Mikhail Pletnev, ou le piano qui transfigure

ClassiqueEn iconoclaste inébranlable, le Russe a livré un récital aux contours raffinés et désarçonnants.

Le pianiste et chef d'orchestre russe Mikhail Pletnev

Le pianiste et chef d'orchestre russe Mikhail Pletnev Image: DR

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Sans préambule particulier, sans changement d’intensité dans l’éclairage, sans annonces ni trompettes, le voilà subitement sur scène, foulant le plateau du Victoria Hall dans une tenue noire le rapprochant des maîtres zen, puis s’asseyant face à son instrument, regard sévère, bras croisés, dans l’attente – plutôt longue – que le silence se fasse enfin.

Ces quelques étranges préambules ont rappelé vendredi soir, combien il est nécessaire de basculer dans une autre dimension mentale lorsqu’on a affaire à Mikhail Pletnev. Face à ce personnage si peu communicatif, on sait que rien n’est jamais banal ni laissé au hasard: son port austère le dit d’ailleurs aussi bien que sa manière parfois discutable de plonger dans le répertoire.

Prenez cette sorte de mignardise qu’est le «Rondo op.51 N°1» de Beethoven, par lequel a débuté le récital du pianiste russe. Ici on a retrouvé bien sûr un toucher légendaire, une manière de faire rouler tel arpège comme de petites vaguelettes, une façon de suspendre la percussion des marteaux, d’une sensibilité inouïe.

Mais on a été aussi désarçonné par des choix inattendus, par une gestion du tempo et des rythmes relevant du très personnel et donc de l’arbitraire. On aura ainsi rarement entendu autant de coups de cautère dans la partition, autant de déconstructions des structures et de pliage des formes. Un trait encore plus flagrant dans la «Sonate N°23, Appassionata», tout aussi transfigurée, avec ces portions de silence placées dans l’«Andante con moto, ces rubatos et ces accentuations imprévisibles dans les deux «Allegro». Bref, ce Beethoven a peu convaincu, d’autant qu’il a été servi par un instrument – un Kawai accompagnant partout le Russe – à la projection courte et aux textures trop impressionnistes.

En deuxième partie, avec un choix de pièces de Franz Liszt, dont certaines plutôt rares, Pletnev a paru davantage dans son jardin, déployant une virtuosité époustouflante et un regard plus intrigant, voire pertinent, sur ce corpus.

Créé: 01.04.2019, 15h07

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