«Madama Butterfly» transporte Avenches au firmament lyrique

OpéraLa nouvelle production de l’opéra de Puccini réunit tous les atouts: visuellement superbe, vocalement magistrale, émotionnellement inoubliable.

Pinkerton (Carlo Ventre) et Butterfly (Sae Kyung Rim), ivres de bonheur, un soir d’été entre Avenches et Nagasaki.

Pinkerton (Carlo Ventre) et Butterfly (Sae Kyung Rim), ivres de bonheur, un soir d’été entre Avenches et Nagasaki. Image: JOSEPH CARLUCCI

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Un vendredi soir de rêve à Avenches, après la pluie, pour récompenser les courageux fidèles du festival d’opéra. Alors que l’obscurité s’installe dans les arènes, sur scène les invités de la noce sont partis. Madame Butterfly (Sae Kyung Rim), jeune geisha naïve de 15 ans, se retrouve seule avec son mari, le fier lieutenant Pinkerton de la marine américaine en poste au Japon (Carlo Ventre). La servante Suzuki (Qiulin Zhang) vient allumer les lanternes et se retire. La jeune Japonaise évoque alors la nuit qui tombe et se livre à son grand amour. Les martinets font un dernier tour de piste alors que la maison aux parois coulissantes se transforme en écran géant, découvrant la baie de Nagasaki illuminée d’une clarté lunaire fugace (magnifiques vidéos de Lorenzo Bruno et Igor Renzetti).

Rares sont les opéras qui permettent de vivre un crépuscule en temps réel, et plus rares encore quand il se calque sur un vrai! La musique capiteuse de Puccini jouée en plein air a ce pouvoir-là et dans cette coïncidence, l’OCL en grand forme joue la bande-son de notre vie. Cet effet de réel saisissant, recherché par le compositeur, est renforcé par Eric Vigié, directeur artistique d’Avenches Opéra qui, dans sa subtile mise en scène, porte un soin extrême à la vraisemblance, des kimonos authentiques jusqu’à la distribution de luxe, où des chanteurs asiatiques incarnent les rôles japonais. Cette lecture à priori littérale de Madama Butterfly renforce encore sa justesse émotionnelle. Les caractères sont toujours finement dessinés, parfois cocasses dans les démarches obséquieuses de l’entremetteur Goro (Wei Nan) ou quand le consul Sharpless (Davide Damiani), scandalisé par la goujaterie de Pinkerton, s’enivre par dégoût.

Après trois ans d’absence, Pinkerton revient avec sa femme américaine récupérer son fils métis. Le rendez-vous manqué entre Butterfly et son mari volage n’en est que plus pervers. Avec une intensité de jeu totale et une voix sidérante, Sae Kyung Rim magnétise le plateau. On ressent si physiquement ses angoisses, ses cauchemars, sa désillusion suivie de résignation que la fin sanglante résonne presque comme un soulagement. Bandé comme un arc, l’orchestre tenu par Nir Kabaretti accompagne ce sacrifice sans lâcher une once de tension et tout l’amphithéâtre est emporté par un long et irrépressible frémissement.

Créé: 01.07.2016, 19h20

Infos

Avenches, arènes romaines
sa 2 juillet, je 7, sa 9, ma 12 et ve 15 (21 h 15)
Rens.: 026 676 06 00 et ticketcorner.ch

www.avenchesopera.ch

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