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Sur «OUÏ», la chanteuse Camille mène sa voix et ses sons tambour battant

Artiste singulière, la chanteuse obsédée par les sons sort son cinquième album. Entretien avant son concert de Paléo.

Entre rythmique du tambour et voix voletante, la chanteuse Camille trouve le chemin du cœur dans son album «OUÏ».
Entre rythmique du tambour et voix voletante, la chanteuse Camille trouve le chemin du cœur dans son album «OUÏ».

Elle se prête à l’exercice de l’interview téléphonique avec une amabilité espiègle qui confine à l’élégance. «Je ne peux pas me plaindre: je suis installée dans un petit boudoir avec canapé!» N’échanger que sur le plan du son avec cette chanteuse qui en est obsédée tient de la logique. Artiste singulière dans le petit monde de la chanson française, Camille s’apprête à sortir son cinquième album, un OUÏ qui aurait pu s’intituler différemment. «Je voulais l’appeler Le Tambour, parce que je voulais cet instrument et ma voix. Finalement, sont venus s’ajouter deux chœurs, l’un rythmique, l’autre lyrique, le Moog (ndlr: synthétiseur analogique) et l’évocation d’un battement de cœur qui dialogue avec le tambour. L’idée était de travailler le rythme.»

Les aliments du son

Depuis six ans et l’album Ilo Veyou, la Française de 39 ans n’avait pas délivré de nouvelle collection de chansons. Une fois de plus, elle arrive avec des propositions fortes, travaillées avec l’exigence de qui sait se choisir une esthétique et en tenir le cap. «Ma difficulté est de parvenir à synthétiser tout ce que j’ai envie d’explorer, tous ces désirs qui se bousculent au portillon. Du coup, je garde un souci de lisibilité, un peu comme en cuisine où l’on doit pouvoir reconnaître les aliments, leur texture. J’aime que mes aliments sonores restent sensibles. Il ne faut pas trop de choses pour créer cette alchimie et, en même temps, pour que l’on reconnaisse les timbres organiques. Même si l’on ne connaît rien à la musique, l’oreille doit pouvoir comprendre ce qui se passe.»

Cette transparence artistique va de pair avec une démarche qui combine de façon complexe des éléments épris de sobriété, si ce n’est de minimalisme. «Pour moi, l’humain est intelligent et son intelligence a besoin de comprendre l’articulation des choses.» Parier sur l’intelligence humaine est assez optimiste, pour ne pas dire hardi… «L’humain est aussi très stupide, mais l’idée n’est pas de s’adresser aux gens intelligents, mais à l’intelligence et à la sensibilité qui sont en chacun de nous.»

Un palais d'écholalies

Camille ne nous prend pas pour des cons et c’est déjà précieux par les temps qui courent. Par contre, on peut se demander quel est son rapport aux mots et à leur sens puisque, dans sa bouche – l’une de ses nouvelles chansons s’intitule d’ailleurs Je ne mâche pas mes mots! –, leur matérialité fait les délices de son palais, pris dans des écholalies hypnotiques ou dans les glissements d’assonances insistantes. «Je cherche assurément les sonorités mais aussi une image qui reste pour chaque chanson. Par exemple, dans Lasso, je tourne autour de cette image et à force de tourner, de se répéter obsessionnellement, le mot se décompose et se recompose en permanence. Donc, il s’agit plutôt de plonger dans le mot – tout doit faire résonance – plutôt que d’en faire un pur prétexte musical.»

L’attrait pour les sonorités n’est habituellement pas la principale préoccupation de la chanson. Camille en a pourtant fait sa signature, depuis Le fil, album parcouru de bout en bout par un bourdon, son qui traversait tous les titres, à Music Hole, entièrement façonné par des voix et des sons corporels ou organiques. «Le son, c’est ma gourmandise depuis que je suis toute petite. J’y ai toujours été sensible – et sensible en général. J’adore cette dimension invisible avec laquelle on peut s’amuser de manière tellement libre. Et la saveur des acoustiques, quand les sons résonnent au-delà d’eux-mêmes, dans les corps et dans les yeux.»

Parmi les inflexions que pratique la chanteuse, il y a celles de l’anglais, deuxième langue de sa mère (mais qu’elle n’a jamais parlé avec sa fille), qui apparaît encore une fois sur l’émouvante chanson Seeds. «L’anglais, c’est pour atteindre un autre endroit, une autre géographie», dit celle qui le chante sans accent. L’idiome ne serait-il pas aussi choisi pour faciliter une carrière internationale? «International… Un bien gros mot. Tout est international aujourd’hui. Avec Internet, il est plus difficile de rester national.» Mais encore? On insiste un peu car, sans vouloir faire un procès d’ambition à la chanteuse, elle fait en effet partie des rares artistes français que l’on verrait bien réussir à l’export. «Il y a l’Europe avant tout, je suis européenne. Mais oui, oui, oui, oui, je dois me positionner par rapport à ce qui représente beaucoup de présence, de temps, de concerts de promo… Je suis en train d’y penser, d’établir un carnet de voyage.»

«Les enfants sont plus rock’n’roll que l’on croit»

Sa tournée actuelle a commencé depuis un mois. «Cela prend forme, mon corps s’adapte à cette vie de saltimbanque.» D’autant que Camille est mère de deux petits. «Les enfants sont plus rock’n’roll que l’on croit. S’ils ont des parents heureux, ils n’ont pas besoin d’une vie sédentaire, bien rangée. Je ne suis pas en train de dire qu’ils pioncent en bord de scène pendant les concerts, mais ils n’attendent que de partir en bus de tournée.»

Le voyage passe cet été à Paléo, exercice d’open air un peu particulier pour ses ambiances. «On part de l’intime et, là, on arrive dans quelque chose qui est de l’ordre de la marée humaine, des relations entre les éléments, du ciel immense.» Une ouverture possible pour la chanteuse qui, dans ses thèmes, navigue entre nature et société. «J’aime rappeler que nous ne sommes pas le centre du monde. De l’humain à la terre, et jusqu’à l’univers, nous nous inscrivons dans des cercles concentriques toujours plus larges.»

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