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Marc Aymon stimule la mémoire collective

Le chanteur valaisan appelle les Romands à fouiller leurs greniers à la recherche de traces de la vie musicale de 1800 à 1970. En décembre, résidence diffusée au MCBA.

En décembre, Marc Aymon et deux autres musiciens réinterpréteront le matériel musical collecté et leur pêche miraculeuse sera diffusée en direct pendant une centaine d’heures au MCBA.
En décembre, Marc Aymon et deux autres musiciens réinterpréteront le matériel musical collecté et leur pêche miraculeuse sera diffusée en direct pendant une centaine d’heures au MCBA.
CHANTAL DERVEY

Un jour, Marc Aymon est tombé sur «La délaissée» et a eu pitié d’elle. Cette mélodie populaire littéralement délaissée a été le déclic, «l’incident heureux» comme il dit, d’une entreprise totalement imprévisible pour l’auteur-compositeur valaisan. Elle a débouché en 2017 sur «Ô bel été», un beau livre-disque illustré par Cosey et ressuscitant tout un pan du patrimoine musical populaire de Suisse, réinterprété à la manière folk et décontractée de l’interprète. Le succès étonnant de l’album et la tournée – 80 concerts en Suisse et dans 21 pays – ont littéralement donné des ailes au chanteur valaisan. S’il y a eu un «Chanson vole 2», il n’y aura pas de «Ô bel été 2»; Marc Aymon a bien trop peur de s’ennuyer à refaire deux fois le même projet! «Il ne faut pas se perdre dans les choses qui marchent», plaide surtout l’artiste indépendant.

Cet été, avec «Glaneurs», Marc Aymon reste dans la même veine, mais pousse l’exercice vers un format inédit, plus participatif, sorte de «happening patrimonial» indéfinissable. Il invite les gens à aller glaner des musiques oubliées et à assister en direct à l’exhumation de ces trésors lors d’une résidence en Valais qui sera retransmise en direct en décembre au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. Interview au MCBA avec un trentenaire hyperactif.

Marc Aymon était-il prédestiné à devenir un chantre de la musique populaire suisse?

Pas du tout, je n’ai jamais décidé de mettre en valeur le patrimoine local, c’est un hasard total. Dans ma jeunesse, je n’ai pas du tout participé aux sociétés locales, je me méfiais des costumes, des rassemblements. Je devais me rendre au Niger à la rencontre d’un bluesman touareg, quand j’ai découvert la partition manuscrite de «La délaissée». J’ai pris goût à cette «ouverture de malle aux trésors». J’ai finalement décidé de partir à l’aventure ici plutôt que là-bas. Et c’est tout aussi excitant que de traverser les États-Unis avec une guitare. J’ai tiré au clair mon rapport au patrimoine et je n’imaginais pas qu’il pouvait nous faire tant voyager.

D’autant qu’avec «Ô bel été», vous avez sillonné la francophonie!

Oui, en racontant les histoires humaines qui sont derrière ces chansons, on les écoute différemment. Quand je vais en Afrique, un spectateur me parle de son père qui était griot et il monte sur scène pour chanter ses chansons. Au Lycée de Beyrouth, chaque élève a un exemplaire du livre-disque et ils savent tout par cœur. Ici aussi, en fin de soirée, le public chante aussi avec nous et des gens me racontent que leur grand-père était poète ou musicien et écrivait des chansons. Grâce à l’opération «Glaneurs», s’ils me confient ces partitions, on va peut-être découvrir d’immenses auteurs-compositeurs, ou des poèmes que je mettrai moi-même en musique. Le potentiel est gigantesque.

La première chanson dans «Ô bel été» s’appelle «Faucheurs». En quoi «Glaneurs» est-il différent?

D’abord, faucher et glaner, ce n’est pas du tout le même geste! «Ô bel été» est un objet fini, un recueil. J’ai fait cela aussi pour ma maman, pour raviver sa mémoire. Elle me chantait «Faucheurs» quand j’étais petit et je l’avais oublié. Avec «Glaneurs», je fais appel à la mémoire collective et on ne sait pas ce qu’on va récolter. Mais on va nous confier des histoires de vie, on pourra les préserver et cette collection sera itinérante.

La composante participative est-elle importante à vos yeux?

Essentielle. Et, surtout, je veux faire vivre cette aventure aux gens, je veux les faire entrer dans des musées où ils ne sont peut-être jamais entrés en pensant que c’était poussiéreux. C’est pourquoi je collabore avec des institutions comme le MCBA, les Archives de l’État du Valais, le Musée d’ethnographie de Genève. En décembre, je vais m’enfermer avec deux autres musiciens dans un petit local avec nos instruments et notre moisson. Pendant une centaine d’heures, nous allons écouter ou déchiffrer ce matériel, faire nos propres versions, nos orchestrations. Ce travail sera filmé et projeté en direct sur grand écran aux Arsenaux de Sion et au MCBA de Lausanne. Le public pourra venir s’asseoir sur des bancs et prendre un casque pour nous écouter, pour découvrir ce qui se passe dans notre labo. Il pourra être là quand on trouve. Et ce moment-là restera unique.

Est-ce pour vous une manière de donner une plus grande valeur à cet art dit mineur de la chanson?

Il est évident qu’en investissant le MCBA, on se doit d’être à la hauteur. Même si je n’ai aucune formation musicale, depuis que j’ai pris une guitare, elle m’a servi de passerelle pour aller vers les autres, pour faire des rencontres incroyables, pour aller dormir chez les gens gratuitement, pour raconter mes histoires et celles des autres. Toute mon énergie est investie pour que je puisse vivre de cette passion.

Est-ce possible d’en vivre aujourd’hui?

Longtemps, les disques pouvaient assurer un certain revenu. C’est fini! Il faut trouver autre chose. Autour de moi, j’ai plein d’amis musiciens qui arrêtent. Moi pas, alors je fais presque du porte-à-porte. Je multiplie les contacts, je construis des collaborations. Avec «Ô bel été», j’ai même pu bien vivre et investir sur mes nouveaux projets. Mais c’est chaque fois un nouveau métier. C’est étrange, cette soif d’avoir plusieurs vies.

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