contrition parfois lourdingue dans ses paroles, «No Shame» pousse loin l’introspection: Lily maman, Lily divorcée, Lily ex-accro… les 14 titres résument des années difficiles.

Elles le font néanmoins sur une base instrumentale souvent heureuse, évidemment marquée par l’electro minimaliste sur laquelle vadrouille le très joli grain de voix de Lily (que gâche parfois l’inévitable gimmick autotune). À la production, Mark Ronson extrait du groove et de la sensualité à cette base minimale et synthétique qui s’accroche aux oreilles.

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