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L'offre en jazz reprend du poil de la bête dans le canton

D'Yverdon à Vevey en passant par Prangins, les initiatives autour de la musique improvisée se renforcent. Tour d’horizon d’un milieu qui rajeunit.

Les résidences de Live in Vevey, dans le foyer de L’Oriental, attirent toujours plus de monde. Ici le groupe Plaistow.
Les résidences de Live in Vevey, dans le foyer de L’Oriental, attirent toujours plus de monde. Ici le groupe Plaistow.
CÉLINE MICHEL

Le jazz n’a pas le blues dans le canton de Vaud. Depuis une poignée d’années, les initiatives qui visent à mettre en avant la musique improvisée se multiplient. En septembre dernier, le petit festival de Prangins, Jazz au Peuple, a bouclé sa 3e édition en septembre sur un succès. A Yverdon, l’asso­ciation Nova Jazz a ouvert en octobre sa 4e saison, répartie dans différentes salles de la ville, et le public a répondu présent, notamment pour le concert de la star arménienne du piano, Tigran Hamasyan.

Cet été, la toute récente association Thelo­nica a lancé quelques ballons d’essai en organisant deux concerts à l’aube et au bord du lac, celui d’Amine & Hamza attirant quelque 200 personnes dès les premières lueurs du matin. Même de plus grandes salles misent sur le jazz. Le Reflet à Vevey en programme au coup par coup en collaboration avec le Cully Jazz Festival; le Théâtre du Jorat vient d’annoncer un concert du quartet de Sylvie Courvoisier dans sa saison à venir.

Tous les acteurs du milieu conviennent d’un renouveau dont ils peinent toutefois à mesurer l’ampleur. «Le jazz a eu son heure de gloire, puis il a connu un gros déclin. Mais il revient très fort», assure Jean-Yves Cavin directeur-programmateur du Cully Jazz. «On le voit aux États-Unis, en Europe aussi. A Cully, nous cons­tatons ce regain d’intérêt.» André Hahne, cheville ouvrière de Nova Jazz, tempère un peu l’enthousiasme: «Quelque chose se passe, mais le jazz restera quand même une musique qui n’intéresse qu’un petit pourcentage de la population.»

Soit, mais une fraction de la société, même infime, peut faire une différence de taille quand il s’agit de remplir des lieux qui ne visent pas une affluence de stade de foot. Le témoignage de Christian Halbritter, animateur de Live in Vevey, qui propose des résidences de quatre jours à des musiciens dans le foyer du Théâtre L’Oriental, va dans ce sens: «Depuis deux-trois ans, il se passe quelque chose, la fréquentation a augmenté et je remarque plus de curieux qui viennent faire des découvertes. Avant, nous avions un public de 40 ans et plus. Il s’est diversifié. La moyenne d’âge a baissé.»

Mue générationnelle

Le jazz sur terres vaudoises serait-il en train de réussir sa mue générationnelle? Tout le monde s’accorde en tout cas pour pointer l’importance des écoles de musique, HEMU et EJMA, dans l’évolution actuelle. «Un aspect majeur est la professionnalisation de ceux qui jouent, et cela va en s’accélérant», analyse Jean-Claude Rochat, patron du club Chorus qui ouvre sa scène aux étudiants tous les jeudis. «À l’époque, des musiciens comme Raymond Court ou Jean-Pierre Bionda avaient tous une profession à côté. Aujourd’hui, ils seraient professionnels.»

Le marché – souvent irrigué de subventions publiques – répondrait ainsi à une offre, en créant de nouveaux débouchés. Mais cette arrivée de sang neuf a aussi des conséquences qualitatives, artistiques. «Cette génération hypercompétente qui sort des écoles met la scène jazz suisse en effervescence, avec des projets de qualité qui naissent un peu partout», observe Kate Espasandin, collaboratrice du Cully Jazz, de Live in Vevey et fondatrice de Jazz au Peuple. Les approches esthétiques de ces nouveaux arrivants participent également d’un renouvellement du public, avec des propositions plus en phase avec le goût d’une certaine jeunesse et décomplexées dans leurs influences, que cela passe par une coloration hip-hop ou un recours moins timide aux séductions de la mélodie.

«Il y a aussi une «popisation» du jazz qui mélange parfois avec du rock ou de la pop», pointe André Hahne. «Cela aide à gagner un public plus large.» Kate Espasandin se reconnaît dans les emprunts à Radiohead et Björk, courants chez de nombreux groupes. Et Jean-Yves Cavin rappelle que même le sommet de la pop fait parfois appel à des jazzmen parmi les plus pointus, comme le batteur Mark Guiliana appelé par David Bowie au chevet de son ultime album, Black Star.

Même si la fusion ne date pas d’hier, ces hybridations intriguent, permettent à certains de ne plus considérer le jazz comme une musique austère ou extraterrestre. «Il y a une peur autour de cette musique, admet Chantal Bellon de Thelo­nica. Compliquée, vieillotte, coincée… Pourtant, si on convainc les gens de venir à un concert, ils sont souvent surpris. Notre but est de combattre ces fausses images. Il suffit de vivre une fois l’ambiance des jams du Caveau des Vignerons à Cully!»

Pour Jean-Yves Cavin, la curiosité du public est pourtant bien réelle, dopée par les nouvelles possibilités d’écoute d’Internet. «Avec le streaming, les gens développent une écoute plus ouverte, tentent des choses qu’ils ne connaissent pas. De fil en aiguille, cela élargit le spectre.» Âgée de 28 ans, Kate Espasandin est aussi particulièrement sensible aux opportunités du web. «Il y a 20 ans, tout reposait sur le bouche-à-oreille. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, les communautés en ligne, il devient très fa­cile de communiquer un événement et d’accéder au public qui s’y intéresse.»

Curieuse, affûtée, mais sans velléité de renverser la tradition, la nouvelle garde ouvre des perspectives à une note bleue séculaire. Les premiers effets se font déjà sentir, où le succès de chacun participe au rayonnement de tous.

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