Passenger, le folk pour voyager léger

DisqueSuperstar anglaise, Michael David Rosenberg reste ce songwriter délicat racontant sa vie et ses origines. Ainsi va «Runaway».

Michael David Rosenberg, alias Passenger pour la scène, va son chemin sur un folk tranquille, racontant sa vie avec délicatesse et tranquillité. Dix ans après son premier album, le chanteur anglais livre «Runaway».

Michael David Rosenberg, alias Passenger pour la scène, va son chemin sur un folk tranquille, racontant sa vie avec délicatesse et tranquillité. Dix ans après son premier album, le chanteur anglais livre «Runaway». Image: Jarrad Seng

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Michael David Rosenberg est né en 1984, à Brighton, dans le Sussex. Anglais pur jus, accent idoine. D’après ce que l’on sait, Jane, sa mère, est elle aussi originaire de la Grande-Bretagne. Quant à Gerard, son père, il a grandi aux États-Unis, dans le New Jersey. Jane et Gerard, il y a de cela trente ans environ, se sont rencontrés, ont fait des enfants. Jane et Gerard appartiennent à la communauté quaker, ce christianisme sans hiérarchie tourné sur la pratique personnelle de la foi. Gerard, lui, a des ascendants juifs. L’Europe de l’Est, c’est par là qu’il faut aller, pour raconter comment les parents de Gerard, les grands-parents de Michael David Rosenberg, ont voyagé, malgré eux, puis en toute liberté.

Passenger, ses ancêtres, sa filiation, le voyage. C’est la matière d’une chanson, c’est le cœur d’un album. Folk sans autre folie que celle des hommes, qu’on rapporte par la parole. Musique de peu de chose, mais de choses essentielles. Superstar anglaise avec «Let Her Go» en 2012, Mike David Rosenberg, nom de scène Passenger – le «passager» – reste ce songwriter racontant sans prétention sa biographie. Ainsi va encore «Runaway», paru à l’orée de l’automne.

Histoire de famille

L’été est fini, il est temps de se draper dans les mélodies simples du raconteur au timbre clair. Mais l’été revient à notre souvenir. C’était en juin, dans les coulisses du festival Caribana, quelques heures avant que Passenger monte sur la grande scène pour un set en solitaire d’une élégance sobre, faisant montre d’une parfaite maîtrise de la guitare et du chant. Superbe. Plus que le disque, d’ailleurs. Lequel ne manque pas de charme, quoique bien discret il est vrai. Passenger, Monsieur Rosenberg, qui se confiait aux journalistes de passage. Simple, direct. Heureux. «Cheese», «chocolate», «wine», fromage et dessert: ce jour-là, le chanteur évoquait cette mémoire familiale qui devient matière artistique.

«Mon grand-père était Allemand, ma grand-mère Polonaise. Des réfugiés juifs de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont transité par la France. Lorsque la guerre s’est terminée, ils se sont rendus en Amérique, où mon père a vu le jour. Puis il a voyagé, pour arriver en Angleterre, où il a rencontré ma mère. C’est là que je suis né. Et, à mon tour, je voyage. C’est simplement l’histoire de trois générations. Que je la reprenne à ma manière, ça m’a surpris. Et j’ai pleuré. Pourquoi? Parce qu’on me la raconte depuis ma plus tendre enfance? J’ai présenté la chanson à mon père – mes grands-parents, eux, ne sont plus là: ça a été un moment particulièrement émouvant pour lui. Ça aura valeur d’hommage, ce n’est pas faux non plus… Pour mes grands-parents, pour les millions de personnes qui ont vécu cela, déplacées, disparues. Je ne peux non plus me départir de l’idée que pareils drames se déroulent, aujourd’hui encore, partout dans le monde. La seule chose à faire, à présent, c’est de tendre la main à ces gens-là.»

«Une guitare, des mélodies fortes»

Si banale puisse être la légende familiale – aussi extraordinaire dans un même temps – la transformer en chanson lui confère cette épaisseur que réclame une vérité universelle: «Vineland, New Jersey, farm land stretching far as the eye can see. New Jersey, des terres agricoles à perte de vue…» Ainsi commence «To Be Free». L’auteur de ces mots ira voir, à son tour, la Rhénanie de ses aïeuls, leur point de chute dans le Vineland américain, voyageant, à son tour, «comme une plume dans le vent».

Ainsi, ce n’est qu’au hasard des migrations que Michael David Rosenberg, in fine, possède l’anglais comme langue maternelle, et pour chanter. «Une chance, en fait. On grandit en Espagne: comme artiste, on se doit d’utiliser une langue qui n’est pas la sienne pour toucher au plus large? Je peux, moi, m’exprimer dans cette langue que je maîtrise parfaitement et qui est si répandue. Vous grandissez en Angleterre? Apprendre l’allemand, le français, vous savez que ça n’a rien d’une urgence.» Propos non dénué d’ironie. Notre interlocuteur, ce jour-là, ponctuait son explication d’un «lazy» désabusé. «Paresseux», le songwriter, qui se laisse volontiers couler, sinon dans l’écume des jours, au moins dans ce vocabulaire insulaire appris dès l’enfance. L’anglais. Pour une narration non dénuée de nostalgie. Pas fataliste pour autant. Romantique, en revanche… «Je le suis un minimum. Comme je peux être rêveur, par ailleurs. Mais non moins réaliste.» Il a choisi le folk pour exprimer cette chose intérieure partagée en famille. «Une guitare acoustique, des mélodies fortes? C’est tout ce pour quoi je suis fait.»

«Runaway» Passenger (Sony) (24 heures)

Créé: 07.11.2018, 16h49

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