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Michel Fau: «J’aime la tragédie et la parodie»

Comédien, chanteur, l’homme de théâtre monte «La belle Hélène», de Jacques Offenbach, son «anti-opéra» préféré.

Michel Fau devant le décor de «La belle Hélène», signé Emmanuel Charles.
Michel Fau devant le décor de «La belle Hélène», signé Emmanuel Charles.
Florian Cella

Pour la première fois, Michel Fau signe un spectacle en Suisse, et pas n’importe lequel: «La belle Hélène», de Jacques Offenbach, à voir dès le 22 décembre à l’Opéra de Lausanne, où il incarnera le roi Ménélas, cocu sublime délaissé par la plus belle femme du monde. Comme son patronyme le laisse entendre, Michel Fau déjoue sans cesse les pistes entre le vrai et le faux. Ni l’un ni l’autre. Il aime cet entre-deux, c’est l’espace qu’il s’est créé, à sa (dé)mesure.

«Hélène me plaît car c’est une reine tragique qui rêve de devenir une bourgeoise décadente, une cocotte du XIXe. L’inverse de toutes les héroïnes lyriques.»

Quand il entre dans notre champ visuel, on ne sait jamais si c’est le clown ou le tragédien qui va l’emporter. Dans la pratique, ce sera si possible les deux en même temps. Sa manière, inimitable, rappelle parfois le vocabulaire gestuel de Raymond Devos, sourcils expressifs sur des yeux gigantesques, mèche rebelle, cou de taureau, élégance surannée. L’acteur révélé par Olivier Py trouve aujourd’hui son équilibre au théâtre, où il choisit les pièces qu’il monte et joue, au cinéma dans des seconds rôles inattendus et à l’opéra pour des mises en scène inclassables. Il n’accepte, dit-il, que ce qui l’excite. À l’entendre, Offenbach l’excite au plus haut point.

Peut-on dire que «La belle Hélène» réunit tout ce que vous adorez à l’opéra?

Oui! J’aime la tragédie et la parodie, le grotesque et l’effroi, comme disait mon professeur Michel Bouquet. Il y a les deux dans cet opéra bouffe, du lyrisme et de la bouffonnerie. Ménélas est un rôle tragique et grotesque. Et on est sans cesse sur le fil, entre les deux. Hélène me plaît, car c’est une reine tragique qui rêve de devenir une bourgeoise décadente, une cocotte du XIXe. Elle est à l’inverse de toutes ces héroïnes lyriques qui sont des personnes quelconques foudroyées par une situation tragique. Hélène, c’est l’anti-Mimi, l’anti-Lulu, c’est un anti-opéra. Et en même temps Offenbach rend hommage ici à l’opéra sous toutes ses formes, du baroque au romantisme. J’y apporte un clin d’œil à notre regard sur l’opéra.

Que vous soyez cantatrice dans votre «Récital emphatique», ou Ménélas, vos spectacles tendent à vous mettre en scène. Indispensable?

Je voulais faire cela depuis le début, mais dans les années 1980, avec les metteurs en scène omnipotents, ce n’était pas possible. J’ai monté cette année «Ariane à Naxos», où je n’étais pas sur scène, et j’étais malheureux. Je comprends que les metteurs en scène deviennent odieux en voyant les acteurs jubiler à notre place. Et ils devraient monter plus souvent sur le plateau pour voir combien c’est difficile. En faisant les deux, je calme mon hystérie de metteur en scène et mon ego d’acteur.

Le décor mélange la Grèce antique et les boulevards haussmanniens. Où situez-vous l’intrigue?

Figurez-vous que la façade du Théâtre des Variétés, à Paris, où «La belle Hélène» a été créée, ressemble à un temple grec. Nous allons mélanger les lieux et les époques. J’aime les contrastes. Mais j’aime aussi revenir à l’essence du livret, à ce jeu sur la mythologie. Les gens apprécient ces références, ce retour au péplum. On va appuyer sur le côté bande dessinée, superhéros. J’essaie aussi d’être lisible sur la fable, raison pour laquelle on fera apparaître toutes les divinités sur scène.

On vous décrit souvent comme un régisseur très méticuleux. Comment passer du sérieux au délire?

C’est mon côté maniaque et psychorigide, qui vient paraît-il de mon père horloger. Pour basculer dans le délire, il faut d’abord installer un cadre. Pensez à Pierre Étaix, à Jacques Tati. Ils étaient d’une rigueur et d’une exigence extrêmes pour faire rire. J’attache une grande importance aux détails, à un équilibre entre la forme et le fond, où l’apparence extérieure alimente la profondeur. Il y a une mécanique qui doit fonctionner, comme les livres pop-up, quand ça s’ouvre, c’est merveilleux, mais ça reste dans l’artifice.

Le réalisme, ce n’est pas trop votre tasse de thé, n’est-ce pas?

Le réalisme m’ennuie. C’est une manière de singer la télé, le sordide quotidien. L’opéra n’a rien à voir avec le réalisme. C’est plus que la réalité. Mes spectacles ne sont jamais dans cette modernité, ni dans la reconstitution historique. Je suis ailleurs, dans des mises en scène baroques, outrancières, raffinées. À la sortie de mon «Rigoletto», à Dijon, une spectatrice disait que c’était trop moderne et une autre que c’était trop conservateur. Qui a raison? J’essaie de trouver une troisième voie, ni conventionnelle ni trash. C’est une position difficile, mais les gens ont un peu compris. Ma plus grande hantise est de refaire la même chose. Partir très précisément du livret et de la musique me permet de me renouveler.

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