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La métalleuse s’est muée en chanteuse bel cantiste

Marina Viotti La mezzo-soprano s’est vue offrir une carte blanche lors de son master de chant à la HEMU. Elle a imaginé un récital très libre, brassant les styles, avec l’amour en fil rouge.

La mezzo-soprano s’est vue offrir une carte blanche lors de son master de chant à la HEMU. Elle a imaginé un récital très libre, brassant les styles, avec l’amour en fil rouge
La mezzo-soprano s’est vue offrir une carte blanche lors de son master de chant à la HEMU. Elle a imaginé un récital très libre, brassant les styles, avec l’amour en fil rouge
VANESSA CARDOSO

Radieuse et enjouée, Marina Viotti rentre de Barcelone où elle se spécialise en bel canto et où elle a chanté dans Le Comte Ory de Rossini. Elle y retournera cet été pour Le voyage à Reims du même Rossini – en attendant, elle prépare son récital carte blanche (25 mars) que lui offre la Haute Ecole de Musique de Lausanne (HEMU).

Difficile d’imaginer la trentenaire épanouie d’aujourd’hui sept ans plus tôt, débarquer en look gothique et piercings pour se former comme chanteuse lyrique à Vienne. A 24 ans, elle était déjà jugée trop vieille. Seule Heidi Brunner (mezzo suisse établie dans la capitale autrichienne) a accepté de l’auditionner. Le premier truc qu’elle lui a demandé était de lui chanter une chanson de son groupe de metal. Heidi Brunner lui a dit: «Sans le savoir, tu as pris un placement lyrique naturel, pour préserver ta voix.» Après sept ans d’immersion dans le metal, à raison d’un concert par semaine, ses cordes vocales étaient intactes.

«Pas question de freiner un ou une Viotti!» lance Brigitte Balleys. La professeure de chant à la HEMU a mené Marina jusqu’à son master l’année passée et se souvient de sa rencontre: «Marina a débarqué un jour chez moi pour avoir mon avis sur une entrée à Lausanne, sous le conseil de Heidi Brunner. Elle venait de la planète littérature, flûte traversière et surtout metal, ce que je connais de plusieurs chanteuses classiques. Des fonceuses. Et Marina en est une. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi fédérateur.» Nul doute que Brigitte Balleys a très justement cerné le tempérament de Marina, à l’image d’une famille contaminée par la musique.

Dans mon récital, je peux partager ma vision, jongler vocalement sur plusieurs styles, mélanger les artistes, chanter Brel avec des danseurs venus du hip-hop…

La figure solaire de Marcello, son père chef d’orchestre fauché bien trop tôt, ne doit pas faire oublier Marie-Laurence, sa mère violoniste («Mon pilier, ma force!»), qui renonça à sa carrière pour élever leurs quatre enfants dans la musique: après Marina viennent en effet Milena et Alessandro, tous deux cornistes dans les meilleurs orchestres de Munich, et Lorenzo, chef d’orchestre en plein essor. «J’ai le défaut et la qualité d’être curieuse de tout», constate l’aînée. Car contrairement à ses frères et sœurs, vite sûrs de leurs choix, Marina avance sur une trajectoire a priori papillonnante, bien que déterminée.

Et c’est vrai qu’elle a toujours tout fait à fond, même quand elle délaissait la flûte traversière pour se lancer dans le metal, expression d’une rage à vouloir se démarquer, puis certainement par chagrin, suite au décès de son père, l’année de son bac. «J’avais besoin d’exprimer cette musique-là sur scène, commente-t-elle sobrement, mais aussi de chanter mes propres textes.» En parallèle, elle se lançait dans des études de haut vol en littérature (hypokhâgne), enchaînées par un diplôme en gestion culturelle, qui, par hasard, la replongera dans la musique classique, à travers un stage au festival de Salon-de-Provence.

«J’ai tout quitté»

Puis vient le déclic. «Avec ma famille, j’ai assisté à Vienne à une représentation de Simone Boccanegra de Verdi, que je connaissais par cœur pour avoir tant de fois entendu mon père le diriger, et j’ai dit: «C’est ça que je veux faire!» J’ai pris un gros risque et j’ai tout quitté.» Après trois ans à Vienne, même si elle intègre les chœurs du Staatsoper et du Singverein, la mezzo-soprano sent que, sans réseau et sans structure, elle n’arrivera pas à décoller comme soliste. «C’est à ce moment-là que s’est aussi posée la question de savoir comment gérer mon nom. Si le souvenir de Marcello suscite beaucoup de bienveillance et peut ouvrir des portes, il y a une exigence supérieure tout de suite; on nous attend au tournant.» L’ultime étape de sa métamorphose passera par Lausanne, la ville où elle est née, mais où elle n’a jamais vécu.

Heureusement, Lausanne lui offre tout ce dont elle rêvait: «Brigitte Balleys m’a appris le bonheur du chant.» A l’Opéra, Eric Vigié est séduit par sa qualité vocale – «Une voix très veloutée, étendue, et puissante» –, et sa personnalité – «Elle a une assurance en scène qui donne l’impression qu’elle s’y sent bien.» Elle trouve surtout un terreau ouvert aux expérimentations. «A l’opéra, on est l’instrument de la vision d’un chef ou d’un metteur en scène. Dans mon récital, je peux partager ma vision, jongler vocalement sur plusieurs styles, mélanger les artistes, chanter Brel avec des danseurs venus du hip-hop…»

Itinéraire ping-pong

Marina Viotti ne peut pas imaginer de «repli sur soi». Très tôt, son itinéraire s’apparente à un vrai ping-pong, au gré des engagements paternels: Lucerne, Brême, Sarrebruck, Venise. «A chaque tournée de plus de dix jours, mon père nous emmenait tous avec lui. Nous étions inscrits à l’école publique en France, mais nous étions en vadrouille six mois par an. Je croise aujourd’hui des chanteurs, comme mon professeur actuel Raúl Giménez, qui m’ont connue toute petite.» Mais comme pour ses choix artistiques, ce vagabondage dessine moins des allers-retours erratiques qu’une expansion progressive de son territoire. A force de l’arpenter en tous sens, de le défricher et d’en enjamber les barrières, la chanteuse dégage aujourd’hui un champ libre, pour y déployer sa propre expression. Pas étonnant, dès lors, qu’elle se joue de toute frontière.

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