Lisa Simone, en quête de blues

ConcertL’éternelle fille de Nina taille avec élégance sa voie dans la soul. On la retrouvera vendredi au Victoria Hall.

Lisa Simone a longtemps joué dans les comédies musicales de Broadway avant de se lancer dans une carrière solo.

Lisa Simone a longtemps joué dans les comédies musicales de Broadway avant de se lancer dans une carrière solo. Image: Lisa Lacombe

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Lisa Simone a aujourd’hui 56 ans. Sa vie ressemble à un conte, avec ses maléfices, ses coups du sort. Pourtant, tout est vrai. Plus simplement: celle qui se présentera sur scène vendredi au Victoria Hall, en compagnie des fidèles Hervé Samb à la guitare, Reggie Washington à la basse et Sonny Troupé à la batterie, doit sa sortie du néant à son caractère volontaire.

On l’écoute. Une guitare funk, un trait de cuivres soul. Le timbre clair de Lisa Simone raconte sa vie sur une mélodie entraînante: «When I had my little girl, it changed my life, she’s my world» («Quand j’ai eu ma petite fille, ça a changé ma vie, elle est mon monde»). La chanson s’intitule «Unconditionally» («Sans condition»). Lisa Simone a une fille, ReAnna, 20 ans bientôt. Sera-t-elle la «fille de» comme l’est sa mère?

De l’Irak à Broadway

«Attention à la troisième génération!» prévient Lisa Simone. Celle qui entame à peine une carrière en son nom propre semble enfin soulagée – un minimum – de sa propre, écrasante, insurmontable figure maternelle, qui regrettait, Nina, d’avoir eu cette enfant, Lisa.

Triste histoire. Il faut s’imaginer cette petite fille maltraitée, le train de vie de sa mère, son instabilité aussi, en guise de cadre familial, tandis que le père, ancien garde du corps devenu manager, est tout simplement absent. Voici Lisa enfant, trimbalée de tournées incessantes en résidences éphémères. Puis la collégienne, parquée sur les bords du Léman, séjour détesté, tôt abandonné pour retourner aux États-Unis voir son père. Ses 18 ans révolus, la jeune femme s’engage dans l’armée américaine, est stationnée à Francfort avant d’être envoyée en Irak. Lisa, c’est cela, est vétéran de la guerre du Golfe. Et la musique? Longtemps après avoir chanté le gospel dans un chœur d’enfants, elle renoue finalement avec cette passion entrevue dans l’enfance, mais aussi vite dénigrée par sa mère. Parce qu’il y avait un pianiste enthousiaste dans ce club allemand? Lisa chante incognito. Un jour vient, on la retrouve sur les planches. Broadway, Disney, «Jésus Christ Superstar», «Aïda», comédie musicale: une carrière en soi. En 2003, Nina Simone disparaît. Lisa lui rend hommage, «Simone on Simone» en 2008. Lisa finit même par s’installer dans la maison de sa mère, près de Marseille. En 2014, enfin, paraît le véritable premier album de Lisa, «All Is Well», suivi de «My World», en 2016. Une page se tourne.

Une force de conviction

Lisa Simone a révoqué ses démons intérieurs. Elle s’est «connectée au réel» et peut, enfin, accueillir les chansons de Nina Simone comme ses propres «frères et sœurs». C’était ça ou allez savoir quelle destinée infamante, ce genre d’histoire glauque qui résume maintes descendances de stars.

Désormais, Lisa Simone a un nom à elle seule. Celui qui, pour la scène, donne de la soul, du funk, diversifiant les formats au risque de diluer l’intention première. Mais Lisa Simone est surtout belle dans le plus simple appareil vocal: de son dernier album, on retient «If You Knew», cette ballade blues sans fioriture. Le blues, voilà la piste à suivre. Elle n’est pas la grande auteure-interprète jazz comme l’était sa mère ni cette incarnation iconique de la musique afro-américaine. C’est dans un registre pop que navigue Lisa Simone, avec une élégance certaine. Lui manque-t-il cette touche, ce timbre, qui ferait d’elle une chanteuse à part? Sans doute. Mais l’abnégation et la ténacité avec lesquelles Lisa Simone a mené sa carrière contre les avis contraires lui confèrent une force de conviction extraordinaire.

Créé: 31.10.2018, 19h56

Le concert de Lisa Simone

Vendredi 2 novembre à 20h30 au Victoria Hall.

Infos: prestigeartists.ch

Articles en relation

Du souffle et de la voix pour faire vibrer Cully

Festival Forte de 150 concerts – un record –, la 36e édition du Cully Jazz Festival ménage une place de choix aux chanteuses. Le Off, lieu de découvertes toujours plus affûtées, s’étoffe encore. Plus...

La foule des grands jours a soif de Cully

Cully Jazz Festival Les scènes ouvertes, les caveaux et les quais ont été les stars de ce démarrage très printanier du festival de jazz. Reportage Plus...

Cully rêve d’un succès en mode automatique

Festival Après une édition à l’affluence record, le rendez-vous jazz offre son chapiteau aux robots de Stephan Eicher. Manu Dibango, Brad Mehldau et Joshua Redman seront aussi de la fête. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.