«Je fais de la musique, moi, pas des maths»

MusiqueEd Sheeran bat des records de ventes. Critiqué pour sa présumée obsession des chiffres, il se défend avec la simplicité d’un vrai chic type. Interview.

Après une année sabbatique en 2016, Ed Sheeran s’affiche au cinéma dans le dernier Bridget Jones, en tournée en Europe (ici dimanche 19 à Zurich) et bientôt à la télévision dans «Game of Thrones».

Après une année sabbatique en 2016, Ed Sheeran s’affiche au cinéma dans le dernier Bridget Jones, en tournée en Europe (ici dimanche 19 à Zurich) et bientôt à la télévision dans «Game of Thrones». Image: EPA

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Dans la langue maternelle du natif du Suffolk, Ed Sheeran, disques et records sont un seul et même mot. Le phénomène tatoué à la tignasse rousse répète qu’en faisant les premiers, il bat les deuxièmes. Sans vraiment le faire exprès, puisqu’il vise l’appréciation du public plutôt que les retombées chiffrées.

En gentil gars poli, il a accepté quelques entretiens avant son concert de dimanche à Zurich. «Pas parce que j’ai besoin de faire de la promo, mais parce que je trouve que ce serait malhonnête de ne pas donner de ma personne pour les représentants de ma maison de disques en Suisse, qui travaillent autant pour moi.»

Vous n’avez pas besoin de viser la Rolex avant 50 ans, vos chiffres sont déjà bien meilleurs et vous n’avez que 26 ans…
(Sourire.) J’adore les montres suisses. Vraiment. Et non, je ne possède pas de Rolex. En fait, en ce qui concerne mon amour pour la Suisse, je suis un Anglais typique. J’adore votre chocolat, votre fromage et skier à Verbier chez mon pote James Blunt. Tous les clichés, quoi!

Zurich est la ville de la finance, parlons chiffres!
Alors volontiers: qu’est-ce que la vie est chère ici! Waouh! Vous vous en sortez comment? J’hallucine. Je suis sorti avec mon pote et ma copine, on a commandé style six verres chacun et on en a eu pour une petite fortune! Je n’en revenais pas. Au moins c’était du bon, de la tequila superbe, mmmhh…

Avec des albums qui s’appellent «+», «Multiply» et «Divide», plus tous les chiffres associés à votre nom, on pourrait croire que vous aimez les maths, alors qu’en fait ce sont les mots et les mélodies que vous maîtrisez…
Alors en effet, je suis un piètre mathématicien. Je fais de la musique, moi, pas des maths! Et j’ai l’impression que pas mal de gens me croient obsédé par les chiffres, par la compétition, alors que je me soucie simplement que les gens aiment mon album.

On vous imagine avec vos copines Adele et Taylor Swift en train de vous charrier sur vos scores…
On pourrait! Mais je vous promets que tout le monde est pareil dans ce milieu. Nous regardons tous les classements, mais je suis le seul con à en avoir parlé publiquement! (Rires.)

Comme pour Adèle, les gens qui vous apprécient ne le font pas seulement pour votre musique, mais pour qui vous êtes.
Oui, même si je ne sais pas si les gens me connaissent vraiment. Récemment, les médias se sont un peu déchaînés après avoir dit que je voulais que cet album ait un succès énorme. Je trouve que juger quelqu’un sur la base d’une interview ou, pire, sur un extrait d’interview est vraiment réducteur. Bon, en même temps, je m’en fiche un peu, je ne cherche pas à être le pote de la terre entière. J’aime croire que je suis quelqu’un de plutôt sympa et poli, et que si je ne suis pas comme ça, c’est que tu m’as rencontré à un mauvais moment. Au final, je ne suis pas là pour gagner une élection présidentielle, je suis là pour faire de la musique.

Ces chiffres, ils vous donnent le tournis?
Ils me rassurent, parce qu’il y avait une énorme pression pour que cet album fasse un meilleur score que le précédent, et je suis heureux que ce soit le cas.

Certains vous critiquent pour être devenus trop commercial…
Ce qui a du succès sans qu’on puisse vraiment expliquer pourquoi dérange. Les gens aiment se positionner à contre-courant et dégommer ce que la majorité adore. Adele est incroyable, mais il y aura toujours des gens pour dire que ce qu’elle fait est de la merde. Il y aura toujours des gens qui vous garantiront qu’ils n’aiment pas les Beatles. C’est tellement cool d’être différent dans certains cercles.

Qu’est-ce qui vous maintient les pieds sur terre?
Le fait qu’il y a toujours quelqu’un de meilleur que soi. J’ai partagé la scène avec Beyoncé à quelques reprises et ça, ça te remet tout de suite à ta place. J’ai encore du boulot pour lui arriver à la cheville!

La comparaison est difficile…
Oui, déjà vocalement! Ensuite, au niveau du physique, disons que je me suis bien amélioré. (Rires.) Avant, quand je tournais, je montais sur scène, je me prenais des bitures et je dormais. Aujourd’hui, après le concert, je vais me coucher. Le matin, je fais 15 minutes de course – comme ça, je peux continuer à manger ce que je veux – puis du tourisme avec ma copine (ndlr: Cherry Seaborn), et je ne prends plus qu’une cuite par semaine. Je suis à nouveau totalement amoureux de ma vie actuelle, records ou pas!

Créé: 21.03.2017, 08h21

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En chiffres

6

Les 14 000 places du Hallenstadion zurichois ont trouvé preneur en six petites minutes seulement. Ses places de concert s’arrachent partout dans le monde.

603

En millions, les streams lors de la première semaine de présence de Divide, qui a occupé la 1re place du classement iTunes dans 103 marchés.

30

C’est le nombre de pays où son dernier album truste la 1re place des ventes. En Angleterre, ses trois disques occupent les premières places du top 5.

34

C’est le total de ses gains en millions de francs, selon le très sérieux classement Forbes, datant de 2016. Un score qu’il devrait exploser en 2017.

Critique

Une chose est sûre, Divide porte bien son nom. Troisième album du joyeux rouquin après + (2011) et Multiply (2014), ce dernier opus divise une critique soit dithyrambique, soit carrément cassante, accusant l’ancien folkeux bricolo d’avoir cédé aux charmes des sirènes commerciales avec des productions manquant de sonorités brutes et de prises de risque. Au centre du débat, le très dansant Galway Girl aux sonorités de folk irlandais. D’aucuns accusent la maison de disques de vouloir s’assurer une présence dans tous les pubs à trèfle de la planète. Or cette dernière ne voulait pas de ce morceau, pour lequel Sheeran s’est battu. A raison. Sur ce dernier opus sorti le 3 mars, on trouve des hits évidents comme Shape of You et Castle on the Hill. On gage que Nancy Mulligan devrait suivre la même voie avec son refrain hantant. A l’autre extrême du spectre rythmique, des ballades elles aussi assez prévisibles, même si Supermarket Flowers – écrit pour sa grand-mère mourante – sort du lot pour son efficace simplicité. How Would You Feel et Perfect devraient, elles, bientôt servir de bandes originales (un brin sirupeuses) aux mariages de l’été. Si l’ensemble de l’album apparaît mieux léché que son interprète à la barbe piquante, il vaut la peine d’écouter ces chansons interprétées en live par un Ed Sheeran seul sur scène assurant rythmique, mélodie, chœurs et vocaux.

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