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Moondog envoûte la Cité

Dimanche, l’Ensemble 0 met à l’honneur le compositeur aveugle, mort en 1999. Histoire d’un mythe.

Aveugle après qu’un bâton de dynamite lui a explosé au visage, Louis Thomas Hardin s’est rebaptisé Moondog lors de ses premiers pas à New York, en compositeur sans limites de genres, qui intégra même le Philharmonique.
Aveugle après qu’un bâton de dynamite lui a explosé au visage, Louis Thomas Hardin s’est rebaptisé Moondog lors de ses premiers pas à New York, en compositeur sans limites de genres, qui intégra même le Philharmonique.
GETTY

Lui qui rêvait de mythologie est entré dans celle de New York. Dans les années 50, on se pressait à l’angle de la 53e Rue et de la 6e Avenue pour entendre jouer Moondog, «le Viking aveugle» avec son casque, sa lance et sa barbe blanche. Né Louis Thomas Hardin dans le Kansas en 1916, mort à Münster (Allemagne) en 1999, il a connu la plus célèbre des carrières marginales, influençant par sa musique et sa démarche des milliers de musiciens tout en restant à la porte du grand public. Le Français Amaury Cornut, 29 ans, est tombé amoureux de ce compositeur mal connu et prolixe. Dimanche à la Cité, «son» Ensemble 0 jouera dans son intégralité Elpmas, disque d’écologie ethno enregistré sur ordinateur par Moondog en 1991. Au téléphone, il raconte l’énigme qui le passionne depuis dix ans.

Comment avez-vous découvert ce musicien?

Lors d’une soirée chez un ami, qui passait son album More Moondog. Son histoire alors lacunaire m’a intrigué. J’étais à l’époque fan de musique psychédélique seventies, j’aimais les mondes souterrains de la pop, alors j’ai commencé à gratter. Depuis, j’ai écrit un livre (ndlr: «Moondog», Ed. Le mot et le reste) et donné une cinquantaine de conférences.

Qu’est-ce qui vous a plu chez lui?

Au-delà de son personnage, la diversité de sa musique. Au début, j’ai même cru qu’il y avait plusieurs Moondog! Ce n’est ni du classique, ni du jazz, ni de la world, ni de l’avant-garde, mais du Moondog! Il avait un grand sens de la mélodie qui a marqué la pop. On retrouve aussi des éléments ethno avec des rythmiques caribéennes, asiatiques, indiennes…

Le grand public connaît-il au moins une chanson de Moondog?

Bien sûr! Tout le monde connaît Bird’s Lament, morceau culte écrit en hommage à son ami Charlie Parker. Il est très court et fut utilisé dans des dizaines de jingles d’émissions, de pubs, etc. Il a aussi été remixé Mais pas grand monde sait que c'est de lui.

Comment est-il venu à ce look incroyable, dès les années 40!

Par une succession d’éléments. Il a perdu la vue à 16 ans, à une période où ses parents divorçaient. Ce double choc l’a entraîné vers des signes d’excentricité vestimentaire, se laissant pousser cheveux et barbe. A New York, on lui a fait des comparaisons christiques qu’il a mal supportées – il avait perdu sa foi en même temps que ses yeux. Il s’est alors imaginé des origines nordiques et a adopté ce look de Viking de la 6e Avenue, qui lui a servi au début.

Il s’est inventé un excellent plan marketing avant la lettre.

Ce n’était pas le but. Il disait: «Je ne m’habille pas comme ça pour attirer l’attention, j’attire l’attention parce que je m’habille comme ça.» C’était aussi un grand enfant, avec un côté espiègle. Cela dit, on l’a engagé au Philharmonique de New York après que son directeur l’a croisé dans la rue. Mais à la longue, il va réaliser que cette posture de freak prend le dessus sur son talent musical. Il avait de hautes ambitions: il expliquait vouloir devenir le plus grand compositeur de tous les temps! Une sympathique mégalomanie qui s’explique par son parcours et son handicap.

Il avait les moyens de ses ambitions?

Bien sûr. Il a reçu une éducation classique et académique. Ce n’était pas du tout de l’art brut, là où son look le place trop souvent. Moondog savait très bien où il allait. Il a étudié la direction d’orchestre avec Leonard Bernstein et Arturo Toscanini, joué avec Charlie Parker et Benny Goodman, obtenu des bourses prestigieuses, étudié à Memphis… Tout sauf un illuminé autodidacte. Sa musique était très sérieuse, souvent basée sur les canons. Il voulait dépasser Jean-Sébastien Bach dans l’art du contrepoint.

En 1974, il commence une deuxième vie en Allemagne. Pourquoi?

Il s’est rendu compte que sa carrière aux Etats-Unis était bloquée par sa réputation excentrique. Après avoir reçu une invitation pour des concerts à Francfort, il est resté, fasciné d’être sur les terres de Bach et de Wagner. Une jeune Allemande est devenue sa copiste et son assistante jusqu’à sa mort. Elle a aussi œuvré à le rendre plus «normal» dans son apparence. Mais avec sa barbe blanche, dur de ne pas penser à Merlin.

Que jouera l’Ensemble 0 dimanche?

Elpmasest un disque inspiré par l’écologie et l’informatique. Moondog et Andy Thomas ont échantillonné chaque note d’un marimba afin d’obtenir une rigueur d’exécution maximale et rendre honneur à la science des canons. Pour interpréter ce disque sur scène, nous l’avons réenregistré en jouant «en continu» chaque piste de chaque instrument. Quelques pistes ont été laissées ouvertes, que comblent en direct les musiciens. Un travail colossal.

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