Les notes interchangeables de Lee Maddeford et Daniel Perrin

Fête du blé et du painLes deux musiciens lausannois ont composé à quatre mains la musique de «Solstices». Une complicité au long cours qui n’avait jamais débouché sur un spectacle aussi vaste. Rencontre.

Tandem Lee Maddeford(à g.) et Daniel Perrin ont composé en duo la musique de «Solstices».

Tandem Lee Maddeford(à g.) et Daniel Perrin ont composé en duo la musique de «Solstices». Image: Odile Meylan

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Il y a des pianistes dont l’univers est délimité par les extrémités du clavier. Pour d’autres, c’est d’abord une manière de pétrir la musique et un tremplin pour le dépasser. Comme Daniel Perrin et Lee Maddeford, les deux compositeurs du spectacle «Solstices» en création à la Fête du blé et du pain, à Échallens, dès le 15 août.

Chez le Vaudois Daniel Perrin, l’accordéon, le bandonéon, la clarinette lui font larguer les amarres du piano, en autodidacte. Mais ce pince-sans-rire est un mélodiste hors pair, tireur de ficelles invétéré, qui réunit des musiciens de tous bords dans sa cuisine: l’Orchestre jaune, Diatonikachromatik ou Yvette Théraulaz n’auraient pas résonné ainsi sans lui.

Lee Maddeford est encore plus aventureux en dépit de sa timidité: l’Américain récemment naturalisé (il vit en Suisse pourtant depuis 1981!) ne craint pas d’emboucher un sousaphone dans une fanfare pour «Ubu Roi», de tricoter de l’ukulélé avec ses huit complices du Soukulelestic Power Orchestra jouant Beethoven ou Britney Spears. Et, quand il chante d’une voix rocailleuse à faire frissonner les glaçons dans un verre de whisky, les spectres de Tom Waits ou de Randy Newman flottent dans l’air. Rien à voir avec «Sautecroche», les chansons enfantines de Marie Henchoz, dont il signe pourtant les orchestrations caméléon.

Enfin, le truc qui les botte et qui les fait partir au quart de tour tous les deux, c’est le théâtre musical. Créer des ambiances éphémères et prégnantes pour la scène vivante, autour d’un texte parlé ou chanté, et rester discrètement dans l’ombre des projecteurs. Les deux «serial arrangeurs» de la scène romande se sont tout de même arrangés pour être au four et au moulin à notes de la Fête du blé et du pain. «David Deppierraz, l’initiateur de «Solstices» m’avait contacté fin 2014, raconte Daniel Perrin, et une autre équipe avait choisi Lee. Quand nous avons compris que ces projets étaient les derniers en lice, nous avons décidé de nous partager la tâche, quoi qu’il arrive, car la masse de travail allait être considérable.»

Les deux pianistes et improvisateurs sont des récidivistes du partage de dièses et de bémols. Ils ont fait leurs premières armes ensemble chez Piano Seven dès 1988. On ne compte plus les créations, les ensembles, les tournées et les disques auxquels ils ont participé depuis comme auteurs et interprètes.

Dans la liasse de partitions écrites à quatre mains, ils ne savent souvent plus eux-mêmes qui a fait quoi. Daniel Perrin se souvient même d’un spectacle à la Comédie de Genève, du temps d’Hervé Loichemol, où le pianiste-compositeur était interchangeable entre Lee et lui. «Je travaillais à ce moment au Luzerner Theater et ne pouvais pas assurer toutes les dates. La Comédie avait accepté et ne savait même pas qui, d’un soir à l’autre, assurerait la représentation.»

Une aventure à l’ampleur inédite

Par son ampleur et sa durée, la Fête du blé et du pain représente une aventure qui dépasse de loin toutes leurs habitudes, même s’ils n’ont pas celle de se répéter. «J’ai souvent écrit pour des brass bands, confie Lee Maddeford, mais là, en plus des 60 musiciens de la Lyre d’Échallens, il y a les chanteurs solistes, 250 choristes et un ensemble de cordes préenregistré.»

Daniel Perrin renchérit: «Dans notre métier, nous n’avons quasi jamais l’occasion d’aborder la dimension symphonique. C’est la première fois que j’écris sur autant de portées!» À cela s’ajoute une difficulté inédite: «D’habitude, nous connaissons nos interprètes. Là, on ne savait pas et ce sont des amateurs. Il faut varier les styles pour les maintenir attentifs. Que ça soit un challenge pour eux, mais pas trop pour qu’ils restent à l’aise.» Les deux compères ont même réussi à convaincre David Deppierraz de laisser une minute et demie sans musique: «Il fallait aussi du silence!»

(24 heures)

Créé: 10.08.2018, 10h27

Un orchestre plus grand qu’il n’y paraît

Pour faire vibrer le médiéval-fantastique de «Solstices», David Deppierraz rêvait d’une musique épique rappelant les bandes-son de ses films préférés. Le tandem Perrin-Maddeford l’a réalisé. «Nous avons beaucoup travaillé sur des climats d’inquiétude, les batailles, mais aussi le calme des petits villages de Hobbits, détaille Daniel Perrin. Nous n’avons pas revisionné de films, mais nous avons en mémoire les combines harmoniques hollywoodiennes qui donnent l’impression de basculer de la lumière à l’obscurité. On les retrouve d’ailleurs déjà chez Gesualdo, Schubert ou Prokofiev.»

Dans l’impossibilité de réunir sur le spectacle la masse orchestrale nécessaire, ils ont imaginé un savant mixage de sections pour cordes préenregistrées avec les musiques en direct assurées par la Lyre d’Échallens de Marco Forlani et les chœurs conduits par Dominique Tille. La violoniste Estelle Beiner a réuni à l’avance une quinzaine de cordes dans le studio de Bernard Amaudruz, à Lausanne. «Cela permet de jongler avec ces trois couches, indique Lee Maddeford. Et le percussionniste Luigi Galati servira de moteur indispensable pour la synchronisation des séquences enregistrées avec les chefs.»

Infos pratiques

Échallens

Du 15 au 25 août

www.echallens2018.ch

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