Le long souffle de Menahem Pressler

Verbier FestivalLe pianiste accompagne Matthias Goerne sur des Lieder de Schumann. Rencontre.

Fondateur du Beaux Arts Trio, le légendaire Menahem Pressler poursuit à Verbier une carrière à la longévité époustouflante

Fondateur du Beaux Arts Trio, le légendaire Menahem Pressler poursuit à Verbier une carrière à la longévité époustouflante Image: ALINE PALEY

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Lorsqu’il parle et raconte sa vie, Menahem Pressler provoque le vertige. Avec lui, des pans d’Histoire qu’on croirait confinés aux archives ressurgissent avec force dans des récits traversés par des figures légendaires. Dans une biographie qui relève du romanesque, le pianiste a croisé tour à tour Gregor Piatigorsky et Arturo Toscanini, Bruno Walter et Igor Stravinski, Alma Mahler et Thomas Mann. Une mémoire du siècle, donc. A 91 ans, le fondateur du Beaux Arts Trio poursuit à Verbier, en solo, une carrière à la longévité époustouflante. Il nous reçoit dans un chalet à quelques jours d’un concert attendu.

Avec le baryton Matthias Goerne, vous campez votre concert dans un terrain peu familier, celui du lied. Comment est née cette histoire?

Un jour, j’ai reçu un appel de Matthias Goerne. Il m’a dit qu’il m’avait vu au concert du Nouvel-An que j’avais donné avec le Philharmonique de Berlin et qu’il désirait que je l’accompagne sur des lieder de Schumann. Or, je ne connaissais pas du tout ce répertoire. Je lui en ai fait part. Il m’a répondu: «Vous pouvez l’étudier!» Dans les faits, je n’ai pas eu le temps de m’y mettre puisqu’à cette même période, au début de 2015, je venais de subir une opération chirur­gicale suite à une rupture d’anévrisme. J’ai passé plusieurs mois en convalescence. L’agilité dans mes doigts est revenue petit à petit. Je me suis remis alors à l’étude en essayant de rattraper le temps perdu.

Comment qualifieriez-vous votre approche de ces pièces?

Il faut à mon sens écouter ce que disent les partitions de Schumann et apprendre à reconnaître ce qu’il demande aux musiciens. Sa musique sert à merveille les textes des lieder en les magnifiant. Dès lors, il faut trouver les formes pour garder cette union, et lorsqu’on y parvient, il faut aussi convaincre le chanteur de s’inscrire dans ce que vous voulez faire entendre au public.

Vous poursuivez ici à Verbier votre longue carrière. D’où tirez-vous l’énergie qui vous pousse sur la scène?

Ma vie, c’est la musique. Je vis pour m’imbiber de notes et pour les partager. Sur scène, je peux recevoir la musique et créer quelque chose à travers elle.

Avez-vous ressenti parfois du répit dans cette passion qui vous porte?

Non, jamais. Vous savez, j’ai traversé parfois des moments difficiles, j’ai connu des problèmes de santé, mais je n’ai jamais perdu la passion et la discipline. Sans doute parce que dans les moments compliqués, lorsque j’étais très affaibli, j’ai toujours su que je voulais revenir là où j’étais. Et que j’allais y parvenir. Ce matin (ndlr: lundi) par exemple, j’ai donné un concert qui a généré des réactions émerveillées au sein du public. Cette reconnaissance m’a fait le plus grand bien, elle m’a mis du baume au cœur et me donne envie de poursuivre le chemin.

Vous avez débuté votre carrière en tant que soliste. Comment est née la vocation de chambriste, avec le Beaux Arts Trio que vous avez fondé en 1955?

Le Beaux Arts a pris forme presque par hasard. J’enregistrais régulièrement des albums en solo et un jour, j’ai émis le désir de graver des trios. Le directeur du label MGM m’a donné son accord et m’a dit de choisir les deux musiciens manquants. Il se trouve que je ne connaissais personne à l’époque; je venais de Palestine et parlais à peine anglais. J’ai fini par contacter le second violon de l’orchestre de la NBC, qui logeait dans le même hôtel que moi, à New York. Le lendemain, il m’a invité à assister aux répétitions de l’orchestre dirigé par Arturo Toscanini. Et c’est là que j’ai rencontré le violoncelliste Bernard Greenhouse. Dans la foulée, j’ai connu le violoniste Daniel Guilet. Le trio s’est fait ainsi. Il a eu d’entrée un grand succès, inattendu, tant sur les scènes qu’avec ses enregistrements.

Cette histoire s’est arrêtée en 2008. Pourquoi?

Daniel Hope a été le dernier violoniste du trio. Un jour il m’a dit: «Menahem, je ne peux plus consacrer autant de temps à la formation, ma carrière de soliste est en train de prendre le dessus.» Le management du trio, de son côté, soutenait qu’un violoniste aurait été vite remplacé. L’important pour eux était que je reste fidèle au poste pour qu’ils puissent ainsi organiser des centaines de concerts. Ce jour-là, j’ai décidé de mettre un terme à l’aventure. Je ne savais pas quoi faire de centaines de concerts. Ce que je voulais, c’était la qualité.

Est-ce que le Trio vous manque?

Oh oui! C’est un peu comme si vous aviez été marié pendant longtemps avec une femme que vous aimiez profondément et que celle-ci venait à manquer subitement.

Enfant, vous jouiez à la fois du piano et du violon. Pourquoi le premier s’est-il imposé?

Mon père jouait du violon en amateur et mon frère était supposé se mettre au piano. J’ai donc commencé par l’archet. Mais très vite, mon frère s’est lassé des leçons. J’ai pris sa place et j’ai progressé assez vite. Mon professeur m’a alors poussé à faire un choix. C’est ainsi que je suis devenu pianiste.

Durant vos premières années aux Etats-Unis, vous avez rencontré de grandes figures de la musique. Par qui avez-vous été le plus impressionné?

Il y a un personnage que je mets par-dessus tout le monde, c’est le violoniste Jascha Heifetz, qui jouait comme personne d’autre. Un jour, le violoncelliste Gregor Piatigorsky m’a appelé pour me demander si je voulais intégrer un trio avec Heifetz. Vous savez ce que je lui ai répondu? «Monsieur Piatigorsky, vous m’offrez une nuit avec la plus belle fille du monde. Mais vous devriez savoir que je suis marié.» Et cette épouse, c’était le Beaux Arts Trio, que je ne voulais absolument pas perdre.

Menahem Pressler et Matthias Goerne, église de Verbier, jeudi 30 à 20?h. Rens. ww.verbierfestival.com

Créé: 29.07.2015, 08h41

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