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Mozart se plaît sur «l’île de la tentation»

En transposant «Così fan tutte» dans la téléréalité, Jean Liermier renforce la cruauté de la manipulation, mais évite toute vulgarité. Réalisation musicale et scénique exceptionnelles.

Le sextuor de «Così fan tutte» au complet: Alfonso (Bruno de Simone) et Despina (Susana Cordón) vont quérir le faux médecin qui ranimera Guglielmo (Robert Gleadow, au sol) et Ferrando (Joel Prieto, sur le canapé). Fiordiligi (Valentina Nafornita) et Dorabella (Stéphanie Guérin) sont atterrées.
Le sextuor de «Così fan tutte» au complet: Alfonso (Bruno de Simone) et Despina (Susana Cordón) vont quérir le faux médecin qui ranimera Guglielmo (Robert Gleadow, au sol) et Ferrando (Joel Prieto, sur le canapé). Fiordiligi (Valentina Nafornita) et Dorabella (Stéphanie Guérin) sont atterrées.
Alan Humerose

Quand Mozart et Da Ponte imaginent le scénario de leur troisième création après «Les noces de Figaro» et «Don Giovanni», ils sont confrontés dans leurs vies privées à la question de la fidélité; le librettiste par ses amours multiples, le compositeur pour l’inconstance présumée de sa Constance. La matière première est dans ce vécu-là. Mais si, dans «Così fan tutte», la faute est mise sur le compte des femmes, chacun y prend pour son grade.

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Découvrez notre webdoc : La naissance d'un opéra

Une équipe de «24 heures» a suivi durant plus de quatre mois le metteur en scène Jean Liermier dans sa nouvelle aventure lyrique conduite avec le chef Joshua Weilerstein. De la conception du projet à l’élaboration des décors, du casting à la première représentation, récit et vidéos de la création de ce «Così fan tutte» qui dépoussière Mozart à l’aune de la téléréalité.

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«Ainsi font-elles toutes, ou l’École des amants»: le sous-titre du «dramma giocoso» de Mozart a son importance dans la nouvelle production de l’Opéra de Lausanne, à l’affiche depuis dimanche. Pour Jean Liermier, «La Scuola degli amanti» devient le titre d’une émission de télé-réalité, avatar de séries jouant sur les rapports de couple, le voyeurisme et l’appât du gain, à l’image de «L’île de la tentation». Le miracle de cette version, découverte lors de la générale de vendredi, est de jouer à fond sur ces codes en évitant toute vulgarité, sans jamais violenter le livret ni parasiter la musique.

Piqués à vif par le cynique Alfonso (Bruno de Simone, formidable en manipulateur roué), qui prétend que toutes les femmes sont volages, deux soldats orgueilleux, Guglielmo (Robert Gleadow, acteur hallucinant et baryton généreux) et Ferrando (Joel Prieto, ténor romantique et sensible) parient sur la fidélité de leurs fiancées respectives, la brune et sérieuse Fiordiligi (Valentina Nafornita, le feu sous la glace) et la rousse et sensuelle Dorabella (Stéphanie Guérin, splendide révélation). Alfonso force les deux hommes à simuler leur départ et revenir déguisés en dandys branchés, pour séduire les filles, avec la complicité polissonne de la bonne Despina (irrésistible Susana Cordón).

Dans les décors coulissants de Rudy Sabounghi, Jean Liermier radiographie chaque seconde de l’évolution des sentiments de ces cobayes en cage. Les mensonges, les non-dits, les trahisons – et la musique de Mozart superbement servie par l’OCL et Joshua Weilerstein! – dévoilent mieux les personnages que les apparences qu’ils se donnent. C’est là l’effet révélateur de cette expérience de psychologie perverse, que le passage au direct d’un plateau de télévision rend encore plus terrifiant. Aujourd’hui, le studio est partout; quoi que vous fassiez, vous êtes filmés.

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Lausanne, Opéra

Jusqu’au me 7 novembre Rens.: 021 315 40 20www.opera-lausanne.ch

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