Lura chante tous les temps du Cap-Vert

InterviewLa chanteuse ouvre demain le 1066 Festival d’Epalinges, juste avant de sortir l’album «Herança», héritage.

Lura, héritière du Cap-Vert et de Cesaria Evora, ouvre la 3e?édition du 1066 Festival d’Epalinges.

Lura, héritière du Cap-Vert et de Cesaria Evora, ouvre la 3e?édition du 1066 Festival d’Epalinges. Image: N’KRUMAH LAWSON DAKU/LDD

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Depuis la mort de Cesaria Evora – il y a quatre ans déjà – le Cap-Vert a perdu sa meilleure ambassadrice, devenue au fil des ans l’emblème de cet archipel à l’ouest de l’Afrique. Grâce au 1066 Festival d’Epalinges, qui débute demain en restant fidèle à son credo world music sur deux soirées, l’une lusophone, l’autre nord-africaine, il est possible de renouer avec cette culture atlantique. La chanteuse cap-verdienne Lura, 39 ans, ouvre les feux et en fera briller l’«Héritage», comme l’affiche le titre de son excellent nouvel album Herança, dont la sortie est prévue dans deux semaines, six ans après le dernier, Eclipse.

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant un album?

Après avoir couru pendant dix ans de disque en concert, je voulais me donner un temps de réflexion, et j’avais aussi besoin de me reposer un peu. J’ai aussi profité de déménager au Cap-Vert, à Praia, sur l’île de Santiago, car jusque-là j’avais vécu et grandi à Lisbonne.

Y vivre a-t-il changé votre regard sur le Cap-Vert?

Oui, je ressens plein de sentiments différents de ceux que je vivais quand j’y venais en vacances ou pour visiter ma famille – à Lisbonne, il n’y a que ma mère et mes frères. Avant, je voyais surtout le côté romantique du Cap-Vert. Maintenant, j’en perçois mieux la réalité, et c’est important pour la musique que je fais, cela a orienté le choix de certaines de mes nouvelles chansons.

Vous abordez donc des perspectives plus dures?

Oui. Par exemple, dans la chanson Maria di Lida, je parle de ces «femmes guerrières» qui n’ont pas eu beaucoup de chance dans la vie mais qui luttent, travaillent, vendent du poisson et des fruits, pour avoir quelque chose à donner à manger à leurs enfants et les envoyer à l’école. Elles frappent à ma porte, cette lutte est réelle et cette chanson est un hommage.

Il y a, sur Herança, de nombreux compositeurs différents. Comment les choisissez-vous?

J’ai cherché des musiques et des textes, animée par le besoin de parler de mes origines – du temps des esclaves jusqu’au développement du Cap-Vert, en passant par l’époque de l’indépendance (ndlr: en 1975). C’était l’occasion de trouver des classiques qui portent l’esprit du Cap-Vert, mais aussi de réflexions sociales et même de s’intéresser à l’évolution du rythme cap-verdien. Avant l’indépendance, il y avait des rythmes que l’on ne pouvait pas jouer. Les colons interdisaient ceux qu’ils considéraient comme trop sauvages. Le funana, le batuque étaient proscrits: ils sont devenus des emblèmes de la culture de Santiago. J’ai beaucoup parlé avec Mario Lucio, ministre de la Culture du Cap-Vert et très bon compositeur. J’ai six chansons de lui sur Herança, toutes très différentes, pleines de personnalité et qui touchent des points que j’aime: les racines, le quotidien, le romantisme – mais de manière drôle!

Le titre de la chanson Sema Lopi est le nom de son compositeur. Pourquoi?

Il parle de lui, mais, à partir de là, de l’esprit des hommes de Santiago et du destin cap-verdien. Un classique avec des mélodies très jolies et plein de proverbes de notre culture, comme: «Si tu as un garçon, c’est pour le roi. Si tu as une fille, c’est pour le monde.»

A l’international, Cesaria Evora a fait rayonner l’archipel, mais est-elle autant reconnue au Cap-Vert même?

Elle est très importante pour le Cap-Vert, même si, malheureusement, il y a toujours des gens qui ne la reconnaissent pas à sa juste valeur. Il est vital d’en appeler à la conscience d’Etat pour lui donner la place qu’elle mérite. Un ministre ou le président se présente au monde en disant: «Je suis de la terre de Cesaria Evora.» Mais rien de concret ne se fait, il n’y a toujours pas de musée qui lui est consacré…

Vous-même l’avez rencontrée en participant aux chœurs de certains de ses albums…

Oui, j’ai eu cette chance. Elle m’a ouvert l’esprit ainsi que quelques portes du monde de la musique. Cesaria m’a aussi transmis le goût de parler de notre terre. Elle, si grandiose, portait aussi un message d’humilité très fort. Le duo que nous avons chanté est un souvenir que je garderai toute ma vie.

Créé: 30.09.2015, 20h54

Le 1066 Festival

Programme

Vendredi 2 octobre
Soirée lusophone avec:
Lura (20h)
Deolinda (22h)
Batida (23h55)
DJ Marfox (01h30)

Samedi 3 octobre
Soirée nord-africaine avec:
Oum (20h)
Hindi Zahra (22h)
Orchestre National
de Barbès (23h)
Acid Arab (DJ set, 01h30)

Grande Salle d’Epalinges
Rés.: starticket.ch ou magasins PompItUp, Pompes Funèbres
Retour: navettes Epalinges-Lausanne Flon gratuits dès 1?h
www.1066festival.ch

Son album

Herança
Lura
Lusafrica (Musikvertrieb)
Sortie
le ve 16 octobre

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