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Le parrain va encore frapper!

Le batteur Daniel Humair est de retour dans «son» club de Chorus pour trois cartes blanches… et bleues. Propos.

Daniel Humair a fêté ses 80 ans le 23 mai dernier, mais débarque fringant à Chorus pour rythmer trois soirées exceptionnelles.
Daniel Humair a fêté ses 80 ans le 23 mai dernier, mais débarque fringant à Chorus pour rythmer trois soirées exceptionnelles.
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Ça roule pour Daniel Humair quand on lui téléphone. Au propre comme au figuré: le batteur et parrain du club de jazz lausannois Chorus est sur la route qui le mène de la France, sa nouvelle patrie, à la Suisse. Et l’humeur est excellente puisque le Jurassien d’origine s’apprête à fêter en musique – un peu en retard, mais appelons ça un contretemps réfléchi – ses 80 ans.

Après une carrière de 60 ans, le musicien n’a pas perdu l’appétit. «Ma femme me demande souvent pourquoi je continue à peindre – j’ai déjà tellement de tableaux à la maison. Mais c’est parce que j’en ai besoin!, revendique celui qui signait l’affiche de Roland Garros en 2004. Si je ne peins pas le matin, j’ai de l’urticaire. La musique, c’est pareil. Pas besoin d’en jouer tous les jours, mais chaque fois cela fait office de bain de jouvence. J’en sors requinqué comme d’un sauna.»

Une fois de plus, Daniel Humair arrivera à Lausanne les mains pleines. Tout d’abord en maître qui a sélectionné une formation de la Haute École de musique pour lui prodiguer ses conseils lors d’une master class puis lui ouvrir la scène du club, jeudi. «Je vais un peu les coacher, mais je ne vais m’installer derrière les fûts que pour un ou deux morceaux. Côtoyer des jeunes, c’est peut-être bien pour eux, mais c’est surtout une aubaine pour moi. Je ne vais quand même pas jouer tout le temps du be-bop comme je le faisais pour Bud Powell, Lucky Thompson et Sonny Stitt, mais avec des gars qui ne le font pas aussi bien. La chanson, je la connais! Les jeunes m’apportent des choses fraîches.»

«Je joue comme je pense»

Pour la suite des opérations, vendredi et samedi, le parrain va reprendre les baguettes à plein temps. Mais sans jouer au boss pour autant! «Je ne suis pas le patron des groupes que je monte. J’amène tout au plus un concept, une intensité ou une qualité de la mise en place, mais je laisse le soin de sa valeur à chacun. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu. Je joue comme je pense. C’est à prendre ou à laisser. Les ordres, c’est une insulte à l’intelligence musicale. Si je joue du jazz, ce n’est pas pour subir une pression de patron. Cette musique, c’est comme une conversation de bistrot: on s’assied à égalité, on dit ce qu’on a à dire et on vide son verre! Je charpente, je ne dirige pas.»

Il faut donc s’attendre à de très beaux espaces de liberté lors des deux soirées où il sera rejoint par des équipes distinctes (lire encadré) mais où le seul mot d’ordre sera celui de risquer sa fantaisie. «Le matériel est toujours la musique, mais changer de musiciens et vous obtenez quelque chose comme d’autres angles de prises de vues pour une photographie.»

L’alcool du swing

Après une trajectoire aux côtés des plus grands, le batteur est toujours à la chasse aux variations, mais sans s’éloigner du pilier central de ses conceptions. «Imaginez un barman qui réalise le dosage d’un cocktail, mais qui ne peut pas se passer d’un alcool… Il faut que ça swingue!»

Et le magicien des peaux de pester contre les motifs et les complications trop rigides, qui contraignent inutilement le soliste. Venant de celui qui confie avoir goûté les plus forts souffles de liberté en jouant avec Dave Liebman, Cannonball Adderley, Eric Dolphy et George Garzone – «pas très connu, mais le prof de Joshua Redman et un musicien qui part au quart de tour dans un free ou un standard» –, la pique contre certaines afféteries du jazz contemporain prend surtout l’allure d’une déclaration d’amour pour ce swing ternaire qu’il chérit et reconnaît à d’autres musiques (le tango, la samba, la valse musette).

«Mais le plus important est de s’amuser… parce que s’il faut monter sur scène comme on va chez le dentiste, vous voyez le tableau?» Très bien maestro!

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