Nils Aellen, le Lausannois de Soften qui ne compte pas ses «Heures blanches»

PopRencontre avec le chanteur qui sort son premier album en français.

Maniaque du son pop et nouvel arrivant dans la ronde des textes en français, Niels Aellen sort l'album «Les heures blanches».

Maniaque du son pop et nouvel arrivant dans la ronde des textes en français, Niels Aellen sort l'album «Les heures blanches». Image: PHILIPPE MAEDER

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Chanter en français a pris ce fanatique de pop-rock anglo-saxonne au dépourvu. Après trois albums qui lui ont permis de se tailler une petite réputation sous le nom de Soften, le Lausannois Nils Aellen, 32 ans, s’est pourtant décidé à sortir de sa zone de confort et à écrire les textes de son nouvel album Les heures blanches dans une langue qu’il enseigne au secondaire, tout comme l’anglais d’ailleurs. «C’est un accident de parcours», attise celui qui avoue ne pas avoir biberonné du Brel ou du Ferré dans son enfance, mais plutôt du Cabrel et du Goldman.

Dans sa discothèque de 2000 à 3000 CD brille avant tout l’œuvre complète de Radiohead, mais le chanteur arrive toutefois à citer quelques artistes francophones – de Dominique A à Radio Elvis en passant par Albin de la Simone et Florent Marchet. S’il a chanté ad libitum «je suis libre» dans ses combles surchauffés en été quand il enregistrait des voix pour Marc Aymon – «ma voisine a dû penser que j’étais fou» – le déclic a eu lieu lors du Lôzane’s Burning de 2013. «Nous avions repris le Nightcall de Kavinsky, mais surtout le Nuit de folie de Début de Soirée. J’ai découvert le plaisir du texte.»

La solution pour sortir d’un début de routine s’esquissait. «J’avais l’impression de tourner en rond et peur de la redite. Au début, mes tentatives étaient lamentables.» Dans son ciel d’auteur un peu brumeux, les difficultés ont soudain été fendues par le titre Aurores, d’une évidence mélodique qui emporte avec son refrain: «Si tout se mérite, tout ne se gagne pas/Si tout se délite, tout ne s’effacera pas». La chanson lui ouvre «une nouvelle patte». Même s’il n’a jamais aimé mettre sa voix en avant dans le mix final, il lui faut désormais composer avec des mots que tout le monde comprend, s’inventer une expression, des images et un lyrisme à assumer. «Avec le sentiment, la romance, je ne voulais pas être niaiseux et ridicule, car je suis plutôt du côté cynique de la force. J’avais peur de me montrer larmoyant, il fallait trouver un juste milieu.»

«Avec le sentiment, la romance, je ne voulais pas être ridicule, car je suis plutôt du côté cynique de la force»

Taquin, le prof amoureux des tableaux de Caspar David Friedrich et de William Turner déplore que le romantisme soit devenu un terme galvaudé évoquant «pour les jeunes, un gars avec une rose entre les dents». Mais le musicien sait désamorcer les procès en fleur bleue. «Je ne devrais pas le dire trop fort mais je suis un grand fan de Muse, l’équivalent d’un gros film d’action. J’aime les morceaux radios, les grosses mélodies, le kitsch à fond. Dans Blessures fantômes, on a mis une rythmique house nulle, mais qui se justifie – elle traverse tout le morceau mais on ne l’entend qu’à la sortie. Pour le dernier titre, Avant que l’on vive, j’ai déconstruit un truc de synthé à la David Guetta, c’était notre moment bras levés!»

Difficile de ne pas cataloguer Nils Aellen en obsédé de studio, prêt à se prendre la tête pendant des nuits sur la superposition de couches sonores, de détails à peine audibles par le commun des mortels. «J’avais démarré en pensant réaliser un album piano-voix, mais quand on s’est retrouvé avec 80 pistes, on s’est rendu compte que l’on avait échoué!» Mais la musique des Heures blanches est dans la continuité de ses précédents albums. Les textes, eux, exigeaient une révolution.

Entre poésie et détails

«Je voulais le ton juste entre la poétique et des détails très réels – je n’aime pas les chanteurs qui racontent leur café du matin. J’aime ceux qui chantent leur vie sans être précis pour que l’on puisse se l’approprier. J’ai donc centré sur moi, c’est plus intéressant! Ce disque, c’est ma vie en mieux, ou en pire, car il faut toujours amplifier pour que cela sonne.»

Le maniaque a confectionné son album à l’ancienne, dépensé sans compter pour la pochette – «je n’ai pas de copines trop chères!» – sans se soucier des concerts à venir, espérant qu’un enregistrement puisse encore être considéré «comme une œuvre en soi». «Je me souviens d’une critique très méchante de l’un de vos collègues sur le groupe Tafta. Je l’avais gardée comme un gri-gri en me disant que si on écrivait un papier de ce genre sur moi, j’arrêterais.» Bonne continuation.

Créé: 25.05.2016, 19h32

Le soleil brille sur ses mélodies

Critique

«Un album en français, cela crée une pression, je veux surprendre.» Sans être des familiers de Soften, il est facile de considérer que Niels Aellen a rempli sa mission. Il suffit d’une écoute d’ Aurores pour se convaincre que le soleil brille sur ses mélodies – clin d’œil envers un album qui multiplie les références météorologiques. «J’aime cette idée d’un petit individu perdu dans les éléments.» Au-delà des mélodies, le Lausannois sait soigner ses arrangements, ses variations.

Et ses textes naviguent sans sombrer sur les eaux dangereuses d’un sentimentalisme assumé, mais justement bridé. Réalisé avec son complice Sacha Ruffieux et Fred Jaillard (Victoire de la musique 2009 pour Comme un manouche sans guitare de Thomas Dutronc), Les heures blanches concentrent plus de deux ans de travail et comportent, sur ses 13 titres, plusieurs rendez-vous avec les regrets et les espoirs: On en parlait, Blessures fantômes, un superbe Tigre ou La Couronne d’Or, qui lui a valu une invitation du café lausannois.

Les heures blanches
Soften
Murmuration Records

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