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Multiple, Sébastien Dutrieux se royaume dans «Histoire du soldat»

Le récitant belge se plaît dans la pièce de Ramuz et Stravinski. A la fois soldat, lecteur et diable.

L'acteur Sébastien Dutrieux en proie à ses doubles, dans «Histoire du soldat» de Ramuz et Stravinski relu par La Fura dels Baus.
L'acteur Sébastien Dutrieux en proie à ses doubles, dans «Histoire du soldat» de Ramuz et Stravinski relu par La Fura dels Baus.
Stofleth, Opéra de Lyon

L’Opéra de Lausanne célèbre le centenaire d’une création lausannoise, «Histoire du soldat», en affirmant haut et fort sa brûlante actualité. La compagnie catalane La Fura dels Baus s’empare ainsi du fameux conte valdo-russe de Ramuz et Stravinski, faisant de Joseph Dupraz un GI américain brisé par la guerre d’Irak. Particularité de la scénographie, le diable, le soldat et le lecteur fusionnent en un personnage, incarné par le Belge Sébastien Dutrieux. Rencontre.

Aviez-vous déjà interprété le conte de Ramuz et Stravinski?

Non, mais je connaissais l’œuvre. Après avoir incarné Frère Dominique dans «Jeanne au bûcher», de Honegger, à Francfort, dans la mise en scène de La Fura dels Baus, Àlex Ollé m’a proposé l’«Histoire du soldat». Il avait déjà prévu de confier les trois rôles à un seul acteur incarnant un soldat contemporain en proie à des hallucinations. Pour échapper au côté naïf du conte et montrer qu’un siècle après, on en sait davantage sur la barbarie humaine; le diable est en nous, à cause de la guerre.

Comment cela se traduit-il en scène?

On sait que le diable n’existe pas. Pour qu’on le voie, il faut un esprit fracassé. C’est comme si tout se passait dans la tête du soldat, qui revient de la guerre en état de détresse et de perdition. J’incarne l’identité du soldat, alors que son corps gît dans un lit d’hôpital avec un masque de mon visage. À un moment, le lecteur incite le soldat à jouer aux cartes contre le diable, là c’est mon image animée qui s’exprime. Quant au diable, il prend l’apparence d’un golden-boy ou d’un méchant médecin qui attise la souffrance du soldat par des remèdes inefficaces.

Ce ne sont pas des changements mineurs!

Ils sont là pour assurer la cohérence avec la dramaturgie. Le texte de Ramuz a des aspects très concrets, ancrés dans la réalité, sans fioritures, que nous conservons intacts. On entend toujours ce côté obsessionnel des mots qui reviennent en spirale. Et la musique de Stravinski a aussi cet esprit tranché, incisif, contradictoire.

Comment avez-vous travaillé pour faire vivre ces voix opposées?

Il y a eu de longs préparatifs, avec trois sessions d’une semaine à Barcelone, pendant lesquelles nous avons tourné les scènes filmées, puis pendant les trois semaines qui ont précédé les représentations de Lyon. Le texte définitif s’est petit à petit construit en cours de route, en me laissant le temps d’expérimenter, de chercher différents types de voix, de trouver le rythme du spectacle et le ton juste. Mais Àlex Ollé est très attentif et généreux dans cette phase de recherche et il a toujours une idée très précise de ce qu’il veut obtenir. Le spectacle s’est fait dès le début avec un grand respect et une sympathie pour l’œuvre de Ramuz et Stravinski.

Vous vous frottez de plus en plus aux créations classiques. Quelle est votre formation en la matière?

Je ne suis pas du tout musicien, mais j’ai une sensibilité musicale, j’aime partager la scène avec des orchestres, des chanteurs. Depuis dix ans, je me suis spécialisé dans les rôles parlés dans les opéras comme «Béatrice et Bénédicte» de Berlioz, «L’enlèvement au sérail» de Mozart, les oratorios de Honegger, «Babar» de Poulenc. On finit par avoir un répertoire, ce qui n’existe pas au théâtre. Je fais aussi de la mise en scène d’opéras. Le prochain sera «Don Carlos», de Verdi, en décembre, à Vienne.

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Lausanne, Opéra Ve 28 sept. (20 h), sa 29 (15 h et 18 h), di 30 (11 h et 15 h) www.opera-lausanne.ch

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