Paolo Fanale jubile en empereur romain dans «La clémence de Titus»

OpéraLe ténor sicilien revient à Lausanne pour une nouvelle production de l’opéra de Mozart.

Le ténor Paolo Fanale dans la maquette de Rome imaginée par Gary McCann pour la mise en scène de Fabio Ceresa.

Le ténor Paolo Fanale dans la maquette de Rome imaginée par Gary McCann pour la mise en scène de Fabio Ceresa. Image: Florian Cella

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Souriant, décontracté, généreux de son temps et de son enthousiasme, Paolo Fanale dégage naturellement une gentillesse et une simplicité qui fait toute la valeur de la nouvelle génération des chanteurs lyriques, peu soupçonnable de défendre un art d’élite et d’initiés. L’Opéra de Lausanne l’avait découvert en Faust manipulé par le diable dans la vision hallucinée du chef-d’œuvre de Gounod par Stefano Poda; le revoilà en Titus, empereur romain bienveillant et exceptionnel par l’aura qu’il laissa dans l’histoire. Racine (Bérénice) et Mozart y sont évidemment pour quelque chose, même si La clemenza di Tito de ce dernier n’est pas le plus populaire de ses titres (voir encadré).

«Titus, je l’ai déjà chanté plusieurs fois en Italie et en Allemagne en mettant toujours l’accent sur la force de l’empereur. Mais ici, le metteur en scène Fabio Ceresa m’a demandé d’incarner un personnage solitaire, réfléchi, retenu, qui souffre à chaque décision à prendre, et qui agit toujours en faveur du peuple et des plus pauvres.» Le ténor sicilien se montre très élogieux envers le metteur en scène italien qui fait ses débuts lausannois, admirant sa connaissance encyclopédique de l’histoire, de la philosophie, et son implication dans l’élaboration du spectacle. «Contrairement à bien des gens de sa génération, il n’a pas voulu faire quelque chose de différent pour se distinguer, mais en s’inscrivant très intimement dans l’histoire.»

Même admiration pour Diego Fasolis, directeur musical d’exception. «Je suis ébloui: il sait tout ce que Mozart veut!» Et pourtant, le chanteur n’en est pas à ses premiers pas chez Mozart, ayant fait ses débuts de carrière en Ottavio dans Don Giovanni et Ferrando dans Così fan tutte. «Pour la technique, chanter Mozart est stratégique. Il est comme un père pour moi, il me force à garder la ligne.»

Un lien spécial avec la terre

À 35 ans et un parcours sans faute avec les plus grands chefs d’orchestre (Abbado, Masur, Levine, Gatti, Savall…), Paolo Fanale n’est pas du genre à se prendre la tête, sauf quand on lui parle de politique italienne, ce qu’il fait en l’accompagnant d’un long soupir désabusé. Mais la question était incontournable quand on incarne sur scène le maître de Rome! «Peut-être qu’il nous faudrait un nouveau Titus, lance-t-il sans trop y croire lui-même. Plus sérieusement, l’Italie devrait se recentrer sur sa culture, mais tout a été coupé. La culture est vue comme une damnation ou, pire, comme un moyen de gagner de l’argent.» Son seul espoir est presque une forme d’humour noir. «Peut-être qu’on ne peut que remonter la pente quand on est tombé si bas…» Signe éloquent de ce marasme, Paolo Fanale avoue que l’Italie ne représente que 2% de ses engagements. Bien qu’il passe davantage de temps en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis ou au Japon, il ne peut pas couper les ponts avec sa famille installée en Sicile. «J’ai besoin de soleil, de mes proches, de mon jardin avec ses lapins, ses oies, ses cochons et ses chèvres. J’ai un lien spécial avec la terre.»

Si le beau garçon avait suscité un buzz inattendu démesuré en 2015 suite à une vidéo le montrant en T-shirt lors d’une répétition du Stabat Mater de Rossini à Paris, où sa plastique d’athlète avait sans doute joué davantage en sa faveur que sa voix, Paolo Fanale n’a jamais cédé à ce miroir aux alouettes. Il s’en amuse même quand des fans viennent l’écouter sur scène et s’étonnent qu’il ne reste pas en T-shirt! L’important pour lui est que la visibilité et l’accessibilité de l’opéra soient renforcées. «La vidéo, c’est bien, à condition de montrer la meilleure qualité musicale. De toute façon, il faut étudier et travailler tous les jours – et pas pour les vidéos.» Au-delà de cet emballement médiatique éphémère, Paolo Fanale a gardé un souvenir fort de ce Stabat Mater dirigé par Jésus Lopez Cobos. Et quand nous lui apprenons la disparition toute récente du maestro espagnol, le visage du ténor s’assombrit, dissimulant avec peine une émotion indicible.

Créé: 14.03.2018, 08h10

Un trop long purgatoire

Alors que toutes les œuvres composées par Mozart durant la dernière année de sa vie sont forcément estampillées du sceau du génie trop tôt foudroyé (entre autres le 27e Concerto pour piano, l’Ave Verum Corpus, Die Zauberflöte, le Concerto pour clarinette, et bien entendu le Requiem), La clemenza di Tito, son avant-dernier opéra, n’a curieusement jamais reçu le même crédit. Et pour de mauvaises raisons: c’est un opera seria, genre démodé que Mozart n’avait plus abordé depuis Idomeneo (1781) et il aurait été bâclé. De plus, il est tombé dans l’oubli pendant longtemps. L’accueil des premières représentations n’avait guère été positif. C’était à Prague début septembre 1791 pour les fêtes du couronnement de Leopold II comme roi de Bohème. Vrai aussi que Mozart n’avait eu guère que 18 jours (!) pour le composer, principalement dans la calèche entre Vienne et Prague, et qu’il confia la rédaction des récitatifs à son jeune élève Süssmayr (chargé quelques mois plus tard de compléter
le Requiem inachevé). Et pourtant, quelle musique! Certes pas de tubes calibrés pour plaire au public populaire de La flûte enchantée, mais une sublime apothéose du classicisme, baignée dans les lumières des idéaux francs-maçons.

Lausanne, Opéra

Du di 18 au ve 28 mars
Rens.: 021 315 40 20
www.opera-lausanne.ch

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