Michel Corboz a dirigé à l’Opéra une belle fresque intime

ClassiqueVendredi dernier, le chef de chœur dirigeait son Ensemble Vocal Lausanne dans la Passion selon saint Jean, de Bach. Critique.

Michel Corboz a dirigé son Ensemble vocal Lausanne à?l’Opéra vendredi.

Michel Corboz a dirigé son Ensemble vocal Lausanne à?l’Opéra vendredi. Image: Lauren Pasche

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Cet été, Michel Corboz nous confiait qu’il se sentait «à la maison» avec la Passion selon saint Jean, de Bach. Il l’était doublement vendredi, en dirigeant cette œuvre dans la salle de concert la plus proche de son domicile lausannois: l’Opéra de Lausanne. Ce soir-là, le chef de chœur avait 80 ans et 9 mois.

C’est donc un octogénaire bien rodé et très inspiré qui est monté sur scène pour ce concert anniversaire, où il dirigeait son Ensemble Vocal et Instrumental. Cette exécution de la Passion avait un caractère profondément familial. Michel Corboz n’est jamais aussi heureux qu’en compagnie de ses musiciens, choristes comme instrumentistes, pour le plaisir de l’amitié et des retrouvailles. Bonheur partagé, même si les instruments modernes nous privent de la netteté et du tranchant d’un orchestre baroque.

Malgré l’ampleur du chœur (45 chanteurs), Michel Corboz sait donner à cette fresque une dimension intime, toute en retenue, avec une palette infinie dans les nuances pianissimo. L’acoustique un peu sèche de l’Opéra ne facilite pas la transmission d’une musique sacrée qui vibre plus naturellement dans une église. La précision et la sûreté du chœur lui permettent de passer cet écueil et de transmettre une émotion d’un autre ordre, moins mystique, mais d’une intense clarté.

Cette lisibilité est aussi prise en charge par les solistes, à commencer par l’évangéliste lumineux de Tilman Lichdi. Le ténor allemand se tient en retrait des autres solistes, aux côtés du chœur dont il est une émanation. Son récit traverse l’espace sans effort, impose son flux vif et sonore, rompt la monotonie des formules par un engagement saisissant.

Il faut voir ses yeux sortir des orbites quand il profère le mot «Golgotha» ou quand, bouleversé, il évoque les larmes de Pierre. Portés par une telle musicalité, les autres solistes offrent sans réserve l’essence de leurs personnages: comment ne pas voir une Vierge Marie dans l’affliction traversée d’espérance de Marie-Claude Chappuis? Et une Marie-Madeleine dans la tendresse de l’aria aérienne de Letizia Scherrer: «Zerfliesse, mein Herze» (Pleure, mon cœur). Peter Harvey incarne avec justesse l’humanité faillible de Pilate, tandis que Christian Immler est un Christ paradoxalement charismatique dans sa sobriété extrême. A la reprise du choral final en bis, les solistes ont rejoint le chœur, pour la pure joie de chanter sous la baguette de Michel Corboz.

Créé: 17.11.2014, 18h23

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