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Maria de la Paz ravive la flamme de Lhasa

L'artiste d'origine argentine reprend le répertoire de la chanteuse culte, décédée en 2010. Rencontre.

Maria de la Paz reprend les chansons de Lhasa, morte il y a dix ans. Un hommage qui croise des considérations très personnelles.
Maria de la Paz reprend les chansons de Lhasa, morte il y a dix ans. Un hommage qui croise des considérations très personnelles.
ALAIN KISSLING

La plus Argentine des Vaudoises a l’habitude de sauter par-dessus les océans. Après le succès de son spectacle dédié à Astor Piazzolla, Maria de la Paz, interprète dont le feu vocal et scénique commence à devenir irrésistible, passe du grand maître du nuevo tango à la chanteuse américano-mexicaine Lhasa, disparue il y a tout juste dix ans. Un nouveau spectacle, au sens fort du terme, puisque Lorenzo Malaguerra en assure la mise en espace, promis à un bel avenir, car de nombreuses salles romandes, de Meyrin à Monthey en passant par Neuchâtel et Porrentruy, l’ont déjà mis à leur programme. Pour composer cet hommage qui la travaille intimement depuis des années, la chanteuse atterrie en Suisse il y a vingt ans a composé une logique de groupe avec Ignacio Lamas à la guitare, Primasch au violon, Mathias Demoulin à la contrebasse, Matthieu Michel à la trompette et Alberto Malo aux percussions. L’aventure commence cette semaine au Casino-Théâtre de Rolle. Rencontre.

Après Piazzolla, vous reprenez Lhasa. Entre le maestro argentin et la farouche chanteuse américano-mexicaine, c’est un peu le grand écart?

Oui, mais ça fait peur aussi. Avec Piazzolla, tout est écrit et l’on travaille sur les nuances. Avec Lhasa, il y a deux accords, et ensuite qu’est-ce qu’on fait? J’ai réuni le groupe, choisi le répertoire, et nous avons travaillé en consultation avec à chaque fois ce dilemme: évoquer ou imiter? L’idée n’était ni de copier ni de démonter complètement les morceaux, mais de parvenir à se lâcher un peu.

Comment aviez-vous découvert Lhasa?

Un cadeau de la vie… Je venais d’arriver en Suisse, en 1999. La famille chez laquelle j’habitais avait son disque «La Llorona», qui venait de sortir. Je l’ai fait mien très simplement, sans révélation fulgurante. Piazzolla m’a toujours un peu perturbée, en même temps qu’il me fascinait – il me faisait presque peur par sa révolte et sa provocation. Lhasa a tout de suite résonné familièrement en moi, comme une sœur.

À quel moment avez-vous caressé l’idée de chanter son répertoire?

Depuis très longtemps, quelques années après ma découverte. Mais je n’étais pas prête. Je me rappelle très bien du moment de sa mort, qui m’avait impressionnée – j’avais presque le même âge qu’elle, quatre ans de moins. Qu’une jeune femme comme elle meure m’avait fait froid dans le dos.

Le fait qu’elle soit morte modifie probablement votre façon d’aborder ses chansons?

Bien sûr, ça permet de l’évoquer d’une autre manière. Elle n’est plus là. L’idée n’est pas de la remplacer mais de poursuivre son œuvre, de permettre à certains de découvrir sa beauté.

D’où vient alors la peur que vous ressentez en la chantant?

C’est très personnel. Je suis la dernière d’une famille de sept enfants, et l’une de mes sœurs est décédée à l’âge de 19 ans, quand j’avais 10 ans. Cela crée des échos avec cette période de ma vie où je cherchais confusément à prendre sa place et où, par la suite, il arrivait que certains me confondent avec elle… Je retrouve ce sentiment entre la fierté d’évoquer et la crainte de me perdre. À force de répéter, je me rends compte que je prends de plus en plus la même posture que Lhasa, ça facilite mon chant – j’espère que je ne vais pas me transformer en médium à deux balles!

Comment définiriez-vous musicalement Lhasa? Folk?

Oui, mais il y a aussi une influence de Tom Waits, une façon très contemporaine de jouer avec des bruits de fond, des aspects blues aussi, surtout sur son dernier album, très américain. Le premier, «La Llorona», était le plus traditionnel et le second le plus world, avec toujours une touche rock. Elle puisait à d’autres courants: country, traditionnel – mexicain ou balkanique –, fado… Elle a réussi à réunir les cultures. Mais son premier album reste le plus sincère, avec un côté théâtral très frontal, une forte implication poétique. Il est brut, extrême, passionné.

De votre côté, vous ne semblez pas très motivée à produire des albums!

Ce sont tous des live, je suis une artiste de scène, pas de studio. J’ai besoin des gens, de la scène, pour canaliser ma personne, mon énergie. Le studio me freine, il faut trop attendre, et j’ai besoin de bouger!

Cela fait bientôt vingt ans que votre carrière a commencé, mais cela ne fait que quelques années que l’on vous sent entrer dans une nouvelle dimension. Vous n’avez jamais douté?

Il y a eu des moments d’anxiété, d’incompréhension. Je pense aussi avoir été mal entourée pendant quelques années. J’avais aussi peur de moi, peur de réussir. Ensuite, j’ai eu trois enfants. Je ne me suis pas arrêtée mais cela prend du temps et de l’énergie. Il a fallu travailler sur la confiance en soi. Dans ma jeunesse, à la fin d’un stage de chant, je me suis retrouvée incapable de chanter une chanson jusqu’à la fin, je tremblais. Ça ne m’a pas empêchée de continuer, d’accepter le travail et peut-être de démystifier l’idée qu’il faudrait toujours tout donner. Mais en ce moment je vis un moment de grâce, tout circule, tout se met en place, il n’y a plus de conflits dans ma vie.

À quel moment prenez-vous conscience de posséder une voix?

Une image me revient. Je dois avoir 6 ans, je suis assise sur les genoux de mon papa et je joue de la guitare en chantant devant les amies de l’église de mes sœurs. Il se passe un truc et tout le monde se tourne vers moi en se demandant: «C’est qui cette gamine?» Par la suite, j’ai d’autres souvenirs liés à une peur de moi-même, parce que trop intense, dans un laisser-aller peut-être égocentrique, avec un effet très fort sur les autres, mais aussi une culpabilité qui venait de mon environnement catholique. Avec le temps, on apprend à se calmer, à faire sans craindre de blesser l’autre. Mais j’ai eu très tôt une connexion avec la musique. Toute petite, je pleurais à chaque fois que j’entendais une certaine chanson de María Elena Walsh.

Quel est le prochain artiste sur votre chemin d’interprète?

Je ne devrais pas le dire, car c’est un pur délire, mais je fantasme beaucoup sur Jacques Brel, ce serait fascinant et, théâtralement, un très beau voyage.

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